"Angelo Cosimano sur les effets de la crise"

Un entretien avec le président de la CST

La Lettre AFC n°312

Le blog "Siritz" analyse les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel d’un point de vue économique et financier ; sa rubrique Le Carrefour s’entretient avec des professionnels qui parlent de leur métier et des principaux enjeux du secteur. Dans la publication du 8 septembre dernier, Angelo Cosimano, président de la CST, revient sur la reprise des tournages et la situation des salles de cinéma, relevant, entre autres enjeux, l’importance de la conservation des savoir-faire dans chacun de nos métiers. Extrait...

Siritz.com : Comme travaillez-vous aujourd’hui à la CST. Est-ce que vos réunions vous les faites au bureau ou en visioconférence ?

Angelo Cosimano : Tout en virtuel, ce qui a eu beaucoup d’effets positifs. Par exemple, il y a plus de participants, ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de temps de transport. Elles se passent très bien parce que chacun respecte l’autre, la qualité sonore nous contraint à vraiment écouter les interlocuteurs et je rajouterais qu’il n’y a pas d’effet de manche non plus pour nous faire perdre du temps. C’est assez paradoxal, mais nous y avons découvert beaucoup d’avantages.

Siritz.com : Vous allez déménager.

AC : A la fin du mois. Notre équipe est dans les cartons. En principe nous serons installés début octobre, 9 rue Baudoin dans le 13e. Avant même de connaître la Covid, nous avons fait le choix de nous contraindre, et d’anticiper le développement des réunions virtuelles. Nous passons de 800 à 300 mètres carrés…

Siritz.com : La CST est un formidable poste d’observation de la fabrication des films et des œuvres audiovisuelles. Est-ce que vous notez un retour au volume de tournage avant la crise ou un recul ?

AC : La reprise des tournages qui étaient en cours s’est très bien passée. Très tôt, après la fin du confinement, les préparations semblent être reparties. Sur l’aspect tournage, nous sommes plus optimistes qu’à la fin du printemps. Ne serait-ce que parce que la télévision a besoin de programmes. Bien entendu, les entrées des salles sont au plus bas depuis la réouverture. Mais le cinéma français n’a pas perdu beaucoup. C’est essentiellement dû à l’absence des 55 % d’entrées dues aux films américains. Donc, sur le plan de la production, il y a des raisons d’être optimiste. Bien entendu, pour les salles de cinéma, c’est très compliqué.

Siritz.com : Il y a des règles sanitaires assez strictes sur les tournages. Quels sont les métiers les plus affectés ?

AC : Les retours sont plutôt positifs. Contrairement à la légende, une équipe de tournage c’est une équipe de gens très disciplinés. Tout simplement parce que, comme on n’a pas une minute à perdre, chaque minute perdue coûte très cher. D’après les informations qui remontent à nous, tout le monde s’est plié au jeu. Je pense que c’est plus dans l’écriture que c’est compliqué. Faire prendre moins de risques aux comédiens pourrait devenir une autocensure inconsciente. Mais je fais confiance aux réalisateurs et aux auteurs pour ne pas céder à de mauvaises habitudes.

Siritz.com : Le fait qu’il n’y ait pas de retard ou de coûts supplémentaires, c’est ce que disait Rémy Chevrin, le directeur de photo, quand nous l’avons interviewé.

AC : Un des défauts du cinéma français, et de la fiction, c’est le manque de temps de préparation. Parce que les financements sont rassemblés au dernier moment et les décisions de tournage sont prises très tard. Donc, comme la production ne consacre pas assez de temps à la préparation, elle perd beaucoup en ne rationalisant pas assez les tournages. Et, économiquement, c’est un non sens puisque la conséquence, c’est que, à la fin, cela coûte plus cher. Mais là, depuis la Covid, il s’agit des vies humaines. Donc, il semblerait que la préparation donne de meilleurs résultats en évitant les pertes de temps disons "superfétatoires". [...]