Couleur, douceur et liberté ! Les maîtres mots d’un tournage en Sony F55

par Sony France La Lettre AFC n°254

Après son triomphe en 2011, grâce à Polisse, Maïwenn revient à Cannes en Sélection officielle avec son quatrième long métrage, Mon roi, une comédie dramatique qui dépeint la relation passionnelle et tumultueuse d’un couple. Le film, produit par Alain Attal (Les productions du Trésor) a été tourné avec la caméra F55 par Claire Mathon, AFC, jeune chef opératrice et collaboratrice de longue date de Maïwenn.
Claire Mathon
Claire Mathon
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Vous venez de finir l’étalonnage du film, pouvez-vous nous donner vos impressions à chaud de cette étape fondamentale du travail du chef opérateur avec les images issues de la F55 ?

Claire Mathon : Je dois dire que je suis plutôt enthousiaste de ce que j’ai vu et du travail que nous avons accompli, tant sur le plateau qu’à l’étalonnage. Je retrouve mes choix photographiques et nous avons créé une belle alchimie entre les images de la F55 et Technicolor qui a assuré le traitement avec brio. Le film de Maïwenn est un film très coloré, ensoleillé et lumineux. La caméra excelle dans le rendu des couleurs et dans les hautes lumières. C’était vraiment rassurant. La F55 a très bien réagi dans des décors très lumineux, comme une piste de ski ou à la plage. Nous avions également une séquence de mariage, avec une robe de mariée très blanche, et la F55 est vraiment une valeur sûre pour ce type de situations.

Comment avez-vous envisagé le travail photographique sur ce film ?

CM : Nous avions trois grands axes de travail. Maïwenn voulait faire un film très coloré. Elle a porté une grande attention au choix des décors et des costumes, toujours avec des couleurs très soutenues et surtout avec beaucoup de couleurs. Elle avait une vraie envie de retrouver les couleurs. Nous voulions par ailleurs une certaine texture, une forme de douceur. Maïwenn aime faire des très gros plans des comédiens et des comédiennes, bien sûr !
Nous recherchions vraiment de la douceur. Le troisième axe de travail, et pas des moindres, était la liberté ! C’est un film quasi exclusivement tourné en caméra portée, à deux caméras, et avec des prises extrêmement longues. Maïwenn aime tourner les séquences dans leur longueur, sans couper, pendant 20 ou 30 minutes.

Comment la F55 vous a-t-elle aidée à réaliser votre vision du film ?

CM : Il nous fallait une caméra qui allie légèreté et richesse colorimétrique, le tout enveloppé dans de la douceur. Et il nous fallait un outil que l’on puisse tenir à la main, qui nous permette de bouger en toute liberté mais capable de faire ressortir toute la palette chromatique. Nous avions énormément de décors et nous nous déplacions sans cesse.
La caméra nous a vraiment séduites par sa richesse des couleurs et par ses nuances. Les couleurs sont vraiment profondes. Quand il y a du rouge, il est vraiment rouge. Les bleus sont bleus, les jaunes, jaunes. Nous avions besoin de toute sa richesse colorimétrique ainsi que de sa légèreté. Une des personnalités du film sera la couleur et la F55 y a beaucoup contribué.

Quelles optiques avez-vous utilisées et qu’est-ce qui a justifié ce choix ?

CM : Idéalement, Maïwenn tournerait tout au zoom, pour aller toujours dans le sens de la liberté et de la rapidité. Nous avons tourné avec des zooms Angénieux Optimo, le 28-76 mm et le 45-120 mm. Et pour les situations plus critiques en termes de lumière, nous avions une série Zeiss GO. Le choix des optiques contribuait à notre recherche de douceur et de liberté. J’ai également beaucoup filtré. L’action du film se déroule pendant dix ans et ce sont les mêmes comédiens qui jouent toutes les périodes. Nous avions l’envie, non pas de les rajeunir, mais plutôt de les embellir, d’adoucir leurs traits. Nous avons fait énormément d’essais car j’avais peur de trop filtrer, de perdre du piqué. En regardant le film, je trouve que le rendu est assez précis et soyeux sur les peaux. On a réussi à avoir une douceur tout en étant brillants et nets.

Quel a été votre workflow ? Avez-vous tourné en RAW ?

CM : Non, nous n’avons pas tourné en RAW, principalement parce que nous voulions tourner beaucoup. La postproduction nous a vivement encouragées à ne pas tourner dans ce format. Nous avons fait des essais avant de partir pour bien visualiser les différences entre les formats d’enregistrement et savoir si nous allions perdre quelque chose. Nous avons choisi finalement le codec SR SQ 444. Et vraiment, la grande différence avec le RAW est que l’on enregistre directement l’image que l’on veut. Il faut que la pose soit précise, que le choix de température de couleur soit le plus proche possible du résultat désiré. Tout doit être inscrit dans l’image.
Cette réalité m’a simplement poussée à travailler avec plus de précision. J’ai filtré à la prise de vues et gélatiné les fenêtres quand il le fallait. Et globalement, le résultat est là, et plutôt bon, et je ne pense pas avoir perdu en qualité. Ce choix du codec nous a permis de filmer presque 200 heures de rushes en huit semaines.

Avez-vous mélangé la lumière du jour à la lumière artificielle ?

CM : Oui, nous avons fait beaucoup d’intérieurs jour à 3 200 K, avec des lampes allumées et nous avons gélatiné les fenêtres pour réduire les écarts. Je voulais éviter de me retrouver avec des peaux trop chaudes. C’était une situation très courante tout au long du film. La caméra était réglée à 4 300 K et parfois, j’aurais aimé être plus précise et pouvoir afficher au centième de Kelvin près, mais l’étalonnage m’a permis de ne pas avoir de regrets.

Avez-vous des regrets, justement ?

CM : Pas vraiment, mais s’il fallait parler d’un petit bémol, je constate que la caméra bruite un peu, dans les basses lumières et dans les couleurs un peu vives, comme s’il lui manquait quelques pixels pour tout retranscrire. Le film est un vrai florilège de décors et de situations, et la caméra s’en sort vraiment très bien, photographiquement et ergonomiquement parlant. La F55 était vraiment l’outil parfait, en tout cas, pour ce film !

Quel a été votre parcours ?

CM : J’ai fait l’Ecole Louis-Lumière et j’ai commencé assez vite à éclairer des courts métrages. J’étais très vite "jeune chef opératrice". Je n’ai pas beaucoup été assistante caméra. Mes premiers films étaient les films de Maïwenn. Et j’ai fait tous ses films. A différents postes, mais je les ai tous faits.

Mon roi, de Maïwenn (2015)
Sélection officielle du Festival de Cannes
Sortie en salles : octobre 2015
Producteur : Alain Attal
Comédiens : Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel et Isild Le Besco…