Yves Angelo et Pierre Lhomme, AFC, double rencontre à l’Ecole Louis-Lumière

par Mathieu Cassan, étudiant Ciné promotion 2011

La Lettre AFC n°207

L’idée de cette double rencontre, samedi 5 février 2011, nous a été proposée par Yves Angelo au cours de l’enseignement qu’il assure en début de troisième année à Louis-Lumière.
Le goût de l’enseignement de la réalisation cinématographique, et donc de la transmission de savoirs aussi bien pratiques qu’ayant trait aux rapports humains en tournage, devait être de nouveau l’occasion d’échanges fructueux entre générations avec ce projet de rencontre.

Cet échange a accompagné une partie commune de la carrière de Pierre Lhomme et Yves Angelo. Le premier ayant eu le second comme assistant puis cadreur, avant que le second invite le premier à l’accompagner comme directeur de la photographie sur un film, Voleur de vie, qu’il a écrit et réalisé.
Cette rencontre avait pour but de traverser la carrière de Pierre Lhomme comme directeur de la photographie, qui s’étend des années 1950 à il y a très peu de temps et qui se poursuit aujourd’hui dans un travail de collaboration éclairée en restauration et étalonnage numérique de films anciens. A l’intérieur d’une filmographie immense, Pierre Lhomme et Yves Angelo ont choisi quelques œuvres marquantes et nous ont proposé d’en découvrir des extraits, la plupart en 35 mm.

Nous avons ainsi pu voir à la fois les débuts d’un cinéma de rue avec Le Joli mai coréalisé par Pierre Lhomme et Chris Marker, le travail d’extrême précision de Robert Bresson pour Quatre nuits d’un rêveur ou encore la maîtrise à la lumière de la tombée de la nuit à la fin de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau.
Nous avons pu ainsi échanger aussi bien sur le rapport de l’opérateur aux personnes interrogées par l’utilisation de la caméra portée aux origines de la prise de son direct synchrone, que sur les méthodes de Bresson d’obtention de raccords parfaits rythmiquement, que sur l’emploi de différents traitements spéciaux argentiques pour assurer l’évolution temporelle du jour à la nuit.
Nous avons aussi pu aborder le travail de collaboration cadreur-directeur de la photographie avec Camille Claudel de Bruno NuyttenYves Angelo assurait le premier des deux postes et Pierre Lhomme le deuxième, notamment avec un plan-séquence au Grand Palais d’exposition de la sculptrice témoignant de la complexité des moyens mis en œuvre au cours de ce long tournage.

Accompagnant l’ouverture trouvée par le tournage dans des décors réels en partie caractéristique(s ???) de la nouvelle vague et avant celle-ci, Pierre Lhomme témoigne d’une recherche constante de naturalisme. Ce mot, aujourd’hui galvaudé, représente pourtant une conquête pour la confrontation au réel à laquelle Pierre Lhomme a sans cesse contribué à travers une grande exigence qui lui fait éprouver aujourd’hui une certaine gêne à la vision d’une ombre parasite dans L’Américain d’Alain Cavalier réalisé en 1958. Ce talent s’illustre aussi bien dans la composition avec la lumière naturelle que dans sa reproduction en studio et jusque dans des séquences mêlant les deux comme dans L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville ou Camille Claudel.
L’échange a été nourri à la fois par les remarques et explications d’Yves Angelo et par les questions des étudiants auxquelles Pierre Lhomme a eu la générosité de répondre tout au long de ce captivant parcours réduit à une journée d’échange.

Nous transmettons nos sincères remerciements à Yves Angelo et Pierre Lhomme pour leur disponibilité et leur générosité.
Cette rencontre a été organisée par les étudiants de la promotion ciné 2011, et en particulier : François Belin, Mikaël Gaudin, Raphaël Holt, Stéphane Jacomo, Maxence Paris, ainsi qu’avec le soutien du personnel de direction, enseignant, technique de l’école : Mehdi Aït Kacimi, Françoise Baranger, Michel Coteret, Régine Delabre, Gilles Deloire, Martine Duvert, Véronique Lorin, Didier Nové, Laurent Stehlin, Roger Trivellin.

Mathieu Cassan est étudiant en Ciné, promotion 2011