"Le parfum du bokeh", avec Darius Khondji, AFC, ASC, pour "Uncut Gems"

Par Benjamin B, membre consultant de l’AFC

La Lettre AFC n°308

Benjamin B, membre consultant de l’AFC, inaugure sur son blog hébergé par l’ASC, en anglais, une série d’entretiens intitulée "Frames" ("Cadres"). Le premier entretien a été réalisé avec Darius Khondji, AFC, ASC, entre autres, pour le film Uncut Gems, de Josh et Benny Safdie, qu’il a photographié. Dans ce premier billet, Benjamin B explique le principe de cette série.

Ce billet inaugure une nouvelle série occasionnelle : "Frames". L’idée est de réfléchir sur la direction de la photographie en discutant autour de captures d’écran avec des collaborateurs du film.

Remarque : les nombreux cadres sont disponibles à leur qualité maximale, ce qui implique d’attendre un moment que la page se charge. :)

Ce premier article de "Frames" traite de Uncut Gems, de Josh et Benny Safdie, photographié par Darius Khondji, AFC, ASC. J’ai aussi échangé avec le coloriste Damien Van Der Cruyssen, le gaffer Andrew Day et le premier assistant Chris Silano. Des extraits de ces conversations sont librement insérés à côté des images.

Cette conversation est centrée sur le bokeh anamorphique, et j’entends par là toutes les parties de l’image qui ne sont pas nettes, pas seulement les hautes lumières allongées. Je crois que c’est surtout le bokeh, pas l’image nette, qui donne à un objectif son émotion et sa personnalité.

Adam Sandler dans "Uncut Gems", intérieur jour


Contrechamp

[…]

Darius a photographié Uncut Gems principalement avec des séries d’objectifs Panavision C et E, complétées par des objectifs des séries G et T, ainsi que de trois zooms. Le film a été principalement tourné en négative Kodak Vision3 5219 35 mm 500 ISO, avec deux caméras Arricam ST et une LT pour le Steadicam, tandis que les séquences de nuit ont été tournées avec des Arri Alexa Mini.

La décision de Darius de pousser le négatif 35 mm aide à créer l’esthétique particulière de Uncut Gems. Pousser signifie laisser le négatif plus longtemps dans le bain de développement, ce qui donne plus de sensibilité et plus de grain - grain qui contribue à la texture crue et granuleuse du film. Notez que, bien que vous puissiez voir le grain en zoomant sur les images, vous devez vraiment regarder des images en mouvement, comme la bande-annonce ou le film sur Netflix, pour évaluer pleinement le rendu du grain.

Dans la ville

Benjamin B : Combien de temps a duré le tournage ?

Darius Khondji : Nous avons tourné pendant seulement vingt-neuf jours, et deux jours de reprises à la fin. C’était très rapide.

BB : Ouah, c’est rapide ! Pourquoi avez-vous poussé le négatif ?

DK : J’ai poussé tous les négatifs d’un ou deux diaphs. L’idée principale était de faire ressortir le grain naturel, afin de pouvoir le retrouver facilement au scan en postproduction. Pousser donne également plus de texture au film et aide à approfondir les noirs. Vous savez, la 5219 n’a pas beaucoup de grain.

Dans la ville

BB : Kodak a passé des années à essayer de réduire le grain.

DK : Ils voulaient créer une image scannée très propre, et ils ont réussi. Mais aujourd’hui, bien sûr, les réalisateurs veulent tous la texture et le grain du film [rire] !
J’adorerais avoir voir une pellicule ultra-sensible avec de la texture, à 1 000 ou 2 000 ISO, et un peu de grain.
[…]


https://youtu.be/vTfJp2Ts9X8