La Mécanique de l’ombre

Quand j’ai rencontré Thomas, j’ai tout de suite su qu’on allait bien s’entendre. Après une petite hésitation de sa part, j’ai rejoint le film avec beaucoup d’enthousiasme. Un film noir ça ne court pas les rues en France qui plus est avec un casting comme celui-ci.

Un premier film pour Thomas, qui vient totalement d’un autre milieu mais qui a une très grande culture cinématographique doublée d’une addiction cinéphile assumée (une mémoire imbattable sur les quizz… il nous met tous à l’amende) et le huitième film pour ma part.
Nos références étaient des films comme The Naked Runner (Chantage au meurtre), de Sidney J. Furie, ou The Parallax View (A cause d’un assassinat), d’Alan J. Pakula (DoP Gordon Willis, ASC) ainsi que d’autres films noirs plus anciens en noir et blanc.

Nous avons eu six semaines de prépa intenses pendant lesquelles nous avons découpé tout le film plan par plan au fur et à mesure que les décors étaient choisis. Cela fait déjà trois films que je fais comme ça et j’adore le système, je fais un storyboard de tout le film avec mon appareil photo au format dans les décors, ordonne tout ça et étalonne dans Ligthroom et, à chaque fois qu’on y retourne j’affine, cela me permet montrer la direction et le style du cadre au réalisateur, du coup, de pousser plus loin le style. Toute l’équipe peut y accéder et donc mieux comprendre ce qu’on fait et ou en veut en venir. J’ai remarqué que les gens sont du coup plus impliqués et mettent l’énergie là où il faut. Et, dans un film à petit budget comme celui-ci, on sait tous comme c’est important…

Pour ce qui est de la photo à proprement parler, j’ai essayé de rester plus sobre que d’habitude, c’est-à-dire quelque chose que l’on pourrait atteindre en film argentique sans trop toucher à l’étalonnage, si ce n’est au niveau des contrastes et du noir, et des cadres très rigoureux. J’ai essayé de faire une image juste et pas trop démonstrative. En fait on l’enferme petit à petit par les cadres et une ambiance plus noire au fur et à mesure de l’histoire.
On a tourné avec une Arri Alexa en ArriRaw, une série Hawk V-lite, et le petit zoom Angénieux 30-72 mm.

L’équipe, assujettie aux Tax Shelters, était entièrement belge sauf Thomas, Ludovic Giraud (le 1er assistant réalisateur), Thierry François (le décorateur et son assistant Dorian Maloine), Christine Sivan (la scripte), Sandrine Paquot (la directrice de production) et moi-même.
Trente-cinq jours de tournage bien remplis et, je dois dire, une équipe merveilleuse. Toujours de bonne humeur et enthousiaste. Je me suis très bien entendu avec Vincent Piette, le gaffer, d’humeur toujours égale ainsi que ses deux comparses qui soulèvent ensemble des montagnes. Respect aussi pour Leo, mon premier assistant pour qui le "flou" n’existe pas… – ou presque, seulement quatre prises pour lui sur un film, c’est bien – et les machinos Jean-François Roqueplo et Thierry Ramanana.
Rudy Kris nous a très gentiment prêté son Microlens, ce qui nous a permis de faire les plans dans la machine à écrire et dans les cassettes audio.
Danys Bruyère chez TSF, que je connais depuis très longtemps, nous a beaucoup aidés aussi.
Enfin, c’était une très bonne expérience artistique et humaine. Peu de fois, j’ai atteint ce niveau d’osmose sur un film, je dois dire, et je pense que nos producteurs n’y sont pas pour rien.

On a utilisé pour éclairer, entre autres, des LiteMat de chez LiteGear, les fabricants de LED, un produit génial, grande découverte, le futur ! En gros, le LiteMat4 c’est un Flathead mais qui pèse moins de1,5 kg, 2 cm d’épaisseur, bicolore, LED donc dimmable et, si on veut, en HF. On en a acheté deux avec Vincent, plus deux autres loués chez TSF. On a pratiquement fait tout le film avec, accroché au plafond en deux minutes, assemblés par 2 ou 3 derrière une 2 x 2 m avec Louver. C’est léger, malin donc rapide, ce qui embrasse pleinement nos méthodes de travail actuelles.
L’appartement où Duval va travailler tous les jours a été tourné en studio avec une découverte photo.

L’étalonnage s’est fait chez Film Factory avec Elie Akoka qui, lors des essais, m’a sorti une qualité de peau très proche des rendus film que j’ai adorée, Rip n’y étant pas pour rien. Il a fait les daylies et l’étalonnage final avec la même machine, on a donc réinjecté les réglages des rushes et gagné ainsi deux bonnes journées sur nos deux semaines prévues. En fait on a juste affiné ce qu’on avait aux rushes, sans trop toucher à la colorimétrie.
Voilà, c’est à peu près tout ce que j’ai à dire, si ce n’est le plaisir de travailler avec de très, très, bons acteurs. Cluzet était pratiquement de tous les plans et il a été génial de patience et d’implication
Je ne pourrai pas faire une avant-première car je ne serais pas là début janvier mais nous ferons une projection le 23 chez TSF, j’espère vous y voir nombreux.

L’histoire
Deux ans après un " burn-out ", Duval est toujours au chômage. Contacté par un homme d’affaire énigmatique, il se voit proposer un travail simple et bien rémunéré : retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, Duval accepte sans s’interroger sur la finalité de l’organisation qui l’emploie.
Précipité au cœur d’un complot politique, il doit affronter la mécanique brutale du monde souterrain des services secrets.

La Mécanique de l’ombre
Production : 2425 Films, producteurs Thibault Gast et Matthias Weber, en coproduction Belgique : Scope Pictures
Réalisateur : Thomas Kruithof
Avec François Cluzet, Denis Podalydès, Simon Abkarian, Alba Rohrwacher
1er assistant réalisateur : Ludovic Giraud
Scripte : Christine Sivan
Directrice de production : Sandrine Paquot
Son : Nicolas Provost
Chef décorateur : Thierry François.

Dans le portfolio ci-dessous, quelques photogrammes extraits de La Mécanique de l’ombre.

Portfolio

Équipe

DP, cadreur : Alex Lamarque, AFC
1er assistant caméra : Léonidas Arvanitis
2e assistante caméra : Irini Zevgoli
3e assistant caméra : Loïc Carrera
Opérateur Steadicam : Jo Vermaercke, SBC, NSC
Gaffer : Vincent Piette
Chefs machinistes : Jean-François Roqueplo, Thierry Ramanana

Technique

Matériel caméra : TSF Caméra (Arri Alexa XT ArriRaw, Arri Alexa Mini, format 2,40 anamorphique, optiques Hawk V Lite, Angénieux, Micro Lens, Rudy Krys)
Matériel électrique : TSF Lumière
Machinerie : TSF Grip
Directrice de postproduction : Julie Flament
Laboratoire télécinéma : Film Factory
Etalonneur rushes et def : Elie Akoka
Superviseur SFX : Benjamin Ageorges, beDigital