Les Innocentes

L’aventure des Innocentes court sur huit mois. Août 2014 – premiers repérages en Pologne à la recherche d’un couvent, un sujet magnifique et terrible : l’amitié d’une volontaire de la Croix-Rouge et de la maîtresse des novices d’une congrégation polonaise, à la fin de la guerre, après la déferlante de l’armée rouge.

Une histoire vraie, développée par Mandarin Productions, proposée à Anne Fontaine qui en écrit le scénario avec Pascal Bonitzer. La recherche du couvent est ardue, le clergé polonais ne facilite rien.
En visitant pour la deuxième fois une église baroque des 17e et 18e siècles, je propose à Anne de construire sous le cloître les pièces communes, oratorium, infirmerie, réfectoire, dont nous avons besoin. Ce sera l’annonce d’une collaboration étroite et passionnante avec Johanna Macha, notre décoratrice polonaise. Il faudra achever les décors avant les premiers gels et trouver le reste des lieux aux alentours de cette petite bourgade perdue au nord de la Pologne, à 200 km au sud-ouest de Gdansk.
Les coproductions sont toujours délicates, les habitudes de travail d’un pays à l’autre et les différentes langues induisent des malentendus. Les premiers contacts ne sont jamais suffisamment encadrés, préparés, c’est essentiel de faire confiance à son instinct. Anne se défait des décorateurs "à la mode à Varsovie" avant d’engager Johanna.

Je rencontre plusieurs "gaffers" pour demander à deux d’entre eux de nous accompagner, l’un parce que je sens qu’il sera un formidable chef d’équipe, l’autre parce que c’est un artiste ; nous lui demandons d’accepter d’être le best boy de l’autre. Ils se révèlerons d’une loyauté absolue pour défendre le projet que nous nous sommes assez vite fixé : tout éclairer en lumière réfléchie, ce que comprendra tout de suite Laurent Kleindeinst (importante liste électrique). Pendant nos huit semaines de tournage il n’y a eu aucune source en direct, et les 6 et 9 kW ont toujours été renvoyés sur poly ou "butterfly" fixés au mieux de la réflexion, souvent acrobatiquement sur "cherry picker". Stéphane Bourgoin et Thibault nous ont préparé une partie du matériel avant le départ.

Durant les visites de chantier, j’ai souvent eu l’opportunité d’arpenter le couvent et d’en saisir les différents moments de lumière, par ailleurs nous avons passé huit jours de répétitions, un mois avant le tournage. J’ai préféré prendre des photos avec mon petit Lumix plutôt que d’utiliser une handy-cam. Parfois floues (prises dans le mouvement en très basse lumière), ces photos nous ont permis de saisir au vol lumières et postures, de nous arrêter sur un effet, une expression, un mouvement. L’exercice a été plus que "profitable", une inépuisable source d’inspiration pour nous tous.

Après des essais comparatifs entre l’Epic Dragon que me conseillait Céline Bozon et la Sony F65 dont la lourdeur me faisait peur, Martin Roux et moi nous sommes décidés pour la Sony, des Leica Summilux et un zoom Angénieux Optimo 24-280 (dont il faut dire qu’il fut à la hauteur de la recommandation d’Eric Guichard) toujours plus ou moins filtrés. Pour les séquences dont nous pressentions qu’il faudrait en venir "aux mains", nous avons emporté un corps de F55, les esthètes du grain verrons la différence…
Le workflow était en 4K RAW avec prévisualisation Rec 709. Les rushes, envoyés chez Digimage trois fois par semaine, nous revenaient en fichier et stills quotidiens, j’adore ça. Comme à notre habitude nous décalions la sensibilité de la caméra vers le haut pour protéger les noirs.

Pour la machinerie : Fisher 11 et rails dans les espaces communs ou vastes : le cloître, la forêt, le camp de la Croix-Rouge… et dance floor dans les cellules. Constamment en mouvement, la caméra respirait. L’intensité du jeu des actrices polonaises, de Lou de Laâge et de Vincent Macaigne a rendu l’exercice captivant et n’a pas facilité la tâche de Martin.

Les liens anciens réactivés par plusieurs mois de préparation avec Anne, la confiance qu’elle m’a accordée, le temps d’écoute (elle parle magnifiquement des personnages) nous ont permis de dessiner chaque plan avec une exigence toujours renouvelée ; le beau et ferme montage d’Anne Dutertre ainsi que les musiques choisies avec une grande sensibilité font le reste.

Après nous être un peu perdues dans le RAW de la Sony, Aline Conan et moi, grâce à une salutaire interruption d’étalonnage et le regard de Laurent Desbruères, nous avons replacé les noirs et sculpté l’image avec une certaine fierté du résultat.

Dans le portfolio ci-dessous, quelques photogrammes extraits des Innocentes.

Voir la bande-annonce

Portfolio

Équipe

Image : Caroline Champetier, Martin Roux, Ludwik Pruszkowski, Clémence Thurninger
Gaffer : Mateusz Kusniak
Best Boy : Piotr Michalski
Dolly Grip : Edwin Wolski

Technique

Matériel : TSF / Laurent Kleindeisnt
Laboratoire : Digimage
Effets spéciaux : Mikros image
Etalonnage : Aline Conan