Twist à Bamako

C’est un film singulier dans la filmographie de Robert Guédiguian puisqu’il s’intéresse, ici, à un moment particulier de l’histoire du Mali et parce qu’il s’est entouré, cette fois-ci, d’une nouvelle troupe de comédiens loin de sa famille habituelle d’acteurs, absents de ce nouvel opus.

L’action du film se déroule à Bamako en 1961 au lendemain de l’indépendance dans le contexte du nouveau gouvernement socialiste de Modibo Keita.
Nous avons tourné au Sénégal pour des raisons évidentes de sécurité. J’ai retrouvé avec plaisir l’équipe sénégalaise qui m’avait accompagné sur un film précédant, Wùlu, de Daouda Coulibaly, tourné en 2015.

De g à d : Vincent Buron (assistant opérateur), Robert Guédiguian et Pierre Milon
De g à d : Vincent Buron (assistant opérateur), Robert Guédiguian et Pierre Milon
Photo Matteo Severi

L’idée de départ était de filmer cette histoire en noir et blanc, pensant ainsi mieux restituer l’époque du début des années 1960 et aussi parce que nous étions nourris des photographies de Malick Sidibé qui nous semblaient refléter pleinement l’esprit et l’atmosphère de cette période. Cette perspective me passionnait.
Je suis parti, dans un premier temps, en repérage en emportant une Sony Venice. Il me semblait que sa sensibilité à 2 500 ISO allait me permettre de tourner avec plus d’aisance la nuit dans des rues très peu éclairées et dans des décors souvent sans lumière.
J’ai beaucoup aimé le rendu et la texture des images prises à cette sensibilité, découvrant une douceur et un "grain" agréable.

Photogramme

J’ai tourné en 5,7K avec deux zooms Angénieux Optimo 28-76 mm et 45-120 mm et une série Cooke S4 pour les nuits.
Avec Jacky Lefresne, chez Mikros, nous avons défini une LUT pour les rushes noir et blanc mais nous avons aussi expérimenté le retour à la couleur car je sentais de manière souterraine que je n’étais pas à l’abri d’un revirement et d’un abandon de ce choix esthétique. Tous les retours sur le plateau étaient en noir et blanc ainsi que les rushes traitées par Mikros. Le montage a été fait avec une image noir et blanc.
À quelques semaines de l’étalonnage, Robert m’a appelé pour me dire qu’il renonçait à ce choix en raison des réactions des spectateurs aux projections successives au cours du montage. Finalement l’image en couleur était perçue comme plus riche, plus vivante et j’ai été un peu sidéré par le dernier argument : certains trouvaient le personnage principal plus sympathique en couleur. Nous renoncions donc à la stylisation du noir et blanc.
L’étalonnage était pris en charge par une coproduction canadienne. Nous étions en plein Covid, le couvre-feu avait été instauré, impossible de quitter la France. J’ai donc étalonné le film à distance avec Jérôme Cloutier à Montréal et moi chez Mikros, à Paris. Cela a fonctionné à merveille, je voyais l’image projetée sur grand écran et je pouvais valider en direct le travail de Jérôme.

Photogramme

Ces deux semaines d’étalonnage m’ont permis de me réapproprier l’image et de traduire et d’adapter en couleur les contrastes forts, les zones d’ombre, de surexpositions, les effets marqués, etc., imaginés en noir et blanc.
Aujourd’hui je trouve le film beau et il a retrouvé toute sa cohérence en couleur.
Et surtout, il parle d’une période historique du Mali qu’on connaît mal où l’avènement d’une politique socialiste permettait tous les espoirs, laissait penser que la société allait changer, que les traditions allaient être bousculées.
Mais l’histoire ne va pas évoluer dans ce sens.

  • Bande annonce officielle :

    https://youtu.be/4JbwjjZp-AI

Portfolio

Équipe

Assistants opérateurs : Vincent Buron et Sylvain Zambelli (préparation et essais lumière)
Chefs électriciens : Fred Vanard et Pape Sarr
Chefs machinistes : Patrick Llopis et Ibrahima Doumbouya

Technique

Matériel caméra : TSF Caméra (Sony Venice, zooms Angénieux Optimo 28-76 mm et 45-120 mm, et série Cooke S4)
Matériels lumière et machinerie : TSF Lumière et TSF Grip
Laboratoire (rushes n&b) : Mikros (Jacky Lefresne)
Laboratoire (étalonnage couleur) : MELS, à Montréal (Jérôme Clouthier)

synopsis

1960. Samba, jeune militant socialiste dont le père est un commerçant bien installé de Bamako, rencontre au cours de l’une de ses missions en brousse Lara. Lara profite de Samba pour fuir sa famille qui veut la marier de force. Tandis que Lara découvre une nouvelle vie à Bamako, Samba commence à contester haut et fort certaines décisions de sa hiérarchie depuis que son père a été emprisonné. Nos deux héros se retrouvent un soir dans un des nombreux clubs de danse de Bamako et jurent de ne plus jamais se quitter. Mais les évènements vont en décider autrement…