Flash-back sur Camerimage 2016

Par Richard Andry, AFC

par Richard Andry La Lettre AFC n°270

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Quand, l’an dernier, je suis arrivé à Camerimage, je portais le douloureux traumatisme des attentats perpétrés deux jours avant dans les rues de Paris. Cette année, c’est avec la tristesse d’avoir perdu, en la personne de Raoul Coutard, un Maître et un ami, que j’ai été accueilli avec la même chaleur par nos pairs étrangers et en particulier par Ed Lachman, ASC, et Dick Pope, BSC, collègues et amis.

Avec eux, j’ai pu échanger pendant de longues minutes sur l’apport fondamental dans le domaine de la photographie cinématographique actuelle de la "patte" maintenant classique de Raoul (le mot classique a été glissé par Michael Chapman, ASC, lors d’un échange que nous avons eu Nathalie et moi, après les questions-réponses qui sont suivi la projection de Raging Bull, de Martin Scorcese (sur grand écran : cela remonte le moral…). Nous avons déjà écrit à ce sujet dans la lettre journalière en direct de Camerimage publiée chaque nuit par Jean-Noël Ferragut, AFC, et je vous recommande le texte lu par Dick Pope, BSC, à l’occasion de la cérémonie de clôture du festival.
Car le festival était plutôt muet cet année au sujet de cette disparition et nous espérons que l’année prochaine l’œuvre de Raoul sera honorée comme l’étaient cette année, celles de deux grands disparus : Haskel Wexler, ASC, et Vilmos Zsigmond, ASC, qui l’un et l’autre, dans mes souvenirs, lors de rencontres, se recommandaient de l’influence de la Nouvelle Vague française.

Camerimage, heureusement, n’est pas que le temple des commémorations, mais ces évènements nous aident à caler l’évolution de notre métier dans l’histoire du cinéma (ne pas oublier, à ce sujet, de visiter la riche rétrospective "Voyage au centre de la machine cinéma" organisée actuellement à la Cinémathèque française) et amorcent les discussions passionnées. Et les occasions ne manquent pas : ateliers, Master Classes, discussions formelles et informelles sur l’actualité et l’avenir du métier, expériences personnelles, présentations de matériels avec de formidables "one-(wo)man-shows" techniques, projections, autour d’un petit café sur le stand ou d’un "shot" de vodka dans les fêtes.
C’est toujours triste de dire qu’il y a trente ans, on avait cela à Chalon et que maintenant il faut aller à Bydgoczsz, en Pologne, mais il ne fallait pas le laisser filer et au passage, j’ai toujours l’espoir que nous puissions organiser en France, berceau de la photographie, patrie de Niepce et des frères Lumière, une manifestation annuelle bien identifiée sur l’art de l’image de film. Cela nous rappelle qu’il faut rester vigilant en ce qui concerne la préservation de notre personnalité et de notre originalité tant artistique que sociale dans le grand bouillon globalisateur, tout en restant accueillants et les bras grand ouverts sur le monde.

L’AFC participait à deux Master Classes, l’une autour de la VariCam Panasonic, présentée par Luc Bara et animée par Philippe Ros, AFC, et Antoine Héberlé, AFC. Philippe présentait un très beau travail tourné en noir et blanc en extérieur nuit (tourné sans filtre IR) et Antoine nous a commenté des séquences d’images impressionnantes extraites du dernier film de Stéphane Brizé, Une vie. Évènement tant artistique que technique, bien structuré, avec la pointe d’humour qui convenait à nos deux intervenants. La technique mais avec le "french flair".
En ce qui concerne notre maintenant traditionnelle "AFC Camerimage Master Class", soutenue par Angénieux et Panavision et dont l’affiche 2016 annonçait Michel Abramowicz, Nathalie Durand et Romain Lacourbas, modérée avec maestria par Benjamin B., et qui rencontra un franc succès avec de nombreux échos favorables. Je vous renvoie à mon compte-rendu publié dans la lettre quotidienne pendant Camerimage.

L’AFC était aussi représenté en compétition par l’entremise de Michel Abramowicz, AFC, dont le travail sur Past Life, de l’Israëlien Avi Nesher, fut chaudement applaudi, film dans lequel Michel, malgré le difficile challenge d’un film à petit budget, réussit à exprimer habilement le climat d’une trame dramatique compliquée dans l’esthétique des années 1970, en Israël et en Europe de l’Est.
Présence AFC renforcée par la présence, dans la section panorama européen, de deux films, valeurs sures, aux succès déjà confirmés : Les Innocentes (DP Caroline Champetier, AFC) et Cézanne et moi (DP Jean-Marie Dreujou, AFC).
Sans oublier Close Encounters With Vilmos Zsigmond, présenté en présence de son réalisateur Pierre Filmon et photographié par Marie Spencer, AFC, Olivier Chambon, AFC, James Chressantis, ASC et Luca Coassin, AIC. Vilmos était un habitué de Camerimage, l’émotion était au rendez-vous.

Côté technique, nos membres associés étaient bien représentés eux aussi. Rendez-vous le matin pour le petit café expresso de démarrage chez Angénieux qui présentait cette année sa gamme très étendue de différentes collections de zooms : les Optimo Anamorphiques, dont le nouveau et impressionnant 44-440 A2S, les Optimo Sphériques, les Optimo Style et la nouvelle série EZ. Une offre importante qui couvre tous les domaines et tous les formats et je dirai même, maintenant, tous les budgets.
Angénieux avait pris en charge cette année la présence de quatre étudiants du département Image de La fémis, avec qui nous avons pu parler lors d’un très sympathique dîner. Transvideo, en association avec K5600, avait cette année, invité les étudiants de la nouvelle école nationale de cinéma installée à Lyon, la Ciné Fabrique, avec à la clé un autre sympathique dîner d’échanges. Ces étudiants ont assisté avec enthousiasme aux deux Master Classes.

Côté optique, c’était le grand luxe et on pouvait aisément ressentir le poids majeur pris maintenant par ces bijoux à l’ère numérique. On se serait cru place Vendôme, l’offre est considérable. Angénieux, Arri, Cooke, Fujinon, Hawk, Leitz, Panavision mettent à notre disposition de véritables trésors et ce pour tous les formats de capteurs. Je ne peux développer ici chacune de ces merveilles ni raconter mes longues et enrichissantes discussions avec Alexander Bscheidl de Vantage-Hawk, Tomaso Vergallo de Leitz, Dan Sasaki, "The Wizzard of Lenses" de Panavision après son exposé "optico-philiosophique" magistral sur la gamme optique Panavision sur grand écran. Le show Panavision a été complété par la présentation de la nouvelle caméra Millenium DXL à capteur 8K que vous pourrez découvrir à Paris lors des portes ouvertes du 8 décembre chez Panavision Alga.
A noter que lors de cette belle démo, Michael Cioni, en charge de Light Iron, le département software de Panavision, a présenté l’application "Foolcolor" de notre confrère Mikael Lubtchansky. Application invitée bidouille du prochain Micro Salon. Lee Filters, notre fidèle sponsor de tous les évènements AFC présentait sa nouvelle gamme de Cine-Filters développée avec Panavision et une astucieuse gamme d’accessoires de filtrage pour les DSLRs. A voir au Micro Salon.

Enfin, "last but not the least", en sens inverse de l’alphabet, notre partenaire Arri assurait comme à l’accoutumée une énorme présence tant à la présentation de caméras et d’équipements qu’à l’organisation d’évènements. Natasza Chroscicki, Natacha Vlatkovic et Stephen Schenck, infatigables, nous entraînaient d’une enrichissante Arri Academy Master Class sur le thème "Innovation and creativity in the modern action", genre "Comment tirer le meilleur parti des technologies de caméra et d’éclairage" à une autre animée par Paul Cameron, ASC, "Fearless Cinematography in a sublime age". Ou comment embrasser lumière et looks audacieux en utilisant les outils modernes. Et diverses présentations, dont de nombreuses autour de la prestigieuse Alexa 65. Pour ceux qui n’étaient pas en Pologne, séance de rattrapage au Arri et Codex Workshop qui se tiendra les 7 et 8 décembre à La Compagnie (voir détails sur notre site).

Côté projecteurs, DMG Lumière présentait le grand frère de leur célèbre SL1, le maxi Switch (technologie bicolore) de L : 120 x 75 x 2 cm d’épaisseur d’une puissance de 480 W par couleur. Disponible début 2017.
K5600 était présent comme chaque année et Sébastien Barbedienne avait relayé Marc Galerne, retourné en France pour présenter au Satis toute une gamme de produits que nous vous ferons découvrir plus tard. Il présentait un kit de deux 200 W – Alpha et Joker – ainsi que l’Alpha 800, dernier né de la gamme.

J’ai sûrement oublié des noms et des évènements, et je vous conseille de relire les "directs" quotidiens de l’AFC compilés et mis en page par Jean-Noël Ferragut, AFC, qui n’a pas compté ses heures à l’antenne, et les riches articles et interviews de François Reumont.