"Joker", Lawrence Sher et son projet "ShotDeck"

Une contribution de Camille Aubriot, étudiante à l’ENS Louis-Lumière

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Dans le cadre de la présence à Camerimage d’étudiants de l’ENS Louis-Lumière et de La Fémis, l’AFC leur a proposé de contribuer d’une manière ou d’une autre aux articles publiés sur le site et relayés par les infolettres. Camille Aubriot, de l’ENS Louis-Lumière, revient ici sur la banque d’images proposée par le directeur de la photographie Lawrence Sher, ASC, projet qui l’a touchée et qui répond à ses envies et ses questionnements.

Pour ma première venue à Camerimage, j’ai découvert un univers foisonnant de projections, rencontres, discussions, présentations de matériel et Master Classes, qui donnent envie de pousser nos désirs d’images encore plus loin. Ces quelques jours ont été passionnants et très enrichissants pour moi. Que rêver de mieux pour une étudiante en image, qu’un festival qui y soit exclusivement dédié ?

J’ai vu notamment Joker, réalisé par Todd Phillips, suivi de la session de questions et réponses avec le directeur de la photographie, Lawrence Sher, ASC. C’était très excitant de l’entendre parler en direct de son approche du film, ainsi que de son travail avec le réalisateur. Ils faisaient généralement quatre ou cinq prises, chacune différente les unes des autres, avec peu ou pas de répétitions et sans marques. Cela forçait le premier assistant caméra à chercher son point, à l’instar du personnage principal qui se cherche lui-même au fur et à mesure du film, finissant par se trouver tous les deux.

Cette session m’a amenée le lendemain à la conférence du même Lawrence Sher, concernant son projet de banque de données visuelles, "ShotDeck". Il s’agit d’un regroupement de photogrammes en ligne, rangés en catégories par des mots-clés précis, selon le type de plan, la couleur, l’émotion, le lieu de tournage, la focale, etc. L’idée est de pouvoir ensuite enregistrer les images sélectionnées en dossiers ou "decks", que l’on pourra partager avec nos collaborateurs, réalisateurs comme chefs décorateur et producteurs.
Ce projet, encore en version bêta, permet de trouver de nouvelles inspirations (voire de faire des découvertes), mais aussi de préparer efficacement les références visuelles pour un nouveau projet. Lawrence Sher nous a d’ailleurs montré son "deck" pour le film Joker, qu’il avait créé juste après avoir terminé de lire le scénario.

Cette démarche m’a particulièrement touchée, car son envie de développer cet outil répond en partie à mes propres questionnements d’étudiante. J’ai commencé à faire des captures d’écran des plans qui m’ont marquée visuellement, et la question du référencement se pose : comment organiser ce dossier d’images, et les nommer, pour pouvoir retrouver facilement celles que je cherche, avec toutes les informations nécessaires ?
On nous demande systématiquement, à l’École, de fournir des références visuelles afin de communiquer ce que nous imaginons. Et c’est également ce que nous ferons à notre sortie, car parler de l’esthétique d’un film est quelque chose de très personnel, et parfois compliqué à transmettre sans références sur lesquelles s’appuyer.
Lawrence Sher pense que « nous sommes tous inspirés par des choses ». A ce titre, il me semble primordial de constituer une banque d’images qui m’inspirent, me parlent et touchent ma sensibilité visuelle, et dans laquelle je pourrai ultérieurement me replonger en fonction des projets.

"ShotDeck" serait une réponse possible à cette envie et ce questionnement, et Lawrence Sher le voit comme « un outil pour faire de meilleurs films ». Il aimerait demander à ses confrères de l’ASC de participer en ajoutant chacun cinq de leurs films respectifs. Je souhaiterais, pour ma part, y voir aussi des films français et provenant d’autres nationalités, afin de diversifier l’ensemble.