Peter Cavaciuti, ACO, parle de son travail au Steadicam sur "1917", de Sam Mendes, photographié par Roger Deakins, BSC, ASC

Un entretien de Marc Bénoliel et Antoine Struyf publié sur le site de l’AFCS

La Lettre AFC n°307

Marc Bénoliel, ACO*, et Antoine Struyf, tous deux cadreurs et opérateurs Steadicam membres de l’Association Française des Cadreurs Steadicam (AFCS) se sont entretenus avec leur collègue Peter Cavaciuti, ACO, cadreur et opérateur Steadicam, à propos de son expérience sur la préparation et le tournage de 1917 et de sa collaboration avec Roger Deakins.

Tu avais déjà travaillé avec Sam Mendes et Roger Deakins, sur le "James Bond" Skyfall, en 2012. Quelle a été la dynamique de travail entre Deakins, Mendes, Charlie Rizek (opérateur Arri Trinity, NDLR) et toi et sur 1917  ?

Peter Cavaciuti : Sur 1917, Roger avait planifié tous les plans depuis des semaines avec Sam. Nous avions testé tous les équipements possibles et nous savions exactement quel outil utiliser avant de commencer à répéter une scène. Il y avait, bien sûr, de la place pour les suggestions mais tous les plans avaient été vraiment bien planifiés par Roger et Sam.

Je présume que Roger a cadré lui-même les répétitions avec Mendes et les acteurs pour trouver exactement les plans et le rythme. A-t-il été difficile de les reproduire ?

PC : Les tests nous ont permis de planifier et de déterminer quels équipements utiliser à quels moments, mais certains plans étaient très difficiles techniquement et physiquement, à cause de la distance à couvrir et des obstacles à éviter.
Roger et James Deakins (digital workflow consultant NDLR) nous ont décrit l’environnement des plans qui devaient avoir lieu dans les tranchées, qui seraient très étroites, et nos deux protagonistes devaient pouvoir se déplacer rapidement devant la caméra, parfois loin d’elle ; les figurants devaient pouvoir passer devant et derrière la caméra. La tranchée Sauchiehall, qui donne dans la tranchée Comms Down, par exemple, était large d’un peu plus de 70 cm à hauteur des épaules et se rétrécit à 50 cm au niveau des pieds. La tranchée était peuplée de soldats qui devaient y passer. Il m’a semblé clair qu’une grande part de mon attention serait prise à gérer mes déplacements dans les tranchées, éviter les collisions avec la tranchée elle-même et ses occupants. Sur certains plans, nous courrions devant les acteurs et nous passions derrière eux à un moment donné dans la continuité de la prise.

A gauche, au Steadicam, Peter Cavaciuti, à l’arrière-plan à droite, Roger Deakins, à l’avant-plan à droite, Sam Mendes au moniteur.

Peter Robertson (directeur de la photo, cadreur et cadreur Steadicam, NDLR) et moi avions joué avec le Stabileye de Dave Freeth sur le Steadicam pendant que nous tournions Now You See Me 2, et nous avions été impressionnés par le résultat, mais nous avons dû attendre 1917 pour totalement l’éprouver sur le Steadicam. Mettre le Stabileye (une nacelle stabilisée très sophistiquée) sur le Steadicam semblait être une bonne solution au challenge des tranchées étroites. Roger pourrait opérer le Stabileye pendant que je négocierais moi-même les déplacements du rig dans les tranchées. Courir vers l’avant pendant que je pointais la caméra vers l’arrière marchait très bien. J’ai du mettre la caméra bien au-dessus de mon épaule pour éviter qu’elle entre dans le champ. Inévitablement le rig et moi-même sommes rentrés en collision avec les tranchées ou les soldats de temps en temps, mais la combinaison du Stabileye et du Steadicam a très bien fonctionné !

* ACO : Association of Camera Operators