Entretien avec Maxime Leflon, de la société Turtle Max, membre associé de l’AFC

Par Vincent Jeannot, AFC

par Vincent Jeannot Contre-Champ AFC n°325

J’ai rencontré Maxime Leflon, fondateur de la société Turtle Max, à l’occasion d’évolutions majeures de son entreprise : le déménagement dans de nouveaux locaux à Saint-Ouen, l’acquisition d’un plateau de tournage rue de la Montjoie à Saint-Denis et surtout l’ouverture de Turtle Max Caraïbes en Guadeloupe. (VJ)

Quels ont été tes débuts dans le métier ?
Maxime Leflon : Passionné de plongée sous-marine, j’étais à l’époque fonctionnaire et j’avais également suivi une formation de mécanicien automobile… C’est mon binôme de plongée, Sylvain Cambe, que je connais depuis l’âge de 18 ans, cadreur de métier, qui m’a mis le pied à l’étrier dans le milieu audiovisuel.
J’avais l’idée de faire des films sur la plongée. Le test avant de monter la société a été un documentaire de douze jours sur la plongée en Égypte.

Turtle a été fondée il y a 7 / 8 ans, en 2014, dans le 95 avec Sylvain Cambe et Sébastien Fouquerel (ingénieur informaticien). Société essentiellement crée pour du tournage sous-marin et possédant un studio avec un petit fond vert de 120 m2.
Pourquoi ce studio ? On avait un docu magazine sur la plongée avec une séquence intitulée « Les conseils de Christian ». Christian Furet était le directeur de la fosse de Conflans, notre partenaire.

Fosse de Conflans
Fosse de Conflans

Il faisait un tuto sur l’utilité, le choix et le réglage du matériel de plongée, avec un générique sur fond vert. Or il n’y avait pas de plateaux dans le Val d’Oise, on a donc décidé d’en créer un à proximité.
Ma première caméra a été une FS7 de Sony, offerte par mon père pour m’aider à démarrer. La connaissance de la mécanique et de l’électricité m’a beaucoup aidé à appréhender le matériel de prise de vues, caméras, éclairage et machinerie.

Caisson pour l’Arri Alexa Mini
Caisson pour l’Arri Alexa Mini

Petit à petit, après avoir développé différents caissons sous-marins, j’ai commencé à investir dans d’autres caméras, des projecteurs, etc.
C’est une constante, j’ai toujours tout réinvesti, étant conseillé par la dizaine d’opérateurs fidèles depuis les débuts de Turtle. J’avais l’habitude de leur donner un coup de pouce quand ils tournaient des films sans trop de budget, et une belle relation de confiance s’est établie entre nous.

Tu t’es installé à Saint-Ouen il y a combien de temps ?
ML : J’ai emménagé à Saint-Ouen il y a quatre ans rue Cage, dans des locaux sympathiques mais non extensibles.
Je cherchais à m’agrandir depuis un moment et j’ai saisi l’occasion de pouvoir déménager rue Louis-Blanc, toujours à Saint-Ouen, dans des locaux plus grands avec un vrai gain en matière d’accessibilité : facilité de chargement pour les camions et proximité des transports en commun avec le métro Garibaldi et l’arrivée de la ligne 14 à la mairie de Saint-Ouen.

Le Studio de la rue de la Montjoie*, comment l’as-tu trouvé ?
ML : Au moment des premiers confinements, l’agent immobilier qui nous cherchait un local pour nous agrandir nous a proposé un jour la location de ce plateau faisant partie des anciens studios d’AB productions à Saint-Denis.
Studio Turtle est un vrai plateau insonorisé, avec loges et bureau, d’une superficie de 300 m2, avec un cyclo trois faces et grills motorisés ; parfait pour le cinéma, la pub et ce à 5 minutes de Paris, une aubaine quand on pense au déficit de plateaux. Eric Balvay en est le régisseur.

Sur le plateau du Studio Turtle
Sur le plateau du Studio Turtle

D’où t’est venue l’idée d’installer une succursale en Guadeloupe ?
ML : C’est un pari en fait, il n’y a pas de loueur dans les Caraïbes.
Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, tout communique et l’agence s’appelle donc Turtle Max Caraïbes.
La Guadeloupe est une terre d’accueil des tournages avec en particulier "Meurtres au Paradis", coproduction franco-anglaise qui en est à sa onzième saison.
La grosse difficulté pour les productions, c’est l’acheminement du matériel : six semaines de traversée, trois semaines à l’aller et trois au retour, d’où une immobilisation très couteuse également pour les loueurs métropolitains.
En plus d’économiser sur les voyages, les productions ne sont plus obligées d’avoir un troisième corps caméra de secours, par exemple.
J’ai importé sur place caméras, lumière et machinerie, ainsi que le caisson pour l’Alexa Mini que j’avais présenté au Micro Salon de 2019.
Une autre denrée rare sur les îles : les batteries, j’essaye donc d’avoir pas mal de batteries V-lock 150 et 200 et des blocs batteries de 2 500 W en 220.
Cela a nécessité trois semaines de bateau plus le container avec un aménagement spécifique car les batteries de forte capacité sont des produits dangereux interdits de voyage en avion.

Tournage de "Meutres à Marie-Galante" avec Turtle Max Caraïbes
Tournage de "Meutres à Marie-Galante" avec Turtle Max Caraïbes

C’est un investissement important mais je peux ainsi faire économiser pas mal d’argent aux productions, qui sont ravies d’avoir un loueur sur place sans parler de la maintenance et des dépannages en cas de problème.
Diedrick Bobet, également associé de Turtle, est sur place à l’année.
L’investissement ne s’arrête pas là, nos locaux climatisés le sont aussi pour tout le matériel qui souffre beaucoup de la corrosion par le sel et doit être tropicalisé, il faut l’entretenir constamment.
Un Ford Ranger mono cabine, avec un groupe électrogène de 50 KVA mono, complète notre offre.

Il y a quelques petits loueurs locaux que j’ai rencontrés, et afin de travailler en toute intelligence avec eux, je leur ai dit : « Si vous avez ce matériel dans votre parc, je ne le ferai pas venir, et si j’en ai besoin, je le prends chez vous… »

Y a t-il des formations pour les techniciens en Guadeloupe ?
ML : Il y a deux écoles, dont une forme à un BTS audiovisuel, et il y aussi le Festival Caribéen de l’Image qui organise des workshops.
Je compte faire venir des intervenants de Paris : directeur de la photo et assistants pour animer des ateliers. Par exemple, ils n’ont pas la notion d’essais caméra, ils prennent le matériel sans l’essayer, il faut donc les former au « Pourquoi et comment faire ces essais ». Un autre atelier sur la colorimétrie et l’étalonnage est prévu.
Il n’y a pas beaucoup de techniciens sur place et les meilleurs travaillent six mois de l’année sur "Meurtres au Paradis", qui emploie également la moitié des comédiens de l’île.

Quelles sont tes envies pour aller plus loin ?
ML : Je souhaite rester à échelle humaine, nous sommes déjà une dizaine de personnes au sein de Turtle et, jusqu’à présent, j’étais aussi le technicien de l’entreprise, étant parti de rien je connaissais tout le matériel et j’en assurais souvent la maintenance. Avec le studio, la location et la Guadeloupe, j’ai décidé d’être secondé par un directeur technique d’expérience en la personne d’Olivier Thirouard.

Et dernière question : pourquoi Turtle ?
ML : Passionné de plongée et amoureux des tortues marines, (je peux rester une demi-heure à en filmer une), je m’étais fait tatouer une grande tortue dans le dos, très proche de mon logo actuel et c’est naturellement devenu le nom de la société.

* Pour les besoins du tournage des Tests Optiques adaptés au Grand Format réalisés par Caroline Champetier AFC, Martin Roux, Denis Lenoir AFC, ASC, ASK, Maxime nous a prêté ce plateau de 300 m2 de situé rue de la Montjoie à Saint-Denis.

(Propos recueillis par Vincent Jeannot pour l’AFC)