Une famille syrienne

A l’occasion de la sortie sur les écrans, le 6 septembre 2017, du film Une famille syrienne, Philippe Van Leeuw, réalisateur – et aussi membre de l’AFC -, parle, dans le texte qui suit, de son choix, crucial, de Virginie Surdej pour assurer la direction de la photographie et de sa collaboration avec la chef opératrice.

Virginie Surdej, par Philippe Van Leeuw, AFC
Le choix d’un opérateur par un autre opérateur. Ce n’est pas une situation banale, je pense même que ça n’arrive que rarement, et c’est pourtant crucial. Il me semble que le seul véritable piège quand je réalise, celui qui me tend vraiment les bras, est l’idée que je pourrais m’occuper de l’image en même temps que du film. J’ai la conviction qu’il faut à tout prix que j’évite de penser l’image en termes d’opérateur, il faut que je remette cette responsabilité à quelqu’un d’autre, il faut que je m’en détache, que je refuse même d’y prendre part.

L’image est mon premier métier, c’est ce que je sais que je sais faire, et ma crainte est que j’y retourne malgré moi, que cette préoccupation si familière reprenne le dessus, sans même que je m’en rende vraiment compte, et que mon travail de réalisateur passe au second plan. Il ne faut pas que la forme prenne le dessus sur le fond, je ne suis pas là pour ça.

Donc il faut trouver quelqu’un, quelqu’un à qui je peux tout demander, et qui fera comme j’aurais fait, mieux que moi. Quelqu’un que j’abandonne à son sort aussi, que je refuse d’aider, quelqu’un qui me donne confiance. C’est Marc Koninckx qui avait photographié Le jour où Dieu est parti en voyage, mais il n’était pas libre pour InSyriated, Une famille syrienne. C’était bien dommage parce qu’on avait fait ce travail, que c’était acquis, et que les images qu’il a données au film sont magnifiques et justes.

J’ai donc relancé la recherche, pas évidente parce que les contraintes de productions étaient fluctuantes. J’ai dû froisser l’une ou l’autre des personnes que j’ai rencontrées et je m’en excuse. Mais ensuite on m’a aiguillé vers Virginie Surdej qui venait de faire Much Loved, de Nabil Ayouch, et j’ai eu tout de suite envie de travailler avec elle. Pas tant parce qu’elle est une femme pour un film de femmes que pour son regard, sa simplicité et sa joie de vivre.

Virginie Surdej lors d’essais caméra en mai 2016
Photo Philippe Van Leeuw

Je n’avais rien de très précis en tête pour l’image du film. Je voulais de la pénombre, je voulais une image un peu sale, mais malgré tout brillante. Je n’aime pas les contrastes durs, je veux voir les visages, mais je ne veux pas que ça se voie. J’aime une lumière naturaliste, j’aime que l’image disparaisse, qu’on ne la regarde pas. Je voulais que le film se documentarise, que la sensation d’authenticité soit renforcée par l’image. Je ne voulais pas que ça prenne trop de temps, je voulais que ce soit humble. Je n’avais pas d’images de références à montrer à Virginie, on avait que des mots et le scénario, mais on s’est compris tout de suite. J’ai su qu’elle avait vu le film en le lisant et on est parti.

Le film n’était pas riche. On a travaillé en décor naturel, dans un appartement au cinquième étage avec un plafond à 3 mètres, et 25 jours de tournage. Mais Virginie a montré du courage, de l’imagination, de l’inventivité, une présence toujours égale et passionnée et une force de travail considérable. Je pense qu’au début, elle était un peu inquiète que je comprenne tout ce qu’elle faisait, mais c’est vite passé. On a fait avec les moyens du bord, finalement tout à fait adaptés au film. Une caméra à l’épaule, un format banal, et des plans-séquences qui courent à travers l’appartement pendant plusieurs minutes.

J’ai trouvé remarquable la façon dont elle se place naturellement au bon endroit, en particulier dans ces longs plans à l’épaule, où la chorégraphie était aussi précaire que l’action était agitée. Elle a assumé sa charge en étant continuellement très attentive à la mise en scène, en lui cédant la place et en l’appuyant, et nous avons fonctionné dans le même registre du début à la fin, dans une entente parfaite.

Tous ensemble, comédiens et techniciens, nous nous sommes merveilleusement entendus tout au long de la fabrication du film. Il y avait de la passion et un engagement sans retenue, c’était fort, et Virginie fut pour moi une collaboratrice idéale.

- Directrice de la photographie : Virginie Surdej
- Décoration : Kathy Lebrun
- Son : Chadi Roukoz, Paul Heymans, Alek Goosse
- Montage image : Gladys Joujou
- Musique originale : Jean-Luc Fafchamps
- Producteurs : Guillaume Malandrin, Serge Zeitoun, Pierre Sarraf.

Portfolio

Équipe

Première assistante : Agathe Corniquet
Chefs électriciens : Nicolas Lebecque et Bertrand Monette

Technique

Caméra : Arri Amira en ProRes 2K
Optiques : série Cooke S4
Laboratoire : M141
Etalonneur : Christophe Bousquet