"La luce come emozione – Conversazione con Giuseppe Lanci", de Monica Pollini

Par Marc Salomon, membre consultant de l’AFC

La Lettre AFC n°280

Edité en mars 2017, La luce come emozione – Conversazione con Giuseppe Lanci est un ouvrage en italien proposé en deux versions : une version album avec iconographie et une version plus économique comprenant seulement l’intégralité du texte, soit un long entretien avec le directeur de la photographie Giuseppe Lanci par Monica Pollini.
Couverture de "La luce come emozione"

Giuseppe Lanci revient ici sur son parcours depuis ses études de photographie avant d’intégrer le Centro Sperimentale de Rome en 1961 (même formation que Vittorio Storaro soit dit en passant), puis ses longues années d’apprentissage auprès de ses maîtres : Tonino Delli Colli et Franco Di Giacomo. Il doit ses vrais débuts comme chef opérateur à Marco Bellocchio (Le Saut dans le vide, en 1979), réalisateur qu’il avait connu au Centro Sperimentale avant de le retrouver à quatre reprises quand il n’était encore qu’assistant ou cadreur. Il travailla ainsi sur douze films de Bellocchio, dont huit au poste de chef opérateur.

Cet entretien, subdivisé en dix chapitres, s’attarde sur ses collaborations les plus importantes ou les plus fidèles : outre M. Bellocchio, les frères Taviani (à partir de Kaos, en 1984), Nanni Moretti (Palombella rossa ; Journal intime ; La Chambre du fils) et bien sûr Andrej Tarkovski avec Nostalgia, en 1983, une rencontre décisive « alors que je n’en étais qu’au cinquième film de ma carrière », déclare-t-il. Lanci raconte ensuite que le premier jour de tournage, en extérieur, la météo était très changeante ce qui l’inquiétait beaucoup. Tarkovski le rassura en ces termes : « Peppe, tu ne dois pas t’angoisser parce que je ne monte que les belles images, celles qui fonctionnent. Si une scène n’est pas bonne, je ne la monte pas, parce que pour moi, l’image est d’une importance fondamentale. » Et Lanci d’ajouter : « Je crois que c’est le seul réalisateur de parole que j’ai rencontré dans ma vie. Beaucoup d’autres réalisateurs disent la même chose, mais à la fin ils montent tout, mêmes les chutes et les séquences pas regardables ! C’est l’unique réalisateur qui a tenu sa promesse. »

Bien sûr, Lanci évoque aussi son travail avec Emilio Greco (le très beau Ehrengard, en 1982), Lina Wertmüller (Camorra, en 1985), Mauro Bolognini (La Vénitienne, en 1986), Liliana Cavani (Francesco, en 1988), Roberto Begnini (Johnny Stecchino, en 1991), Francesca Archibugi (Les Yeux fermés, en 1994), etc.
Un ouvrage passionnant donc, sur un chef opérateur majeur des années 1980-90.

Dans la même collection, et en édition économique seulement, était sorti en 2012 (avec une nouvelle édition mise à jour en 2014), un recueil d’entretien avec Luca Bigazzi, certainement un des meilleurs et des plus inspirés chefs opérateurs italiens contemporains (films de Silvio Soldini, Mario Martone, Gianni Amelio, Mimmo Calopresti, Paolo Sorrentino, Michele Placido, Francesca Comencini...) : La luce necessaria – Conversazione con Luca Bigazzi, d’Alberto Spadafora — Artdigiland / 2014 (Il edizione aggiornata).

On notera que la confrontation de ces deux carrières dans l’excellence est d’autant plus passionnante que si Giuseppe Lanci est passé par une solide et longue formation théorique et pratique (presque une vingtaine d’années avant d’accéder au poste de chef opérateur), Luca Bigazzi, lui, est un autodidacte complet, car, après un bref passage par la pub, il signa ses premières images en long métrage à l’âge de 23 ans.

J’ai comptabilisé à ce jour plus d’une centaine d’ouvrages dans toutes les langues (autobiographies, biographies, recueils d’entretiens etc.) consacrés aux directeurs de la photo, où les éditions françaises originales se comptent sur les doigts d’une main... No comment.