Compte-rendu détaillé de la visite chez FilmLight

Par Quentin Bourdin pour l’AFC

La Lettre AFC n°289

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Quentin Bourdin, assistant opérateur, DIT et étalonneur, diplômé de l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière, a accompagné les directeurs de la photographié de l’AFC à Londres pour une journée de formation et d’échange autour de l’image, des attentes de l’étalonnage aujourd’hui ; tout en découvrant le Baselight et ses outils d’étalonnage. Il nous en propose un récit détaillé.

FilmLight est à l’origine un fabricant de Scanner pour le support-film. Le logiciel Baselight servait pour le traitement des scans, il a évolué pour devenir aujourd’hui un outil d’étalonnage, de gestion d’espaces colorimétriques et de finalisation d’image très performant. FilmLight est une société qui compte quatre-vingt employés de quinze nationalités différentes, avec des bureaux à Londres, Munich, Tokyo, Bombai, Sydney, Mexico et Los Angeles. Ses clients comptent aussi bien des grands studios de cinéma (Netflix, Sony Pictures, WarnerBros…), que des chaînes de télévision (BBC, NBC, Sky, France Télévisions…) ou des sociétés de productions et de postproduction de toutes tailles (Technicolor Group, Deluxe, Molinar…). En France, le CNC et les sociétés Color / Digital District, Digital Factory, Films du Soleil, Firm Studio, Le Labo, McMurphy, Medialab, Mikros image, Motion Partners, NightShift, Onirim, St Louis, Ymagis et, depuis peu, M141, travaillent avec le Baselight.

C’est sur Baselight qu’ont été finalisés un grand nombre de blockbusters pour le cinéma, des séries télévisées de premier plan et des publicités haut de gamme. Yvan Lucas utilise notamment le Baselight pour l’étalonnage des prochains films de Luc Besson, Quentin Tarantino et Martin Scorsese.

La suite de logiciel proposée par FilmLight se décompose de la manière suivante :
- Prelight est utilisé dans sa version payante par les DIT pour réaliser l’étalonnage sur le plateau. A l’origine, Prelight était un boitier hardware nommé Flip, sorti en 2010. Avec le développement d’ordinateurs de plus en plus puissants, FIlmLight a su en faire un logiciel tournant sur Mac. Dans sa version gratuite, il permet aux directeurs de la photographie ou à leurs assistants d’importer les images et les traiter avec les mêmes outils que ceux de l’étalonneur, et mettre au point un look en vue du tournage. Dans la version gratuite il reste possible de sortir en SDI pour vérifier l’étalonnage sur un moniteur de référence ou d’utiliser un pupitre Tangente. Le logiciel est uniquement compatible Mac.
- Daylight est un logiciel qui permet le traitement et l’étalonnage des rushes, d’y appliquer le look de l’étalonneur ou l’étalonnage du DIT, de le modifier, et de réaliser toutes les sorties nécessaires pour la production. Daylight permet l’export de DCP pour la visualisation des rushes en salle de projection. Le logiciel est uniquement compatible Mac.
- Baselight est un système d’étalonnage et de gestion d’espaces colorimétriques. Il permet également de réaliser la conformation et le mastering du film. Le système fonctionne sous Linux et la station est assemblée par FilmLight.

Tous les outils de Baselight sont disponibles dans Prelight et Daylight hormis les outils Paint et Tracking qui ne sont pas accessibles dans Prelight, étant donné que l’on travaille soit sur des images fixes, soit sur une sortie caméra. Ces trois logiciels communiquent entre eux grâce à un fichier BLG qui contient les informations d’étalonnage et les métadonnées de la caméra. Il y a un fichier BLG par plan et chaque fichier contient une image de référence du plan et son étalonnage. Les informations d’étalonnage peuvent être récupérées et modifiées contrairement à une LUT qui écrase ces informations et ne permet pas de les réutiliser. Il agit comme un CDL amélioré car il gère plusieurs couches d’étalonnage, et n’impose aucune limitation dans les outils utilisables par le DIT ou l’étalonneur. Cependant le fichier BLG ne peut être ouvert que par un logiciel de la suite FilmLight. A noter qu’un BLG créé sous Baselight peut être ouvert et modifié gratuitement avec Prelight et inversement. Les LUTs ne possèdent pas de séparation des couches, et ne permettent que d’aller d’un espace couleur à un autre (ex : Log C vers Rec 709), ne permettent pas d’interagir directement sur le look qu’elle contiennent et ne permettent pas d’ajouter de masques. A noter que certaines LUTs anciennes n’ont été calculées que sur 8 bits et font basculer le film vers une sortie 8 bits qui dégrade l’image. Pour reproduire les couleurs d’anciennes pellicules l’outil Look a été développé, permettant d’interagir avec l’effet pour le doser sans dégrader l’image.

Le Baselight débayerise les fichiers RAW en utilisant exclusivement les SDK fournis par les constructeurs. La débayerisation utilisée par le logiciel est celle fournie par le constructeur de manière à toujours avoir la même image quelle que soit la station, le logiciel d’étalonnage ou les logiciels de VFX. Cela fait suite à une demande il y a trois ans des studios qui a contraint les fabricants de caméra à redévelopper leur SDK. La débayerisation permet de transformer le fichier RAW en un signal linéaire (tel qu’il a été capturé par le capteur). Le signal linéaire est ensuite envoyé dans l’espace de travail (ACES, - FilmLight T-Log Wide Gamut, Wide Color Gammut). C’est dans cet espace que seront faites les modifications colorimétriques, pendant la phase d’étalonnage. On applique ensuite au signal une courbe de transfert nommée DRT (Display Rendering Transform), dépendant du dispositif de visualisation.

Baselight inclut différents DRT qui permettent d’adapter l’étalonnage fait dans un espace de travail étendu (ACES, T-Cam, Wide Color Gammut) à d’autres espaces couleurs (DCI-P3, Rec 709, Rec 2100), en conservant l’apparence de l’étalonnage réalisé.

Les courbes de transfert vont également adapter le signal aux différents points blancs et aux niveaux de luminance des dispositifs de diffusion notamment pour le HDR. La DRT T-Cam, développé par FilmLight, est une courbe qui se veut neutre pour que l’ensemble des décisions esthétiques sur l’image du film n’ait lieu qu’au moment de la phase d’étalonnage.


La question de la différence entre le RAW et le ProRes fut également posée, entre une débayerisation interne réalisée par la caméra et une débayerisation externe réalisée par le logiciel. Les changements qui ont pu être observés sont une légère perte en latitude et en détails fins dans le ProRes. Le RAW laissant plus de latitude pour l’étalonnage avec une meilleure quantification couleur et une possibilité de corriger la balance des blancs directement depuis les informations issues du capteur, avant la débayerisation.

Trois outils sont proposés pour l’étalonnage de base :
- Video Grade (Lift / Gamma / Gain) : Est l’outil de base de logiciels comme Resolve qui a pour inconvénient que le Lift et le Gamma affectent les Hautes Lumières et oblige les étalonneurs à corriger le Gain en même temps et inversement.
- Film Grade (Contrast / Exposure / Sat) : Est l’outil utilisé depuis l’étalonnage pellicule, l’outil dans le Baselight permet de modifier les points de pivot pour les Shadows / Midtones / Highlights et Contraste.
- Base Grade (Dark / Balance / Bright) : Est un outil développé par Baselight qui n’existe que depuis un an. Il considère le capteur comme base et présente le Waveform avec une échelle allant de -6 à +6 EV. L’outil Balance permet d’augmenter ou baisser l’entièreté du signal, un point correspond à la valeur d’un Diaph ou EV. Les réglages se répartissent en quatre zones, les Très Basses, les Basses, les Hautes, et les Très Hautes lumières. Un outil appelé FallOff permet d’adoucir les transitions entre les différentes zones, qui sont elles-mêmes ajustables. L’outil de Flare permet de fixer un niveau de noir à 0, un noir en dessous duquel on ne peut pas descendre. Augmenter le Flare rendra le noir à 0 gris, le diminuer fera tendre le noir à 0 vers un noir absolu. Ainsi diminuer le niveau des tons sombres au moyen de l’outil Dark va permettre de tasser les tons sombres vers ce noir à 0 et créer ce qu’on peut comparer à un pied de courbe.

L’outil Base Grade a également changé son moteur colorimétrique pour la saturation ou désaturation des images. Ici, le fait de jouer sur la saturation ne va plus affecter tous les canaux couleurs de la même manière mais les adapter à la réponse des cônes de l’œil humain. Contrairement aux autres outils, les écarts de saturation sont ici maintenus et non amplifiés. Ceci entraîne une saturation plus réaliste et des couleurs qui dérivent moins rapidement.

Baselight affiche les outils utilisés selon un système de couches, permettant d’obtenir une Timeline qui montre au-dessus de chaque plan les effets employés. Cet affichage permet de voir sur l’ensemble du film les outils et les effets utilisés. Il est également possible de mettre en cache des effets ou des couches de traitement gourmands en ressources, pour les visualiser en temps réel.

Quelques outils disponibles dans BaseLight :
- Look : Reproduit les courbes couleurs de certaines pellicules et permet de modifier l’esthétique sans toucher à la DRT (courbe de transfert). Les looks peuvent également être dosés pour un rendu plus ou moins fort de l’effet. Il est également possible de créer ses propres Looks.
- BoostContrast : Permet d’augmenter le micro contraste sans toucher au contraste global. Les différentes zones d’exposition sont détectées afin d’appliquer un réglage de contraste différent sur chaque zone.
- BoostShadows : Permet de définir un niveau de noir appelé flare, et un seuil, afin et de traiter ou déboucher les valeurs sombres sans influer sur ce niveau de noir.
- Texture Equalizer : La fonction de transfert MTF permet grâce à l’échantillonnage de ligne de cibler des zones particulières de l’image et d’agir sur les différentes textures en fonction de leur densité de lignes. Il permet d’agir comme un filtre de diffusion. Il est ainsi possible de lisser des peaux sans perdre en sensation de netteté. Son utilisation combinée avec l’outil Paint permet de restreindre l’effet à une zone précise.
- GridWard : Permet de modifier les aberrations géométriques des objectifs. On peut également par cet outil déformer des parties du visage ou recréer des déformations d’optiques vintage.
- Paint : Permet de sélectionner avec un pinceau des parties de l’image. Il permet également de faire disparaitre des objets comme des perches ou des câbles à la manière de l’outil tampon de Photoshop.

Baselight permet par sa gestion poussée des espaces couleurs de répondre aux demandes des diffuseurs exigeants comme Netflix qui impose à ses productions un workflow en 4K, 16 bits, HDR. Il permet également de pré-visualiser l’étalonnage, grâce au BLG, lors de la création des effets visuels sur le logiciel Nuke. A noter que le contrat de support fait évoluer les outils chaque année et permet d’adapter le logiciel aux besoins de chacun.

Next Shot et Be4Post proposent des stations DIT avec Prelight et Daylight. Digital District, Digital Factory, Mikros, Le Labo, McMurphy, Mopart possèdent des stations Baselight à Paris. Un Baselight est également accessible pour des formations et des démos chez Be4Post. En France, beaucoup d’étalonneurs sont en Freelance et manquent de formations spécifiques à un système d’étalonnage. Des formations AFDAS sont ainsi proposées pour se former à Baselight. Les formations proposées historiquement par FilmLight sont plus suivies par les techniciens que par les étalonneurs, cependant des formations restent proposées à Londres. Un nouveau partenariat avec Lapin Bleus Formations a également été développé pour la formation sur l’ensemble de la suite logicielle FilmLight (Prelight, Daylight, Baselight).

Le temps d’étalonnage moyen est de deux semaines en France contre trois mois pour un Blockbuster américain. Il est important que les étalonneurs soient formés au mieux aux outils avant d’entamer un étalonnage. Gilles Porte, AFC, prenait l’exemple de l’étalonneuse Mathilde Delacroix qui avait reçu une formation de trois jours sur BaseLight avant d’entamer l’étalonnage du film qu’il a photographié, L’Échange des princesses.

Le pupitre du Baselight possède des boutons constitués de petits écrans qui permettent à chaque étalonneur de le paramétrer comme il le souhaite et de gagner en rapidité.

L’autre exemple qui fut cité est celui du film Un couteau dans le cœur, d’un budget de trois millions d’euros. L’étalonnage fut réalisé à partir de scans de pellicule 35 mm et 16 mm inversible sortis en fichiers DPX 16 Bits 4K. L’étalonneur, Jérôme Bréchet, a ainsi réalisé la conformation et le Master chez MoPart à Paris. L’étalonnage avait été fait au Mexique en session distante avec au maximum cinq couches d’étalonnage par plan.

Une demi-journée est organisée début septembre chez Motion Partners à Paris, avec le même groupe, pour approfondir ces sujets, en projection cette fois-ci. Un compte rendu sera publié début octobre.
Le succès de cette première journée a convaincu de renouveler cette initiative, et une autre journée sera organisée chez Le Labo Paris, fin novembre 2018. Les places étant très limitées, veuillez contacter paris chez filmlight.ltd.uk, si vous souhaitez y prendre part.

Les invités du 12 juin étaient Caroline Champetier, Crystel Fournier, Agnès Godard, Stephan Massis et Gilles Porte, membres de l’AFC, d’une part, François Reumont, d’autre part, ainsi que Laurent Stehlin et Quentin Bourdin, de l’ENS Louis-Lumière. La présentation était aussi assurée par Jacqui Loran, étalonneuse, et responsable du support pour FilmLight.