Entretien avec le directeur de la photographie Nicolas Loir à propos de son travail sur "Who Wants It", le clip de KCPK

Par François Reumont pour l’AFC

[English] [français]

Nicolas Loir est désormais un habitué de la compétition Vidéo Clips à Camerimage. Après avoir remporté un double prix en 2013, il est cette année de nouveau en compétition avec KCPK "Who Wants It", réalisé par Nicolas Davenel. (FR)

Quelle est la genèse du projet ?

Nicolas Loir : C’est la première fois que je travaille avec Nicolas Davenel, le réalisateur. La connexion s’est faite via Elias Belkeddar, producteur chez Iconoclast. Le côté narratif du clip était une envie très forte du réalisateur. Un film de mouvement dans lequel nous suivons la transmission d’un objet à travers la hiérarchie mafieuse, une fuite en avant, en mouvement perpétuel.
La préparation s’est faite en échangeant de nombreuses références visuelles, comme le travail de Nan Goldin, Stacy Kranitz ou Brian Finke. On a aussi pensé à l’énergie des clips de Daniel Wolfe ou Little Odessa, de James Gray, et Les Promesses de l’ombre, de David Cronenberg.

Pouvez-vous nous décrire les partis pris de mise en image pour les différentes ambiances ?

NL : Nous avons essayé d’avoir une écriture visuelle propre à chaque univers. En partant du bas de l’échelle avec des enfants dans une ambiance très saccadée, une caméra très nerveuse et mobile pour retranscrire l’énergie et la rage de notre jeune personnage. Tout est tourné à l’épaule. Les couleurs sont assez tristes.
On passe ensuite avec les ados, là aussi un univers nerveux mais avec une caméra épaule légèrement plus posée grâce à un Easyrig. Les couleurs sont plus fortes et saturées.
Vient le monde des adultes dans une maison cossue. On passe au Steadicam avec uniquement des plans en mouvement. Une succession de travellings avant ou circulaires rapides pour évoquer la tension que ressent l’adolescent qui arrive dans cet univers angoissant.
Le clip se termine en haut de l’échelle dans un univers luxueux traité aussi au Steadicam et tourné avec un léger ralenti. La pièce est extrêmement lumineuse pour accentuer le côté luxueux et contrebalancer le côté sombre du début du clip.

Quels ont été vos choix techniques ?

NL : Le choix de l’anamorphique s’est imposé de lui-même pour le côté narratif et cinématographique. Nous avons tourné avec deux séries totalement opposées dans le rendu.
Les deux premiers univers (enfance et adolescence) sont tournés avec une série LOMO anamorphique pour son côté imparfait, ses aberrations chromatiques et ses bords flous.
Les deux derniers univers, avec une série Hawk V-LITE pour son côté clinique et son rendu froid. Nous n’avions pas accès aux Zeiss anamorphiques qui étaient notre intention première pour leur piqué extrême.
Parallèlement, il y a aussi eu un travail à l’étalonnage (Mathieu Caplane chez Nighshitf) sur le piqué et le grain de l’image qui évoluent au fur et à mesure du clip...

(Propos recueillis par François Reumont pour l’AFC)