Entretien avec le directeur de la photographie Guillermo Navarro, ASC

"Le créateur hors de l’eau"

La Lettre AFC n°285

Le site Internet Frenetic Arts s’est entretenu avec le directeur de la photographie Guillermo Navarro, ASC, lors de sa venue à Paris, en février 2018, pendant le Micro Salon AFC à La Fémis. Sous le titre "Le créateur hors de l’eau", cet entretien revient sur son travail avec Guillermo Del Toro ainsi que sur son travail en tant que réalisateur.

Bonjour M. Navarro et merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Vous avez œuvré sur des films aussi divers que Desperado et Jackie Brown mais autant le confesser, c’est surtout votre travail dantesque pour magnifier l’imaginaire de Guillermo Del Toro qui nous hypnotise. L’Echine du diable, Cronos, Hellboy 2, Pacific Rim et surtout Le Labyrinthe de Pan pour lequel vous avez été oscarisé. J’ai lu quelque part que vous aviez commencé vos prises de vues et diverses expérimentations à l’âge de 13 ans ! C’est bien cela ? J’aimerai par ailleurs savoir si vous aviez (et avez) des maîtres à penser, des artistes qui vont ont particulièrement inspirés, quel que soit leur médium.
Vous savez, j’ai grandi et commencé mes travaux à Mexico. Mexico possède une incroyable tradition picturale. Notamment pour les photographies, c’est quelque chose de capital là-bas. Mais pour être honnête, j’ai établi mes propres processus de création. J’ai déjà essayé de suivre un fil conducteur créatif qui m’intéressait et j’ai alors créé, chez mes parents et à 13 ans vous avez raison, une chambre noire. C’est comme cela que tout mon processus de création est né.

Aucune œuvre ou artiste qui vous ait donc guidé dans cette voie ?
Non, je dirais plutôt que c’est la culture mexicaine puis la culture en générale qui m’a nourrie. Vous devez voir ça. Au Mexique, il faut la vivre, la capturer.

J’ai vu que dans les 90’s vous avez développé, en Europe et à Paris, votre art avec Ricardo Aronovich, un chef opérateur argentin qui a beaucoup exercé avec des réalisateurs français et européens de renom comme Louis Malle, Costa-Gavras, Alain Resnais ou Yves Boisset. Que vous a apporté cette sensibilité mariant l’Amérique latine et le classicisme français notamment et comment avez-vous appréhendé ces autres visions du métier, le cœur et l’implication que l’on y met ?
Je n’ai pas étudié ici en France mais j’ai beaucoup appris avec lui, oui. Il travaillait souvent avec des cinéastes français. Je n’étais pas forcément autorisé à faire ce genre de films à Mexico mais je me souviens avoir beaucoup étudié Providence, d’Alain Resnais, [NDLR : nommé au César de la meilleur photo]. Pour le reste, je ne pourrais pas dire qu’il y a de réelles différences dans le traitement. Les histoires et le langage visuel que j’essaie de transmettre : c’est cela qui m’intéresse. Vous voyez une lumière est une lumière. Je pense que c’est ce qui est appréciable, que ce soit ressenti quel que soit l’endroit du monde où l’on se trouve. [...]

(Propos recueillis par Jonathan Deladerrière)