Le directeur de la photographie Glen MacPherson, CSC, ASC, parle de son travail en Zeiss Supreme Prime sur "Monster Hunter", de Paul W.S. Anderson

Par Margot Cavret

La Lettre AFC n°314

Changement d’ambiance aujourd’hui pour la nouvelle conférence Zeiss. Tourné en Arri Alexa LF et objectifs Zeiss Supreme Prime, Monster Hunter, le prochain film de Paul W.S. Anderson, sera dans la pure lignée des blockbusters hollywoodiens. Le directeur de la photographie Glen MacPherson, CSC, ASC, se prête aux questions de Snehal Patel, pour Zeiss, et revient sur son étonnant parcours, sa collaboration avec Anderson et le tournage de Monster Hunter.

Glen MacPherson, après une formation de trois ans au cinéma, parvient à force de persévérance et d’audace à obtenir un petit job sur un film de Robert Altman qui se tourne près de chez lui, au Canada. Il se rapproche de l’équipe caméra et poursuit sa carrière avec elle. Son métier de chef opérateur débute réellement en 2000, quand il assure la photographie de Romeo Must Die, première réalisation du directeur de la photo Andrzej Bartkowiak.

Glen MacPherson, CSC, ASC

Sa collaboration avec Paul W.S. Anderson commence avec Resident Evil : Afterlife. Il nous raconte avoir été immédiatement séduit par le scénario : « En tout, pas plus de six pages de dialogues, et que du visuel pour le reste ». Le film est tourné en 3D, avec les Ultra Prime de Zeiss, qui raccordent parfaitement entre eux. Superposer les images produites en même temps par deux caméras, dont les objectifs doivent être parfaitement alignés, est l’une des difficultés techniques du tournage en 3D. Une pratique que le chef opérateur apprécie, malgré son manque de spontanéité : « On ne peut pas dire : "Vite, filme ce joli coucher de soleil !", c’est une machinerie lourde, ça demande un certain temps de mise en place. » Il déplore que peu de films soient tournés en 3D de nos jours et n’apprécie pas les films dont la version 3D est faite en postproduction car, selon lui, personne ne réfléchit vraiment à sa construction. « Sur le plateau c’est réfléchi, on fait la 3D avec le décor en trois dimensions devant nous. On peut faire des mouvements de caméra qui mettent en valeur la 3D, dépasser des objets, etc. Pour Resident Evil, on a mit la caméra sur rails, mais aussi sur Steadicam® ou sur des hélicoptères. »

Le camp de base du tournage de "Monster Hunter" dans le désert de Namibie

C’était le début d’une longue collaboration entre Anderson et MacPherson, dont Monster Hunter est le sixième film. Malgré ses apparences et les codes d’appartenance aux blockbusters, le film connaît un tournage atypique. En effet, le réalisateur préfère tourner en décor réel et éviter autant que possible le fond vert. En repérage, il est séduit par un désert de sable blanc en Namibie, à dix heures de route de toute civilisation. Le directeur de la photographie nous présente, amusé, des images du village de tentes monté en plein désert pour le tournage. « Il y avait la tente-bar, la tente-piscine... ».

Les équipes artistiques et techniques vivent sous tentes

Cependant, le tournage en décor réel pose d’autres problèmes. Il nous montre des images de making of de l’équipe "foot prints", armée de balais et de soufflettes, chargée entre chaque prise d’effacer les empruntes laissées par l’équipe sur le sable. Il nous confie également que les zooms sont renvoyés toutes les semaines pour nettoyer les grains de sable qui se sont glissés dans les bagues. C’est un défi également à l’image car le sable clair change en permanence d’apparence, en fonction des dunes et de la position du soleil. Comme il est difficile d’apporter un groupe électrogène, il tourne sans projecteur, compensant les variations de lumière avec les réglages de la caméra, ou les LUTs, grâce à la présence d’un DIT.


https://vimeo.com/481023188

Le film offre une ambiance claire et colorée. En effet, il est adapté d’un jeu vidéo, les images du jeu sont la principale référence et le mot d’ordre est d’être le plus fidèle possible à son origine vidéoludique, à tous les postes : décors, costumes, image, VFX.


https://vimeo.com/481023146

C’est pourquoi il mise également sur de nombreux plans très larges et des focales courtes, ce qui corse encore la difficulté car plus le plan est large et la profondeur de champ grande, plus large est le paysage qui doit être libéré de toute marque de présence de l’équipe (véhicules, empreintes, etc.)


https://vimeo.com/481023049

C’est pour ces plans que le grand capteur de l’Arri Alexa LF a été privilégié, ainsi que pour la capacité de la caméra à monter jusqu’à 150 i/s. Quant aux objectifs, ils ont séduit l’équipe avec des images de références des films précédemment tournés avec les Supreme Prime. Sortant des sentiers battus du film d’action, le réalisateur et le directeur de la photo voulaient créer une intimité avec les comédiens. Leur grande capacité d’ouverture a également trouvé son utilité pour les scènes plus sombres, de grottes ou de nuit.

Les VFX prennent une dimension gargantuesque pour ce film et durent presque quatre ans. Avec une telle omniprésence de la postproduction, il n’y a pas de place pour l’improvisation au tournage, l’entièreté du film a été story-boardée en amont, pendant les dix semaines de préparation qui ont précédé. « Tourner ne coûte pas d’argent, c’est de ne pas tourner qui coûte de l’argent », déclare le chef opérateur comme un proverbe. « Sur le tournage d’un film d’action, il faut se lever le matin en ayant déjà en tête les réponses à toutes les questions qu’on va vous poser dans la journée. » Et pourtant, tourner un film de cette envergure demande également une grande part d’imagination : « Parfois, les plans semblaient complètement décadrés car il n’y avait pas encore les monstres dedans. Il faut anticiper leur présence dans l’image et essayer de se représenter à quoi ressemblera le plan au final. »


https://vimeo.com/481023109

Le film doit sortir le 30 décembre aux États-Unis et il est pour l’instant annoncé pour le mois d’avril sur les écrans français. Malgré la pandémie, l’équipe tient absolument à une sortie en salles. Au cœur de cette vague du "direct to VOD", le pari peut sembler risqué mais la décision s’explique par une vision plus internationale de la commercialisation du film : en effet, les distributeurs attendent un grand succès dans les salles chinoises et japonaises.

L’équipe de "Monster Hunter"

Margot Cavret est étudiante en 3e année Cinéma à l’ENS Louis-Lumière.