70e édition du Festival International du Film de Cannes : 1946, l’année où tout a commencé ?

Par Laurent Andrieux pour l’AFC

La Lettre AFC n°276

A l’occasion de sa 70e édition, quelques mois après le 70e anniversaire du Festival de Cannes, sur proposition de la CGT et sous la présidence de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, le CNC et la CGT ont organisé, pendant le Festival, une rencontre sur les évènements fondateurs du Festival International du Film de Cannes, en présence de Philippe Martinez, secrétaire général de la Confédération CGT, en trois temps forts, deux tables rondes et la projection de La Bataille du rail, de René Clément, en version restaurée par l’INA avec le soutien du CNC.
Accueil par Christophe Tardieu, directeur général délégué du CNC
A droite, le directeur de la photo Denis Gravouil, secrétaire général de la Fédération du Spectacle CGT


Après l’accueil assuré par Christophe Tardieu, directeur général délégué du CNC, la première table ronde eut pour thème "Les origines et la mise en place du Festival de Cannes".

Les origines du Festival de Cannes
La première table ronde, animée par les historiens Tangui Perron, Morgan Lefeuvre, Pascal Ory, Michel Pigenet et Olivier Loubes, a retracé l’histoire du Festival pour une centaine de présents.
A l’origine, la volonté du CNC et de la Fédération des Syndicats du Spectacle CGT est de créer un Festival International alternatif à la Mostra de Venise. Les gouvernements issus des élections de 1936, attentifs aux arts et à l’Education populaire, confrontés à la montée des régimes nazis en Allemagne et fascistes en Italie, avaient dessiné une politique de soutien au cinéma, et prévu un festival international face à la Mostra de Venise alors contrôlée par Mussolini.

Car, en 1938, la Mostra programme Luciano Serra, pilote, supervisé par Vittorio Mussolini (fils du Duce) et Les Dieux du stade, de Leni Riefenstahl. Les participants de plusieurs pays, en particulier les Français et les Anglo-Saxons, souhaitent voir exister un autre festival international, anti-fasciste.

L’affiche du premier Festival du Film, en 1939

Ce sera un Festival cannois, présidé par Louis Lumière et Jean Zay, dont la première édition devait ouvrir le 1er septembre 1939.

Louis Lumière, en gare de Cannes, accueilli par le maire de la ville (1939)

Dès le mois d’août, des choix politiques amènent à déprogrammer Alexandre Nevski, de Sergueï Eisenstein, pourtant explicitement antigermanique, et à le remplacer par le prémonitoire Si demain c’est la guerre, d’Efim Dzigan (URSS).

Affiche de "Si demain c’est la guerre ?" (URSS), sélectionné pour le Festival de 1939

Le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne, le festival est annulé.
A la Libération, le pays est exsangue, ruiné.

Les studios de la région parisienne ont été en partie détruits. On manque de moyens mais aussi de matériaux pour restaurer et maintenir le matériel technique. Les techniciens, comme l’ensemble de la population, sont rationnés et fatigués par la guerre. Les accords de Blum-Byrnes, par un avenant de 1946, prévoient une distribution sans limite des films américains sur le territoire français.

Le CNC souhaite reprendre la main après le départ de la Continentale, et promouvoir le cinéma français. Les gouvernements issus des mouvements résistants mettent en œuvre le programme du Conseil National de la Résistance. Le cinéma français renaît sur la base de ces décisions avec deux faits majeurs : la mise en place des "Lois d’aide", créant le socle de l’administration du cinéma par le Centre national du cinéma, et la première édition du Festival International du Film à Cannes, après l’annulation de l’édition de 1939.

L’affiche du Festival du Film de 1946

Les "Lois d’aide"
1946 voit l’action conjointe du gouvernement, de la CGT et de la Ville de Cannes mettre en place pour de bon la première édition. En parallèle, le tout nouveau CNC se substitue au COIC du régime de Pétain (et annule ses décrets antisémites) pour poser les bases du système de soutien au cinéma français : les lois d’aide sont nées, qui permettent de réguler la production et la diffusion du cinéma français. La construction, en un temps record, du premier Palais des Festivals, mobilisera des artisans, des ouvriers, et des cannois bénévoles.

En 1946, le Festival sélectionne, entre autres, Gilda, de Charles Vidor, Hantise, de George Cukor, La Belle et la Bête, de Jean Cocteau, ou Les Enchaînés (Notorious), d’Alfred Hitchcock, et honore, entre autres, Brève rencontre, de David Lean, Le Tournant décisif, de B. Tchirkov, La terre sera rouge, de Bodil Ipsen, Le Poison, de Billy Wilder, Rome, ville ouverte, de Roberto Rosselini, La Symphonie pastorale, de Jean Delanoy, La Dernière chance, de Léopold Lindtberg, et La Bataille du rail, de René Clément.

La deuxième table ronde était consacrée au thème du "Cinéma à l’heure du numérique et des GAFA, Google, Apple, facebook, Amazon, Netflix : quelles évolution ?", et réunissait Carole Tongue, (présidente de la Coalition internationale pour la Diversité Culturelle), Catherine Morin-Desailly (présidente commission culture du Sénat), Christophe Tardieu (CNC) et Denis Gravouil (Fédération du Spectacle CGT).

La Bataille du rail
La projection de La Bataille du rail (1946), le premier film qui mit en exergue l’engagement des cheminots contre l’occupant nazi, a aussi permis aux bénévoles de l’association Ceux du rail [2], de rendre hommage au chef opérateur du film, Henri Alekan - cofondateur de l’AFC - et de rappeler son engagement dans la Résistance.

L’affiche de "La Bataille du rail"

Le film avait été produit par la Coopérative Générale du Cinéma Français, coopérative syndicale créée à l’initiative du Comité de libération du cinéma français (CLCF), de la CGT et du Parti communiste, qui comptait parmi ses fondateurs notamment Louis Daquin et Henri Alekan.

André Gomar, président de l’association Ceux du rail, et Pierre-William Glenn, au Pavillon de la CST
Photo Jean-Noël Ferragut

Au pavillon de la CST, en la présence des bénévoles de l’association et de Richard Andry, président de l’AFC, Pierre-William Glenn, président de la CST et co-fondateur de l’Association Française des directeurs de la photographie Cinématographique (AFC), a aussi rappelé le rôle fondateur d’Henri Alekan dans la création de l’association.

  • En savoir plus sur Cannes 1939, le festival fantôme, sur le site du journal Le Monde
  • En savoir plus sur la Coopérative Générale du Cinéma Français (Wikipédia).