Décision contrariée aux Oscars 2019

La Lettre AFC n°295

La 91e cérémonie des Oscars aura lieu le 24 février prochain et l’organisation de sa retransmission télévisée a fait l’objet d’une controverse majeure, qui a enfin trouvé son issue le 15 février au soir. Retour sur une affaire inédite qui aura mobilisé des centaines de professionnels à l’initiative des directeurs de la photographie de l’ASC (American Society of Cinematographers).

Le 11 février dernier, l’Académie des arts et sciences du cinéma (Academy of Motion Picture Arts & Sciences – AMPAS) annonçait que les présentations et remises des prix au Meilleur directeur de la photographie, au Meilleur montage, au Meilleur court métrage de fiction et au Meilleurs maquillage et coiffure ne seraient pas toutes diffusées en direct mais se dérouleraient pendant les coupures publicitaires et seraient ensuite montées et diffusées en différé.
Le lendemain, Kees van Oostrum, président de l’ASC, diffusait sur le site Internet de l’association une lettre ouverte à ses membres en protestation et, le 13 février, des opérateurs de l’association adressaient une lettre ouverte à l’AMPAS, qui prenait la forme d’une pétition, rapidement cosignée par de nombreux directeurs de la photo, réalisateurs, acteurs et techniciens, dont des membres de l’AFC, exhortant l’Académie à revenir sur sa décision.

Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Spike Lee, les directeurs de la photographie Roger Deakins, Emmanuel "Chivo" Lubeski et Robert Richardson, des monteurs et des techniciens de différentes branches, dont de nombreux oscarisés ou nommés aux Oscars, y apposèrent rapidement leur signature, rejoints par Alfonso Cuaron, Christopher Nolan, Michael Mann, Alejandro G. Inarritu et Guillermo del Toro, ainsi que les acteurs George Clooney, Brad Pitt et Robert De NiroLa liste des signataires s’allongeait à une vitesse aussi impressionnante que les noms qui la composaient.

L’Académie des arts et sciences cinématographiques a alors répondu, le jour même, arguant d’une décision prise par les 54 membres de son "conseil des gouverneurs", en août 2018, confirmant que si ces prix étaient remis pendant les coupures, les discours des gagnants seraient diffusés plus tard, en différé. Elle affirmait que les branches concernées s’étaient portées volontaires. Le but était de réduire la durée de l’émission de quatre à trois heures, en coupant les déplacements vers la scène et les sorties de scène. Mais selon ses détracteurs, ces "temps morts" ne représentent en réalité qu’une dizaine de minutes au total.
Le projet de l’AMPAS pour les années à venir était que les catégories présentées pendant les coupures pub soient plus nombreuses encore et « tournent, de façon à n’en stigmatiser aucune. »

Le lendemain, 14 février, l’ASC répondait à ces justifications, les rejetant et les considérant "insatisfaisantes et étrangement inexactes", arguant, entre autres, que « Bien que vous ayez déclaré que des membres de la branche aient été impliqués et que la branche de la cinématographie "se soit portée volontaire", il semble que quasiment personne n’ait été informé ou consulté, ou n’ait pu peser par un vote en amont de cette décision. »

La liste des pétitionnaires s’allongeant inexorablement, une réunion eut lieu dans la nuit du 14 au 15, qui déboucha sur la décision de l’AMPAS de maintenir la diffusion en direct de l’intégralité des présentations et remises de prix, comme auparavant.

L’ASC réagit par une nouvelle lettre ouverte à l’Académie, dans laquelle elle rend hommage à cette sage décision.