Lors d’un Q&A à Camerimage, le réalisateur Guillaume de Fontenay et Pierre Aïm, AFC, reviennent sur le tournage de "Sympathie pour le diable"

Par Margot Cavret

Contre-Champ AFC n°314

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Peu avant l’ouverture de Camerimage, et la participation de Sympathy For The Devil (Sympathie pour le diable) à la compétition "Premiers films d’un réalisateur", le chef opérateur Pierre Aïm (lauréat de la Grenouille d’or en 1995 pour La Haine) accordait un entretien à l’AFC au sujet de son travail sur ce film. Lors du festival, il est revenu sur cette expérience, dans une séance de Q&A donnée après celle de Guillaume de Fontenay, le réalisateur.

Guillaume de Fontenay livre donc avec Sympathie pour le diable son premier long métrage. Avant cela, il était metteur en scène de théâtre, puis réalisateur de publicités et de courts métrages. Pourtant, l’idée du film a presque 30 ans, puisque c’est à l’époque où le siège de Sarajevo était un sujet d’actualité que le futur réalisateur a été marqué par les interventions radiophoniques de Paul Marchand, reporter de guerre, auteur de l’ouvrage adapté Sympathie pour le diable, et personnage principal du film. Il fut bouleversé par les évènements et profondément marqué par les propos de Paul Marchand, qu’il décrit comme étant le seul journaliste à mettre son audience en face de la réalité, de l’injustice dont souffraient les habitants de Sarajevo. « Ce n’était pas un problème lointain et compliqué, c’était très clair. » Il écrit à l’époque une pièce de théâtre mais il n’ose pas entrer en contact avec Paul Marchand ou commencer les démarches pour l’adaptation cinématographique.

Guillaume de Fontenay
Guillaume de Fontenay

C’est donc rempli d’humilité envers la réalité décrite dans son film, de respect envers son personnage principal et d’une volonté forte de rendre son film aussi saisissant, qu’ont été pour lui la découverte des récits de Paul Marchand, que le réalisateur entreprit le tournage. De son point de vue, l’important est l’immersion du spectateur, l’envie de faire ressentir au plus près la réalité de ce qu’a été cette guerre. Il effectue un intense travail de fond avec les comédiens, les emmenant vivre à Sarajevo, rencontrer les vraies personnes qu’ils devront interpréter, apprendre la façon de parler de ces gens, leur façon de bouger, leur énergie. Il cherche avec Niels Schneider, l’interprète de Paul Marchand, à montrer son immense humanité, sans pour autant que le personnage semble idéalisé. Pour qu’il sonne juste, il le fait jeter incessamment des regards autour de lui, à l’affût du danger. C’est ce personnage qui guide le spectateur dans l’action. Le réalisateur cherche un rendu nerveux, proche des images que ces reporters collectaient, dans l’adrénaline de la survie. À ce sujet, Pierre Aïm complète : le tournage est effectué intégralement en caméra à l’épaule, pour correspondre à ce souhait d’imitation de reportage, et en 4/3 car les images de cette époque sont télévisées, et les télés, quant à elles, sont carrées. Le réalisateur tourne des prises longues, pour immerger ses comédiens et ses spectateurs dans l’énergie du danger. Il rend hommage à Pierre Aïm, pour avoir réussi dans des conditions de tournage difficiles et intenses, en hiver, avec beaucoup de scènes de voiture, sans argent, sans machinerie. Quant au chef opérateur, il est reconnaissant d’avoir pu faire ce film intense, demandant un grand travail au cadre. Il souligne que pour la première fois dans sa carrière, il essayait de faire quelque chose de parfaitement réaliste, et se dit fier de ses plans, des mouvements, de l’idée de liberté qu’il a réussi à communiquer à travers le film.

Pierre Aïm
Pierre Aïm

Pour Pierre Aïm, le cinéma est avant tout un moyen de s’évader de la réalité, de rêver. Pour Guillaume de Fontenay, c’est un moyen de communiquer, de faire changer les esprits. Il décrit son film comme une mission à laquelle il s’est dévoué, de montrer avec sérieux, humilité et pudeur la violence du quotidien des personnes ayant vécu ce siège, leur force vitale, leur urgence de vivre, au jour le jour. Finalement, leurs deux visions s’accordent à travers ce film, qui, malgré son sujet très dur, utilise son aspect réaliste pour obtenir un ressenti immersif. Le film saisit, entraîne le spectateur à sa suite, au cœur des dangers, de la vie quotidienne peu ordinaires d’innocents et de journalistes pris pour cibles, au cœur des attaques. Pierre Aïm lui-même se dit emporté et ébranlé au visionnage du film. Le réalisateur conclut : « De manière très humble, je pense que ça touche les gens. Certains jeunes de Sarajevo, qui n’ont pas vécu la guerre, m’ont dit avoir changé après avoir vu le film. Les artistes peuvent changer les âmes. Moi-même j’ai été touché par le théâtre, la lecture, la photographie, la sculpture, la peinture. Les artistes parlent au mégaphone. »

Margot Cavret est étudiante en 3e année Cinéma à l’ENS Louis-Lumière.

  • Voir ou revoir l’entretien filmé accordé par Pierre Aïm à propos de son travail sur Sympathie pour le diable.