Jean-Pierre Supe

par Philipe Houdart, AFCF

La Lettre AFC n°157

C’est en 1984 que Jean-Pierre a été mon second pour la première fois pour une " folklorique " seconde équipe sur un film photographié par Freddie Francis, mais c’est deux ans plus tard avec L’Insoutenable légèreté de l’être, photographié par Sven Nykvist, ses 4 semaines d’essais caméra et ses 20 semaines de tournage, que se sont cristallisées notre complicité et notre amitié. Jean-Pierre était un second dont le parcours professionnel ne demandait qu’à s’affirmer et moi un premier confirmé sur le point d’arrêter l’assistanat pour passer au cadre. Nos intérêts étaient complémentaires.
Si Jean-Pierre m’a fait l’honneur de dire que c’est avec moi qu’il avait le plus appris sur son métier d’assistant, l’avoir à mes côtés comme premier a été une aide irremplaçable lors des dizaines de semaines que nous avons alors passé ensemble, l’un derrière et l’autre à côté de la caméra, tant il savait habilement panacher qualités professionnelles, décontraction et joie de vivre.

Jean-Pierre Supe en 2002 sur le tournage de " Monsieur N. " d’Antoine de Caunes
Jean-Pierre Supe en 2002 sur le tournage de " Monsieur N. " d’Antoine de Caunes
Photo Guy Ferrandis

Sorti de Louis-Lumière en 1979, d’Ennio Guarnieri sur le tournage en France de La Traviata de Franco Zeffirelli en 1982 à Peter Suschitzky pour Le Concile de Pierre en 2005, Jean-Pierre a travaillé comme assistant aux côtés de nombreux directeurs de la photographie parmi lesquels Sven Nykvist, Philippe Rousselot, Alfio Contini, Robert Fraisse, Pierre Lhomme, Sacha Vierny, Dan Lausten, Tetsuo Nagata, Pierre Aïm, Luciano Tovoli, Gérard Stérin, et bien d’autres...
Ce n’est pas par hasard si de tels chefs opérateurs ont souhaité avoir Jean-Pierre à leurs côtés. Ils appréciaient certes ses qualités professionnelles, mais aussi et peut-être surtout ses qualités humaines qui transformaient le travail en moments de plaisir, le sérieux en moments de bonheur. Avoir Jean-Pierre dans son équipe c’était l’assurance du travail bien fait mais aussi la certitude de le faire avec le sourire.

Jean-Pierre restera à jamais comme l’un des grands assistants opérateurs du cinéma français. Certes il aurait souhaité devenir cadreur, métier pour lequel il démontrait de réelles qualités, mais pour cela aurait-il fallu qu’existe encore un potentiel de travail à ce poste suffisant pour pouvoir en vivre. Alors il a continué son parcours d’assistant parce qu’il a follement aimé et défendu ce métier, parce qu’il ne l’a jamais considéré comme un " passage obligé " mais comme un métier à part entière qui mérite qu’on lui consacre sa vie professionnelle. Et cet amour de ce métier, la connaissance de tous les aspects techniques et artistiques qu’il comporte, il a su à son tour les transmettre à ceux qui travaillaient à ses côtés afin qu’ils soient les grands assistants de demain.

Pour avoir partagé en amitié près de la moitié de sa vie, pour avoir été près de lui dans les moments de bonheur, mais aussi dans ceux plus difficiles, tant de sa vie privée que de sa vie professionnelle, je sais combien ses qualités humaines étaient grandes et combien il a mérité la chaleur et l’affection familiales et amicales qui l’ont entouré ces derniers mois.

Jean-Pierre, tu manques déjà à tous ceux qui ont eu le plaisir de travailler à tes côtés, aux techniciens de l’image bien sûr, mais aussi à tous les autres, réalisateurs, directeurs de production, machinos, électros, ..., tous. Ta place était sur les plateaux et j’ai du mal à imaginer qu’on ne t’y reverra désormais que par la pensée.
(Philippe Houdart, AFCF)