Quand le rêve d’Idrissa Ouedraogo s’est arrêté

La Lettre AFC n°285

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Avec le décès du réalisateur et producteur Idrissa Ouedraogo, survenu dimanche 18 février 2018, à l’âge de 64 ans, le cinéma burkinabé et africain perd l’une de ses figures les plus marquantes. De son œuvre, riche d’une trentaine de films dont dix longs métrages, on retiendra non seulement Tilaï, primé à Cannes en 1990, mais aussi la douceur des images de Matthias Kälin sur Yaaba, tourné en 1988. Jean-Paul Meurisse, un des directeurs de la photographie ayant travaillé avec lui, témoigne.

Je ne sais plus comment je suis arrivé sur Le Cri du cœur, en 1993, engagé comme cadreur, Jean Monsigny étant directeur de la photo.
Idrissa m’apparut tout de suite, dans son bureau de Montreuil, sympathique et chaleureux, très humain.
C’était sa nature profonde.

Tournage à Paris avec une hyène, une vraie, inquiétante... Richard Bohringer, le vrai, (inquiétant aussi) et Alex Descas et Félicité Wouassi, délicieuse.
Puis tournage au Burkina dans une très bonne ambiance.
Trois ans plus tard, Idrissa me rappelle et me propose Kini et Adams, comme chef op’, tournage au Zimbabwe avec des acteurs d’Afrique du Sud.
« Et Monsigny ? » J’appelle Jean : « Pas de problème, fais-le ! »
Sur ce film aussi très bonne ambiance avec un Idrissa bon vivant, toujours de bonne humeur, très bon directeur d’acteur, heureux de tourner.
Le film ? Un joli conte africain comme Idrissa savait les écrire et qui fut sélectionné pour le Festival de Cannes.

Depuis longtemps Idrissa avait un grand projet, un film sur Sankara.
Son rêve s’est arrêté le 18 février.

Merci pour ton œuvre, Idrissa.

Idrissa Ouedraogo et Claude Luquet sur le tournage de "Karim et Sala", en 1990
Photo Claude Hirsch

- Lire l’article publié dans Le Monde du 19 février 2018.

- Lire également "L’immense apport d’Idrissa Ouedraogo", une analyse d’Olivier Barlet publiée sur le site Internet de la revue Africultures.