Les "Rencontres Audiens" de son magazine "Art de Vivre"

Ou comment avoir vu "Blanche Neige", enfant, peut susciter des vocations

La Lettre AFC n°308

Le groupe de protection sociale des professionnels de la culture, de la communication et des médias Audiens met en lumière, dans la rubrique "Les Rencontres" de son magazine Art de Vivre n° 61 d’avril 2020, deux figures emblématiques des plateaux de cinéma. Florence Batisse-Pichet s’entretient avec le directeur de la photographie Pierre-William Glenn, AFC, d’une part, et retrace, en lui donnant la parole, le parcours de la scripte Sylvette Baudrot, d’autre part. Extraits...

"Un demi-siècle de cinéma avec Pierre-William Glenn"


À 76 ans, Pierre-William Glenn est un film vivant du cinéma français. Considéré comme l’opérateur de la Nouvelle Vague, ce directeur de la photo a travaillé avec les plus grands réalisateurs. Président de la CST (Commission supérieure technique de l’image et du son), il a été pendant dix-sept ans le responsable des projections au Festival de Cannes. Son regard sur le métier reste toujours aussi vif.

Qu’est-ce qui vous a construit fondamentalement ?
Blanche Neige. J’ai six ans, c’est ma première séance de cinéma. Puis, il y aura la fréquentation de Claude Miller qui deviendra mon beau-frère et, enfin, ma passion pour la moto qui résume la puissance du mouvement.

Votre formation ?
J’ai étudié les mathématiques en Maths Sup et Maths Spé mais je n’ai pas pu intégrer Centrale ou Polytechnique car, au lieu de plancher les maths et la physique, j’allais au cinéma déraisonnablement. J’ai alors décidé de passer le concours d’entrée à l’IDHEC. Après une année sélective de préparation au Lycée Voltaire, j’ai réussi l’entrée en section prise de vue. J’ai toujours pensé qu’il fallait savoir comment fabriquer un film pour avoir l’idée de le mettre en scène.

Quelles sont les qualités d’un opérateur ?
C’est un métier qui demande une discipline d’esprit et de vie : il y a un côté mécano et un côté "intello". Empathie et confiance sont nécessaires car le chef opérateur - ou directeur de la photographie - apporte au réalisateur un autre œil que le sien. Il doit anticiper les meilleures conditions de tournage pour que les acteurs soient respectés dans leur composition. Cela implique une relation affective. Notre rôle est de donner au metteur en scène ce qu’il veut voir et ce dans toutes les conditions... matérielles et spirituelles. La vision de la mise en scène est aidée par le chef opérateur, elle s’oppose parfois à la production. [...]

(Propos recueillis par Florence Batisse-Pichet)

"Sylvette Baudrot : une scripte-girl de 92 printemps"


Entre la Cinémathèque - sa deuxième maison - où il lui arrive de voir quatre films par jour - et les interviews qu’elle accorde régulièrement, Sylvette Baudrot a un agenda bien rempli. Adhérente au Syndicat national des techniciens et travailleurs de la production cinématographique et de télévision (SNTPCT) depuis 1950, elle n’a jamais pris le temps de compter
l’impressionnante filmographie de son CV qu’elle complète à la main.

Quels sont vos premiers souvenirs de cinéma ?
Je suis née en Égypte. Mes parents avaient une pâtisserie à Alexandrie. Ils divorcent lorsque j’ai huit ans. Pendant la guerre, j’ai eu la chance de voir tous les films américains dont les premiers longs métrages en couleur de Autant en emporte le vent à Blanche Neige et les sept nains. Passionnée de danse, j’ai vu également toutes les comédies musicales de Ginger Rogers et Fred Astaire.

Comment s’est imposée votre vocation ?
En 1946, après mon baccalauréat, ma mère nous emmène, ma sœur et moi, en France. J’enchaîne différents petits boulots. Un jour, dans le quartier latin, je retrouve des copains avec qui j’avais passé le bac en Égypte : l’un d’eux faisait l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques). C’est le déclic. Après deux tentatives, j’échoue à l’examen d’entrée mais je réussis toutefois à être admise en auditrice libre : nous étions trois à bénéficier de ce statut. On avait le droit de suivre uniquement les cours théoriques. Tous les metteurs en scène - René Clair, Marc Allégret... - venaient présenter leurs films. Entre-temps sur les tournages de fin d’année, je touche un peu à tout et je me rends compte que c’est le métier de scripte qui correspond le plus à mes capacités.

Quelles sont les qualités d’une scripte ?
Il faut avoir un grand sens de l’observation, ne pas être bavarde, savoir écouter et prendre des notes. S’intéresser à la filmographie du metteur en scène est également utile. [...]

(Propos recueillis par Florence Batisse-Pichet)

  • Lire également, dans le n° 59 d’Art de Vivre, "La parole à Alain Besse : le Monsieur cinéma de la technique". Alain Besse a longtemps été responsable du secteur Diffusion de la CST (Commission supérieure technique de l’image et du son) et coordinateur technique du Festival de Cannes, de 2003 à 2017.