Séminaire Imago "Inspiration !"

par Eric Guichard

par Eric Guichard

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" Inspiration ! ", le séminaire organisé par la fédération européenne des directeurs de la photographie Imago, s’est déroulé à Copenhague (Danemark) du 31 octobre au 2 novembre 2008.
Tout d’abord, je voudrais exprimer mes remerciements les plus chaleureux à l’équipe d’Imago, son président Nigel Walters, BSC, Jan Weincke, président de la DDF, Andreas Fischer-Hansen, DDF, Paul René Roestad, FNF, et Tina Sorensen, responsable auprès de l’Ecole nationale de cinéma du Danemark, qui accueillait l’ensemble des participants. Cette équipe a organisé de manière impeccable, et surtout conviviale, ce séminaire autour d’un thème dont l’intitulé " Inspiration ! " n’était pas si évident à développer.
Les intervenants du séminaire "Inspiration !"
De gauche à droite, Bruno Delbonnel, AFC, Agnès Godard, AFC, Cesar Charlone, ABC, Brian Tufano, BSC, et Slawomir Idziak, PSC

Chaque intervenant, de Bruno Delbonnel, AFC, à Agnès Godard, AFC, en passant par Brian Tufano, BSC, et Cesar Charlone, ABC, ainsi que Slawomir Idziak, PSC, (dont malheureusement je ne pourrai pas vous parler n’ayant pu rester pour son intervention le dernier jour), chacun eut à cœur de ne pas dévier du sujet, de ne pas se soustraire à cet exercice particulièrement difficile.
Chaque intervenant put ainsi s’exprimer deux heures durant, aidé en cela par des modérateurs tous aussi brillants les uns que les autres (Herman Verschuur pour Bruno Delbonnel, Rolf Haan pour Agnès Godard, Nigel Walters pour Brian Tufan, Louis-Philippe Capelle pour Cesar Charlone, Andreas Fischer-Hansen pour Slawomir Idzia).

Photo de groupe à Copenhague
De droite à gauche
Andreas Fischer-Hansen, DDF, Slawomir Idziak, PSC, Nigel Walters, BSC, président d’Imago, Tony Costa, AIP, Brian Tufano, BSC, Herman Verschuur, NSC, Louis-Philippe Capelle, SBC, Tina Sorensen, Ecole nationale de cinéma du Danemark, Ines Carvalho, AIP, Cesar Charlone, ABC, Astrid Heubrandtner, AAC, Rolf Haan, FNF, Agnès Godard, AFC, Paul Renè Roestad, FNF, Bruno Delbonnel, AFC

Comment conceptualiser son travail d’inspiration ?
Si ce séminaire fut une réussite, il tient à la multiplicité des approches que chacun des directeurs de la photo exprima à la tribune.
De l’approche philosophique de Bruno Delbonnel à l’approche pragmatique de Brian Tufano, chacun cherche dans le film qu’il va faire, un sens à son travail, une volonté de créer un " espace photographique ", un " look ", diraient les anglo-saxons, terme que je n’affectionne pas particulièrement mais qui semble unifier et résumer d’un mot cette recherche photographique qui donnera au film son identité.

Bruno Delbonnel, AFC

Et si Bruno Delbonnel explore et se sert de la philosophie, son premier amour, c’est aussi pour mieux identifier les vibrations que lui procure un tableau de Bonnard ou de Titarenko l’observation d’une architecture, la lecture d’une partition musicale. De ces nombreuses références qui croisent son regard, naîtra l’inspiration comme le sculpteur ira chercher au cœur d’un tronc d’arbre une forme sculpturale tant convoitée.

Le sculpeteur Giuseppe Penone

De l’inspiration, Agnès Godard n’en manque pas, peut-être que ses mentors Sacha Vierny et Henri Alekan lui ont prodigué le virus " inspiration " ou peut-être est-ce de les avoir vus tant travailler, cherchant à comprendre ce que les metteurs en scène, pourtant d’une autre génération, tentaient de leur expliquer.
Chez Agnès, l’inspiration vient des mots, du scénario, d’un décor que l’on visite et où l’on se demande ce que l’on fait là. Un film est comme un voyage que l’on prépare pour un pays que l’on ne connaît pas, on cherche à savoir ce qu’on va y découvrir et si la filmographie d’Agnès Godard est indissociable des 14 films en collaboration avec Claire Denis, on découvre avec Golden Door le parcours fantastique d’une chef opératrice, tête chercheuse d’un univers où la chair et les corps sont d’une rare sensualité.
Les références sont pour elle comme une " nourriture " puisée ici et là, tels le travail de Watkins sur Munch ou ces photographies d’immigrants du nouveau monde que lui montra Emanuele Crialese. En se servant de ces références, Agnès se propulse comme un personnage du film, elle fait corps et se fond parmi les comédiens, au point qu’ils en oublient sa présence, devenant un personnage invisible, mais dont les acteurs partagent avec elle l’espace et, de cette inspiration, naît le refus de l’illustration, la volonté d’une traduction d’un sentiment, d’une émotion.

Agnès Godard, AFC, et Rolf Haan, FNF

La chance comme moteur de l’inspiration. Cesar Charlone se dit que La Cité de dieu fut un cadeau du ciel tant ce film changea sa vie professionnelle. Son approche oscille entre pragmatisme et recherche fondamentale. Il sait qu’il a de la chance aussi parce qu’il possède ses outils, comme une caméra Aaton A-Minima, une maison de production et son ordinateur dont il mesure chaque jour combien la mémoire des images qui peuvent ainsi s’accumuler viennent enrichir son inspiration. Cesar Charlone tend un immense filet pour y puiser la nourriture " inspiration ". Il aime manipuler les images d’une caméra DV ou d’un simple appareil photo de téléphone, il va puiser dans ces manipulations numériques et photochimiques, un visuel qui lui donnera la clé du film qu’il prépare, à l’instar de Blindness où la surexposition devient un sentiment d’aveuglement et de perte de repères comme les personnages du film.
De la chance, Cesar Charlone se dit qu’elle permet d’aller plus loin, comme ces repérages faits très en amont du film dans une véritable prison et qui peut-être deviendra le décor du film. Là, l’équipe de repérage et lui-même se mettent volontairement en aveugle (avec un bandeau étanche à la lumière sur les yeux) et Cesar tente de chercher dans la matière des déplacements, du toucher, de la perte de repère, des indices qui lui permettront peut-être de trouver le " look ", l’esprit du film.

Cesar Charlone, ABC

Brian Tufano, aussi discret que rempli d’humour, reconnaît, avec un pragmatisme évident, que sa source d’inspiration naît des moyens qu’on va lui donner et du temps qui lui est imparti. Né de l’immense réservoir de talents que créa la BBC, il sait que cette inspiration s’est amplifiée de sa collaboration magistrale avec Danny Boyle.
Mais, sous couvert de ce pragmatisme, Brian Tufano nous délivre des images où les personnages sont mis à nus, passant d’un style à un autre avec une modernité d’écriture cinématographique exemplaire, ainsi que témoignent les images de son dernier film Adulthood et qui prouvent, s’il en était encore besoin, que les croisements de générations entre directeurs de la photo et jeunes réalisateurs peuvent apporter une inspiration née du savoir faire et de la volonté d’aller chercher l’émotion avant tout.

Brian Tufano, BSC

Financé principalement par l’association danoise DDF (droits de reproduction) et un partenariat (Nordisk Film Post Production), suivi par 150 participants, ce séminaire, au-delà de sa réussite exemplaire, prouve la nécessité qu’à son tour l’AFC se donne les moyens d’organiser ce modèle de rendez-vous.
Et si l’année prochaine Imago organise à nouveau ce séminaire, j’espère que nous serons nombreux à y participer car, comme se disaient mutuellement Agnès et Bruno, ces échanges sont eux aussi source d’une belle inspiration.

Vue de l’amphithéâtre de l’Ecole nationale de cinéma du Danemark