Plus Camerimage 2007

par Pierre Lhomme

La Lettre AFC n°172

Le " main jury ", une brochette tout à fait sympathique de cinéastes : Pawel Edelman, Robbie Greenberg, Oliver Stapleton, Karl Walter Lindenlaub, une décoratrice américaine, Lilly Kilvert, un écrivain journaliste américain, Lawrence Grobel, un metteur en scène de films d’animation polonais, Piotr Dumala, et un producteur réalisateur californien, président du jury, Brett Ratner.
Pierre Lhomme, Edward Lachman et Eric Gautier
lors du festival Plus Camerimage, Lodtz, 2007

Les projections, les débats du jury et les dîners ne m’ont pas laissé le loisir de profiter de l’ensemble des activités et des projections de ce festival.
La sélection des films de long métrage en compétition était déconcertante et, à notre avis à tous, certains films n’y avaient pas leur place mais il est sans doute difficile de boucler un programme tant Plus Camerimage se diversifie, tout comme son financement (voir sur le site !). Les premiers jours de la vie d’un jury doivent permettre de préciser les critères qui l’aideront dans ses choix. Est-ce possible de distinguer le travail de l’opérateur, l’image, en faisant abstraction du projet (scénario) et de da réalisation ? Et si les projets sont affligeants comment ne pas être contrarié ? Nous savons que c’est l’ambition et le talent d’un réalisateur qui peut nous donner des ailes et qu’au final notre savoir-faire, notre créativité et la qualité de notre contribution au film en dépendent.

Pour moi, la vraie découverte aura été le film de Julian Schnabel Le Scaphandre et le papillon que j’avais négligé lors de sa sortie chez nous. Ce film-défi est en permanence inventif et le couple Schnabel-Kaminski ne cesse d’étonner. Lorsque l’on assiste à un tel film, on est heureux d’être cinéaste, ce sentiment, tout le jury l’a partagé. Ce film donne une haute idée du cinéma, il fut à l’unanimité notre premier choix.
Les deux autres films que nous avons récompensés (je dis film alors que je devrais dire " cinematographer ") illustrent avec une grande liberté et une vraie fantaisie deux faces de la musique des " sixties " qui accompagnaient les événements forts de l’époque aux USA – I’m not there cinématographié par Ed Lachman qui maîtrise le N&B (double X) et la couleur avec bonheur – Across the Universe que Bruno Delbonnel a filmé avec brio.

À ces films, chacun d’entre nous aurait été heureux de collaborer (un autre et bon critère). Deux choses m’ont particulièrement troublé : la quasi inexistence du cinéma français malgré les quelques 200 films de l’année 2006 et des films des étudiants de nos écoles – un seul film dans le panorama du cinéma européen : La Disparue de Deauville – un film de l’École Louis-Lumière sur la trentaine présentée en compétition. J’ai du mal à m’expliquer cette situation.
L’autre point, c’est l’inquiétude grandissante de nombre de nos confrères quant au devenir de notre profession alors que petit à petit l’image finale nous échappe. Où en sommes-nous avec le " final grading " si cher à Billy Williams ? Je me demande comment s’est déroulé le débat à Imago, débat sur les droits d’auteur !

Toutes ces interrogations tempérées par nos dîners sympathiques et très animés où se retrouvaient de vieux amis et des nouveaux : de Adam Holander à Cesar Charlone, de Vilmos Szigmond à Pawel Edelman, de Rodrigo Prieto à Eduardo Serra, de Harris Savides à Affonso Beato, Éric Gautier, Dominique Gentil, je n’ai pas croisé Laurent Dailland, de Stephen Goldblatt à Robbie Greenberg… Plus Camerimage est ainsi devenu un phénomène unique par sa dimension et sa qualité et je nous souhaite à tous de pouvoir y participer de temps en temps.