Alain Grestau, chef électricien, nous a quittés

La Lettre AFC n°280

Nous avons appris avec une grande tristesse le décès d’Alain Grestau, chef électricien, survenu le mardi 17 octobre 2017, dans sa soixante-huitième année. Alain avait aidé à construire les lumières de Philippe Rousselot, AFC, ASC, Bernard Zizermann, Bruno de Keyzer, Patrick Blossier, AFC, Bertrand Chatry, AFC, Michel Mandero ou encore Joël David et Dominique Le Rigoleur, AFC, qui témoignent ci-après de leur travail en commun.
Alain Grestau

Dominique Le Rigoleur, AFC, directrice de la photographie
J’avais connu Alain Grestau, fidèle compagnon, talentueux chef électricien - avec qui j’ai collaboré pendant 15 ans -, avec Hélène, sa femme, sur La Gueule ouverte, de Maurice Pialat, où j’étais assistante de Nestor Almendros.
Puis je l’ai retrouvé à partir de 1989, conseillé par Coucoune, mon chef machiniste.
Nous avons tourné ensemble Condorcet, de Michel Soutter, en 1989, Dames galantes, de Jean-Charles Tacchella, en 1990, Sushi, sushi, de Laurent Perrin, en 1991, Man to Man, de John Mayburry, en 1992, L’Homme de ma vie, de Jean-Charles Tacchella, en 1992, L’Embellie, de Charlotte Silvera, et Mylène, de Claire Devers, en 1996, et L’Après-midi de Monsieur Andesmas, de Michelle Porte, en 2004.
Nous allions continuer ensemble notre chemin professionnel.

Alain Grestau et Dominique Le Rigoleur sur le tournage de "Dames galantes", de Jean-Charles Tacchella, en 1990

Joël David, directeur de la photographie
J’ai rencontré Alain quand je cherchais un second pour mes équipes d’électriciens. Il travaillait au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, avec Pierre Debauche comme éclairagiste (avant l’arrivée de Patrice Chéreau). Comme nous avons commencé à travailler ensemble sur Les Naufragés de l’île de la Tortue, de Jacques Rozier, en 1973, puis sur La Gueule ouverte, de Maurice Pialat, en 1974, j’ai pu ainsi comprendre qu’il était l’homme de toutes les situations extrêmes de tournage !
Il savait participer à des plus gros tournages comme Molière, d’Ariane Mnouchkine, en 1977, La Banquière, de Francis Girod, en 1980, Un amour de Swann, de Volker Schlondorff, en 1983, comme les plus petits comme Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère..., de René Allio, en 1975, ou Thérèse, d’Alain Cavalier, en 1986. Et c’est une qualité assez rare.

Il avait aussi à cœur de conserver les acquits sociaux obtenus par les anciens, ce qui pose souvent des problèmes cornéliens de conscience quand on participe aux films d’auteurs, ce qu’il préférait. Mais avec Alain Grestau, il y avait toujours une solution.
Quand je suis passé directeur de la photo, en 1983 – contre l’avis d’une bonne partie de la profession –, il m’a épaulé en devenant lui-même chef électricien sur le film Ni avec toi ni sans toi, d’Alain Maline, en 1984.
J’ai tellement aimé son humour, ce recul qu’il avait sur les situations tendues, qu’il savait tempérer avec son si beau rire. C’est son rire que j’entends encore.