Jaime Rosales fait le choix du 35 mm, de la production à la postproduction, pour "Petra", photographié par Hélène Louvart, AFC

par Kodak

Tourné sur pellicule Kodak 35 mm, Petra, réalisé par Jaime Rosales, est projeté à la Quinzaine des réalisateurs. Si son histoire puissante, structurée en un récit non-linéaire, intriguera sûrement le public, l’histoire de sa production est aussi remarquable - impliquant une caméra, un seul objectif, cadré entièrement au Steadicam -, comme celle de sa postproduction, achevée elle aussi en 35 mm.

L’intrigue de Petra s’attaque aux conflits d’une famille prise dans un réseau complexe de dissimulation, de violence et de ressentiment. L’identité du père de Petra lui a été cachée toute sa vie. Quand sa mère meurt, elle se lance dans une quête qui la mène à Jaume, un artiste riche et célèbre, un homme puissant et impitoyable. En cherchant la vérité, Petra rencontre Marisa, la femme de Jaume, et leur fils Lucas. Progressivement, les histoires de ces personnages s’entrelacent dans un esprit de malice, de secrets de famille et de brutalité. Mais la logique cruelle du destin sort des rails par un rebondissement qui ouvre un chemin vers l’espoir et la rédemption. Avec Bárbara Lennie et Álex Brendemühl.

Petra est le sixième long métrage de Jaime Rosales tourné en pellicule. Le tournage a duré trente-six jours en avril et mai 2017 en Espagne, en intérieur et extérieur à Madrid, et près de la frontière française.

Alex Brendemühl dans "Petra"
Photo Quim Vives

« Je n’ai jamais tourné en numérique. Il est tout simplement plus sensé de tourner en pellicule », explique Rosales. « Le cinéma peut être transcendant : il doit être vu par le public contemporain, mais aussi conservé pour les générations futures, comme témoin de notre temps et de notre condition humaine. Le meilleur support technique et artistique est le film sur pellicule. C’est un art, c’est beau à regarder et cela permet de conserver le film longtemps dans le futur. »

Pour donner vie au scénario sur le grand écran, Jaime Rosales a fait appel aux talents cinématographiques de la Française Hélène Louvart, AFC. « Hélène et moi sommes sur la même longueur d’onde esthétique », dit-il. « Son travail est simple, réaliste, beau et naturel - sans artifice. C’est totalement le type de cinématographie que j’aime. Nous n’avions donc pas eu tellement besoin de parler de l’esthétique finale du film. Plus important était le travail de caméra et comment la mise en scène aiderait à raconter l’histoire. »
L’un des objectifs principaux de Jaime Rosales était de garder les personnages dans le cadre tout au long du film, que le mouvement de caméra aide à établir la chronologie narrative tout en montrant, à chaque instant, les émotions et les sentiments des personnages. Il voulait aussi tourner en plan-séquence, de longues scènes sans coupe.

Alex Brendemühl
Photo Quim Vives

Dans cet esprit, Hélène Louvart et Jaime Rosales ont élaboré une praxis de tournage qui impliquait de cadrer l’action en 35 mm 4 perf en 1:2,39, en utilisant un seul objectif - un Cooke anamorphique de 50 mm. Ils ont également décidé de tourner l’intégralité du film au Steadicam.
Comme l’explique Hélène Louvart : « Vous pouvez cadrer en anamorphique de plusieurs façons. C’est bon pour un cadre audacieux, chargé en émotion, d’un personnage au centre ou au bord de l’écran. Vous pouvez également composer l’image et utiliser la mise au point de différentes manières pour un plan à deux ou d’un groupe d’acteurs. Et c’est toujours bon pour les paysages. Le Cooke 50 mm anamorphique a une très grande douceur et avec la pellicule Kodak, je savais que ce serait une bonne combinaison pour adoucir le contraste de nos plans extérieurs ensoleillés.

Marisa Paredes dans "Petra"
Photo Quim Vives

En ce qui concerne les émulsions, Hélène Louvart a choisi la négative couleur Kodak Vision3 250D et la négative couleur Vision3 500T 5219. « Elles ne sont pas trop contrastées, ont de bons tons chair, et raccordent bien ensemble », remarque-t-elle. « La 250D est excellente en extérieur, surtout sous le dur soleil espagnol. Elle est très naturelle et capture fidèlement ce qui est devant la caméra, ce qui est exactement ce que nous voulions sur cette production.

Bárbara Lennie
Photo Quim Vives

« La 500T est idéale pour les intérieurs et les séquences nocturnes. Sa latitude permet de conserver les détails nuancés dans le plus profond des zones d’ombre, et traite les hautes lumières avec douceur, dans la même image. Elle offre aussi des possibilités esthétiques polyvalentes. En fonction de la scène, je peux tourner sans correction pour un rendu légèrement plus froid, ou ajouter différents niveaux de correction pour réchauffer légèrement l’image, selon la scène. »

Le film négatif a été traité chez Hiventy à Paris, et les deux émulsions légèrement sous-développées - d’un demi-diaph à un diaph -, pour atténuer le contraste des extérieurs jour ensoleillés ou des intérieurs éclairés par les fenêtres.

Bárbara Lennie
Photo Quim Vives

Si Jaime Rosales préfère tourner en 35 mm, il aime aussi monter en pellicule, et Hiventy a assuré une chaîne de postproduction photochimique 35 mm complète pour Petra. Une fois les prises sélectionnées à partir des rushes, Jaime Rosales a procédé au montage négatif et à l’étalonnage sous les auspices de Hiventy, avant de faire tirer un positif en 35 mm. C’est alors seulement que Jaime Rosales a fait faire un DCP de son film pour les projections numériques. Le DCP a été créé par le coloriste Jérôme Bigueur chez Hiventy, par conformation visuelle au positif 35 mm.

« Ce qui est amusant, c’est qu’il ne revient pas plus cher de suivre une chaîne de postproduction argentique. C’est simplement géré différemment du numérique. Si vous le gérez comme je l’ai fait, alors c’est parfaitement abordable », explique le réalisateur.

Bárbara Lennie et Alex Brendemühl
Photo Quim Vives

Si Jaime Rosales adore personnellement travailler en argentique, il espère que d’autres cinéastes choisiront aussi la pellicule pour leurs productions.
« Quand vous faites un film, vous devez créer une image forte, qui transcende le temps », dit-il. « Cette force vient du contenu humain créé par le réalisateur, les acteurs et l’équipe, la mise en scène et le medium de capture de l’image. De par sa nature, le film argentique a plus de force que le numérique, l’image acquiert instantanément plus de valeur. J’encourage plus de réalisateurs à choisir la pellicule. C’est intemporel. »

(Traduit de l’américain par Laurent Andrieux pour l’AFC)

https://www.youtube.com/watch?v=11ak_d5d4bE