Retour sur le Prix CST de la Jeune Technicienne au Festival de Cannes 2022

Par Claude Garnier, AFC
On pourrait se demander pourquoi un Prix de la Jeune Technicienne ? La réponse, pour moi, – ainsi que le paradoxe qui l’accompagne – tient dans le peu de femmes éligibles à ce prix. J’ai accepté la proposition qui m’a été faite d’être membre du jury car je voulais soutenir la carrière d’une jeune technicienne et aussi souligner encore une fois le manque de parité dans nos beaux métiers.

Créé en 2021, par Angelo Cosimano et Claudine Nougaret, le Prix CST de la Jeune Technicienne de Cinéma se veut assurer la visibilité du travail cinématographique de qualité que produisent chaque année des jeunes techniciennes françaises.
Pour sa deuxième édition, quatre candidates concouraient pour le prix : 
• Marion Burger, cheffe décoratrice de Un petit frère, de Léonor Serraille ;
• Flavia Cordey, cheffe operatrice du son de Riposte féministe, de Marie Perennès et Simon Depardon ;
• Gabrielle Dejean, cheffe décoratrice de Rodéo, de Lola Quivoron ;
• Anne Dupouy, cheffe opératrice du son de Un petit frère, de Léonor Serraille.

Cette sélection restreinte démontre la réalité du plafond de verre auquel sont confrontées les jeunes femmes cheffes de poste en France.
La représentation des femmes dans les productions françaises de la Sélection officielle du Festival de Cannes est étudiée régulièrement par La CST.
Et on peut noter clairement la faible présence des femmes cheffes opératrices image dans cette 75e sélection du festival, seulement 14 % contre 86 % d’hommes. Le constat est le même pour les cheffes opératrices du son, 19 % contre 81 % d’hommes.

On peut regretter que seuls les films de la sélection officielle soient pris en compte pour le palmarès de ce prix. (C’est une demande explicite de Thierry Frémaux).
Sans doute si les jeunes femmes cheffes de poste image, son, décoration de moins de 35 ans qui ont œuvré sur les films sélectionnés à la Quinzaine des réalisateurs ou à l’Acid, en fait dans toutes les sélections présentes à Cannes, pouvaient prétendre au prix de la jeune technicienne il y aurait plus de candidates.

Le jury de professionnelles était constitué de Chloé Cambournac – cheffe décoratrice – et de moi-même, Claude Garnier – directrice de la photographie.

Claude Garnier et Chloé Cambournac sur le stand de la CST à Cannes 2022
Claude Garnier et Chloé Cambournac sur le stand de la CST à Cannes 2022
Photo Jean-Noël Ferragut

Nous avons décidé de décerner le Prix de la Jeune Technicienne de l’édition 2022 du Festival de Cannes à Marion Burger, cheffe décoratrice sur Un petit frère.
Diplômée en design textile à l’école Duperré en 2009, puis étudiante à la Danmarks Designskole à Copenhague en 2010, elle se passionne pour la transversalité des supports de création et termine ses études en Design et Environnements à la Sorbonne en 2011. 
Depuis 2015 elle a été cheffe décoratrice sur une dizaine de longs métrages.

Marion Burger, lauréate du Prix CST de la Jeune Technicienne 2022
Marion Burger, lauréate du Prix CST de la Jeune Technicienne 2022
Photo Manon Guillon / CST

Communiqué de presse de notre jury
« Avec Un petit frère, de Léonor Serraille, pour lequel elle a œuvré avec finesse pour restituer les décors d’un Paris des années 1980, elle montre sa capacité à porter un projet ambitieux. À seulement 34 ans, Marion fait preuve d’une carrière déjà remarquable avec un certain nombre de films exigeants. » 
Les trois films qui nous ont été présentés lors de ce festival étaient très différents .
Et si nous avons mis en avant, avec ce prix, Un petit frère, nous avons salué l’audace de Rodéo, le film de Lola Quivoron, et l’engagement féministe et l’originalité de Riposte féministe.

Claude Garnier et Chloé Cambournac pendant l’entretien pour "AlloCiné"
Claude Garnier et Chloé Cambournac pendant l’entretien pour "AlloCiné"
Photo Jean-Noël Ferragut

Pendant la conférence de presse organisée dans le stand de la CST à Cannes, nous avons été interviewées avec Chloé Cambournac (ma co-jurée) pour AlloCiné. Nous avons eu l’occasion de défendre ce prix et l’espoir qu’il offre qu’un jour les jeunes techniciennes soient beaucoup plus nombreuses et reconnues.
La route est encore longue mais elle s’ouvre…