Vingt-cinq ans pour devenir complices

Par Philippe Porte, chef électricien

La Lettre AFC n°244

- Bonjour Monsieur Porte !
- Bonjour Monsieur Varini !
C’est souvent comme cela que notre rencontre commençait dans les bureaux de préparation de films avant de se retrouver devant la machine à café et que Carlo me dise avec son accent suisse italien rigolo : « Là, on va avoir du boulot, camarade ! »
Philippe Porte, à gauche, Gil Decamp et Carlo Varini sur le tournage de "Win Win", de Claudio Tonetti, en 2013
DR - Archives Philippe Porte

Nous avons eu 25 ans pour devenir complices, au fur et à mesure des tournages de longs métrages mais aussi beaucoup de courts, d’aventures et de projets très différents.
Carlo aimait les challenges, avait toujours des idées pour faire évoluer la technique de la lumière et était très emballé d’utiliser les dernières nouveautés, au début : HMI Softarcs avec leurs grilles, Cinepars, Luxarcs, faces tungstène pour les caméras, qui dégageaient beaucoup de chaleur… Puis fluos de tous types (Kino, Balcar, Dulux, tubes T5 de Soft Lights, doigts de fée…), ballons au tout début (sur le film L’Elève, d’Olivier Schatsky, nous avions des ballons à gérer nous-mêmes…, et pas mal de bouteilles d’hélium), boules chinoises puis Lucioles et maintenant arrivaient les LEDs… Idem pour les accessoires : Chimera, grilles pour Kino Flo ou T5, que l’on utilisait parfois par deux sur les projecteurs, lampes navettes pour les intérieurs voitures, etc.
Je passais parfois une partie de la nuit à bidouiller des fluos ou des systèmes de lampe torche, lampe tempête, caisson lumineux, projecteurs détournés, dépouillés, modifiés, idem pour les toiles et diffuseurs. A la fin nous avions un petit lexique : ça allait de l’autoroute (toiles 6 m x 2 m que l’on posait le long des travellings), à la Varinette (ensemble de 6 petits fluos qui entourait l’optique, conçue avec Luc Reyrolle, mon électro…), au très étrange rouleau à feu (cylindre sur un axe habillé de gélatines et éclairé par un projecteur, hop on faisait tourner et les flammèches léchaient le visage des comédiens. Pour Carlo, c’était le seul système pour avoir le rendu réaliste des feux de cheminée sur les visages), le spoutnik (des tubes Kino de part et d’autre d’un long déport, un seul pied et on le plaçait en bout de table, c’était très pratique pour certaines scènes de repas ou de réunion.)
Et bien d’autres...

Carlo était parfois rigoureux mais une fois le travail accompli, il était attachant avec son accent et ses expressions, ses plaisanteries : « Meuh non ! C’est quoi cette mode ? Testa mula ! Dai dai… ». Et il aimait partager de bons repas et de bonnes bouteilles et être avec l’équipe, pour finir la journée en cuisinant son délicieux risotto pour de nombreux invités. Plus le temps passait, plus on se sentait heureux en sa compagnie ; il rassurait, plaisantait souvent, et se montrait bienveillant, sur les tournages comme dans le quotidien… Je l’aimais beaucoup.
Carlo avait trouvé l’équilibre et le bonheur à Toulouse avec Claire et leurs filles Serena et Giulia.
Merci CARLO pour cette longue route parcourue ensemble… J’aurais aimé qu’elle continue encore longtemps…

Philippe Porte, perche "boule chinoise" en mains, sur le tournage de "Nicolas Le Floch", de Nicolas Picard-Dreyfuss, en 2010
DR - Archives Philippe Porte

(En vignette de cet article, Carlo Varini sur le tournage de Repas de famille, de Pierre-Henry Salfati)