La Rançon de la gloire

Il y a des titres qui déteignent sur la fabrication d’un film, La Rançon de la gloire est de ceux-là. Trois ans après Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois est revenu à un fait divers qu’il avait glané il y a quelques années dans un journal suisse concernant le cercueil de Charlie Chaplin. Deux " charlots " immigrés à Villeneuve au bout du lac de Genève décident de kidnapper le célèbre défunt et d’exiger une rançon. Le film raconte le surgissement et la mise en œuvre de cette " drôle " d’idée.

C’était en 2012, l’Arri Alexa était déjà bien installée sur le marché des caméras numériques, le ProRes aussi malheureusement. Red continuait de faire évoluer ses prototypes tout en les vendant, et la jeune Penelope-Delta promettait ce dont beaucoup d’entre nous rêvaient : faire des images où les carnations ne souffrent pas du support et où les couleurs retrouvent un échantillonnage naturel.
Mes assistants et moi sommes partis à Vevey faire des essais dans l’enthousiasme, c’est avec la Delta que les premières images de la cabane d’Osman ont été tournées et traitées chez Mikros. Certains des associés de l’AFC s’étaient penchés sur son berceau, Thierry Beaumel, Patrick Leplat, d’autres, tous partageant une exigence de l’image qui refusait de perdre ce que la chaîne argentique avait mis si longtemps a parfaire.
Mais l’existence d’un outil ne dépend pas seulement de la foi de ceux qui souhaitent l’utiliser… Dalsa, fournisseur des capteurs CCD prototypes de la Delta, fut incapable d’en livrer les capteurs industriels dont devaient être équipés les premières séries. Aaton dut en interrompre la fabrication.

François Truffaut a dit que les films sont comme des trains dans la nuit.
Sur ses rails, La Rançon de la gloire a continué d’avancer avec une Penelope 35 mm, les émulsions 5219 et 5207 de Kodak et une série Zeiss T2,1 CC recomposée patiemment par Christophe chez Panavision à partir de plusieurs séries.
La question qui s’est vite posée a été celle des nuits, pour les séquences de déterrement et de réenterrement du cercueil, la mort de Chaplin ayant eu lieu en 1977, je rêvais à ces nuits bleues que l’on faisait à l’époque. Chaque DP avait son bleu plus ou moins saturé, Nuytten plus cyan que bleu, Lubtchansky bleu profond, etc. Beauvois m’a arrêtée dans mon élan, il voulait tourner avec la lune et ne croyait plus à rien si nous mettions des tours et des grands contre-jours. Nous sommes même allés repérer " le champ " un soir de lune, un champ au bout du lac derrière Villeneuve, dont Martine Casinelli disait qu’il était le décor le plus cher du film, alors que nous tournions également au Manoir de Ban, sublime propriété de la famille Chaplin à Corsier-sur-Vevey.
En effet une des péripéties de cette chaplinesque histoire fut le réenterrement du cercueil à la marge d’un champ à quelques kilomètres à vol d’oiseau du cimetière en balcon de Corsier-sur-Vevey, il y a encore en bord de champ, une simple croix et une stèle auxquelles personne ne prête attention.

L’idée fixe d’un metteur en scène ne s’arrête pas plus aisément qu’un train dans la nuit et je n’avais aucune solution pour ces séquences où on me demandait 300° de visibilité en complète obscurité sans un point lumineux à l’horizon.
C’est là que j’ai repensé à la mappemonde du Dictateur et, ballon pour ballon, nous nous sommes dit qu’en grand enfant XB accepterait des ballons lumineux dans son champ.
Airstar, Stéphane Bourgoin et son équipe, Jean-Pierre Deschamp et la sienne, ont fait le reste, encore une fois j’avais décroché la lune pour Xavier Beauvois :-)

Deux ballons Airstar éclairant la scène de réenterrement
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