Sauvage

Sauvage — Une image en déséquilibre
Filmer au plus près des corps, dans un monde qui se fissure
par Thomas Favel, AFC

Sauvage, dont la sortie est prévue le 8 avril, s’inscrit dans une matière intime pour Camille Ponsin, nourrie par son enfance au sein d’une communauté libertaire, égalitaire et proche de la nature des Cévennes. Le film cherche une image capable de tenir ensemble deux mouvements : un ancrage direct dans le réel, hérité du documentaire, et une dérive progressive vers une forme plus tragique, portée notamment par la fuite d’Anja et sa quête inconditionnelle de liberté. Une première intuition convoquait également l’imaginaire du western — territoire, loi implicite, rapports de force — comme ligne de fond.

Photogramme | ToProd_HD Rec709 | © dharamsala


Pensé en 2.39, le film ouvre l’image vers une horizontalité propice à dessiner les relations entre les corps et les paysages. La vallée cévenole, espace fermé, agit comme un huis clos. La nature y devient une force active, qui conditionne les comportements. L’image devait traduire cette tension : quelque chose de concret, mais déjà en train de se fissurer, à mesure que la communauté se désagrège.

Les optiques Konica Hexanon ont été déterminantes dans cette recherche. Leur rendu, à la fois précis et légèrement instable, introduit une fragilité dans l’image : netteté tenue au centre, qui se relâche vers les bords, surtout à pleine ouverture. Sur le plateau, cela impliquait une réelle difficulté à tenir le point dans les situations mobiles, accentuée par le grand capteur. Cette contrainte est devenue une qualité : une tension permanente, comme si l’image résistait à toute fixation.

Test optiques Konica - Photogramme
Test optiques Konica
Photogramme


Leur manière d’accrocher la lumière — hautes lumières souples, flares discrets — participe à une matière vivante, sans effet démonstratif. Le film s’est ainsi construit majoritairement en focales fixes ; le zoom, peu adapté à notre manière de tourner, n’a été utilisé qu’à la marge.

Une recherche autour des bas de soie avait été envisagée pour accompagner une première période plus idéalisée du récit, en écho à un âge d’or de la communauté. Trop présents sur les sources, ils ont été abandonnés, mais ont nourri une réflexion sur la coexistence d’une douceur et d’une violence au sein d’une même image. Ce prologue, pensé comme plus éthéré, a finalement été écarté afin de préserver l’âpreté du récit.

Thomas Favel et Camille Ponsin
Thomas Favel et Camille Ponsin


Le travail de lumière s’est appuyé sur un dispositif léger, en soutien d’une lumière naturelle souvent insuffisante en intérieur. Dans les maisons cévenoles, aux murs épais et aux ouvertures réduites, le jour pénètre sans réellement éclairer. Il s’agissait alors d’élargir la surface de ciel, de prolonger la lumière entrante et de structurer l’espace par des directions à la fois hautes et basses.

Le dispositif reposait souvent sur une double approche : une source large et diffuse, associée à une source plus directionnelle, permettant de modeler les visages sans écraser les contrastes. Lorsque nécessaire, des sources tungstène venaient s’ajouter, y compris en plein jour, introduisant une légère hétérogénéité dans l’image. Cette coexistence entre lumière naturelle et artificielle participe à l’ambiguïté du film : le réel ne suffit pas toujours à éclairer les corps.

Extérieur voiture : Thomas Favel à la caméra
Extérieur voiture : Thomas Favel à la caméra


La caméra reste au plus près des personnages. Le grand capteur de l’Alexa Mini LF permet de conserver cette proximité tout en les inscrivant dans leur environnement. Placée légèrement sous le regard, elle accompagne les corps à leur hauteur, privilégiant les lignes, les surfaces et les lumières latérales qui sculptent les visages.

Steadicam sur le toit


La mise en scène reste ouverte, poreuse, capable d’accueillir l’imprévu, tout en construisant progressivement une tension plus tragique. Le travail avec Camille s’est construit dans cette disponibilité : ne pas s’enfermer dans un découpage, mais regarder ce qui advient et s’y adapter. Steadicam, épaule, parfois drone : ces outils accompagnent les trajectoires sans les figer, en particulier celle d’Anja, dont la présence et les déplacements deviennent progressivement le lieu de la rupture.

Sauvage se construit ainsi comme une image en déséquilibre, traversée par une tension croissante entre observation et tragédie : un dispositif précis, progressivement travaillé par la perte de contrôle qu’il cherche à saisir.

Portfolio

Équipe

Opérateur Steadicam : Alexandre Viollaz
Cadreur caméra B / Steadicam A : Aidan Obrist
1er assistant caméra : Matthieu de Castelet
1re assistante caméra B : Alexa Marloi
2e assistante caméra : Amandine Gomez
Stagiaire : Felis Izard
Dronistes : Paul Mathon, Matthieu de Castelet
Étalonneur : Yannig Willmann
Chef électricien : Bertrand Prévot
Électricien : Alexander Levi
Renforts : Aidan Obrist, Victor Servel, Jean-Patrick Levy, Nahan Guilhou, Sébastien Chauvet, Arnaud Broussoux, Marc Delaruelle
Stagiaire : Eve Szopa
Chef machiniste : Alexander Bügel
Machinistes : Guilhem Boubée de Gramont, Edgar Raclot, Joseph Cambau, Léo Bügel, Mathieu Rousseaux, Noé Laisné

Technique

Matériel caméra : TSF Caméra (ARRI Alexa Mini LF , série Konica Hexanon : 21-28-35-40-50-57-85 et 135 mm, zoom Voigtländer 36–82 mm sur caméra B)
Matériel Lumière : TSF Lumière
Matériel Machinerie : TSF Machinerie
Drone : SASU Drone Ardèche
Ronin : Cineaxys
Steadicam : Version Originale
Gestion des rushes : M141

synopsis

Au cœur d’une vallée reculée des Cévennes où une communauté de néo-ruraux vit en autarcie, ne s’interdisant rien et partageant tout. Comme dans les années 1970, l’amour et la fraternité y sont les valeurs cardinales. Chacun y trouve sa place, son compte, son but. Tout le monde, sauf Anja. Enfant insaisissable et perturbée, elle va un jour fuir la communauté pour aller vivre à l’état quasi sauvage dans les bois alentour. Sa détresse, sa folie et sa fureur emporteront tout sur son passage : la communauté, les utopies et sa propre mère.