Visite au MicroSalon Italia 2021

Par Renaud Personnaz, AFC
Interrompu ces deux dernières années pour cause de crise sanitaire, le petit frère transalpin de notre Micro Salon s’est tenu à Rome du 26 au 28 novembre dernier. Je m’y suis rendu pour l’AFC. Ayant longtemps vécu et travaillé en Italie, j’y étais en terre amie. Fort bien accueilli par Daniele Nannuzzi, président de l’AIC, Simone Marra, directeur du MicroSalon, et Paolo Oreto, membre du C.A. de l’AIC, j’ai pu assister à bon nombre de discussions, conférences, tables rondes, ainsi que m’entretenir avec divers fournisseurs bien connus (Tommaso Vergallo pour Leitz, Jacques Bouley pour Zeiss…), peu nombreux cette année, comme ce fut le cas à Camerimage.

De par sa jeunesse (il en est à sa quatrième année) et à la situation sanitaire, ce MS était de dimensions modestes : les précédentes éditions s’étaient déroulées sur le plateau 2 de Cinecittà, et rien que cette localisation lui donnait une allure séduisante. Cette année, il occupait le Ragusa Off, un entrepôt désaffecté un peu froid (tant visuellement que climatiquement).

Toutefois, sa situation géographique, non loin du centre, a permis que le public soit au rendez-vous malgré les contraintes. Beaucoup d’étudiants (Centro sperimentale di Cinematografia, école Luchino Visconti, universités mais aussi lycées) sont venus le vendredi (parfois plus pour récupérer des goodies que pour s’informer des dernières nouveautés…, c’est de bonne guerre). Ils ont été nombreux à suivre la rencontre avec Daria D’Antonio qui a signé l’image du dernier film de Paolo Sorrentino, È stata la mano di Dio. C’est également vendredi qu’a été présentée la nouvelle revue de l’AIC, Italian Cinematographer, qui propose des interviews de plusieurs collègues tels que Luciano Tovoli.
Le samedi et le dimanche rassemblaient plus les "professionnels de la profession", avec en particulier une forte représentation des assistants opérateurs et des DIT.
Pour toutes les personnes avec qui j’ai parlé, deux jours auraient largement suffi, en prolongeant l’horaire de fin (18 h, c’est tôt pour les méridionaux).

Le samedi ont eu lieu des présentations de nouveautés par les fabricants : Canon Sumire Primes, zooms Fujinon, RED V-Raptor… ainsi qu’une conférence intéressante sur "Éclairer le cinéma documentaire" avec le réalisateur Gianfranco Pannone et le directeur de la photo Tarek Ben Abdallah. J’en ai raté une autre, malheureusement, intitulée "De la séquence binaire à l’Halogénure d’argent".
Le point de ralliement se trouvait souvent être le stand de la D-Vision Movie People qui, avec sa bière pression et son babyfoot, rameutait bon nombre de chalands.

Le dimanche a été l’occasion d’écouter Alessandro Pesci qui, après de longues années à travailler pour le cinéma, se consacre maintenant principalement aux séries pour plateformes, souvent historiques. Il a centré son intervention sur le distingo entre goût (subjectif) et bon goût (objectif, voire mathématique, qu’il aime nommer "regola d’arte" ou règle d’art).

Alessandro Pesci
Alessandro Pesci

Lui a succédé Vladan Radovic qui présentait son livre d’entretiens Arc-en-ciel de gris et nouvelles couleurs (Arcobaleno di grigi e nuovi colori). Il a rendu un très bel hommage à son maestro Giuseppe Rotunno dont il a profité de l’enseignement au Centro Sperimentale di Cinematografia. Il a ensuite effectué un panorama de sa propre filmographie agrémenté d’exemples concrets très parlants, en particulier sur la période de transition entre argentique et numérique.

Vladan Radovic et Ludivico Cantisani
Vladan Radovic et Ludivico Cantisani

Ces trois journées se sont conclues par une rencontre avec Vittorio Storaro. Il avait renoncé à venir à Camerimage à la dernière minute mais était bien à Rome pour présenter son nouveau concept mis en œuvre par De Sisti Lighting : une série de dix sources LED, cinq spotlight et cinq softlight, portant chacune un nom de muse grecque, chacune avec des caractéristiques géométriques et lumineuses spécifiques. Inspiré par le traité De divina proportione du mathématicien de la Renaissance Luca Pacioli, Storaro qualifie ces projecteurs de muses de la lumière.

Vittrorio Storaro avec, sur pieds, Aurea et Clio, et, sur l’écran, Polymnia
Vittrorio Storaro avec, sur pieds, Aurea et Clio, et, sur l’écran, Polymnia
Vittorio Storaro
Vittorio Storaro

Ce MicroSalon Italia a été, pour le milieu romain (les Milanais, plus orientés vers la publicité, n’étaient pas particulièrement présents), la première occasion de retrouvailles et de partage depuis le début de la crise sanitaire. Dans une Italie où les tournages se sont multipliés ces derniers mois, il fallait ce moment pour faire le point et échanger sur cette période qui bouleverse les habitudes, allant jusqu’à modifier les modes de production.
Pouvoir entendre un point de vue français a été, je pense, d’un grand intérêt pour la plupart de mes interlocuteurs, directeurs de la photo et autres membres des équipes de prise de vues et de postproduction. Le Micro Salon parisien suscite beaucoup d’intérêt chez eux, et je pense qu’il est important d’en profiter pour renforcer les liens avec nos collègues italiens, d’autant qu’un nombre important d’opérateurs français est amené à travailler ces temps-ci en Italie.

Les images illustrant cet article et le portfolio ci-dessous ont été prises à Rome par Renaud Personnaz.