Ma frère
Paru le Contre-Champ AFC n°374
LA RENCONTRE :
J’ai rejoint Lise Akoka et Romane Guerret dans un bar Place des fêtes 3 semaines avant le début du tournage de Ma frère. J’avais terminé un film quelques jours plus tôt et le timing n’était pas idéal pour moi mais la force de leur film précédent, Les Pires, m’avait beaucoup enthousiasmé et j’avais très envie de les accompagner dans cette aventure. Dès leur appel pour me dire qu’elles voulaient faire le film avec moi, j’ai mis en place le plus d’éléments possibles pour rattraper le temps de prépa que j’avais perdu. On est très rapidement parti en repérage dans la Drôme où j’ai pu faire connaissance avec la cheffe déco Charlotte de Cadeville et nous avons pu échanger ensemble sur la DA du camp de vacances (décor principal du film) et sur les options qui avaient déjà été prises.
Lise et Romane voulaient un film coloré, solaire avec un côté Ektachrome. La production a acheté des rouleaux photo 24 x 36 de Kodak E100 et j’ai fait des images en repérage et en tournage qui nous ont aidés à établir une LUT mais aussi à donner la direction de l’étalonnage final.
J’ai choisi de conserver l’équipe image qui était en place ainsi que la plupart des choix de matériels hormis les optiques où j’ai opté pour la série anamorphique Xelmus Apollo dont j’apprécie énormément le rendu et dont le point minimum, à quasi un pied, allait être d’un grand secours dans un film où les réalisatrices souhaitaient être au plus près des personnages souvent en plans très serrés.
J’ai opté pour un diaph un peu plus fermé qu’à mon habitude avec cette série, on est resté autour de 4 tant que ça a été possible.
Le film s’est entièrement tourné à deux caméras Arri Alexa 35, la seconde étant opérée avec brio par Grégoire Lobut, assisté de Maxime Bonan. J’ai pour ma part été assisté par Etienne Dang dont j’ai grandement apprécié le calme, la précision et un grand sens de l’organisation. Ayant manqué de temps pour laisser maturer la direction de l’image que je souhaitais, je me suis beaucoup questionné pendant le tournage et ils ont toutes et tous répondu présent dès que je les sollicitais pour débattre sur un choix que je devais faire.
Au sujet de la texture de l’Alexa, ne pouvant pas faire d’essais, je me suis servi de tests précédent que j’ai fait projeter à Lise et Romane pour choisir ensemble le niveau de grain que nous souhaitions. La Custom Super Nostalgic (833) a été retenue avec parfois l’utilisation de l’Extreme (933) sur certains gros plans. J’ai évidemment fait évoluer cela en fonction de la sensibilité affichée à la caméra.
Pour me rapprocher de l’effet Ektachrome demandé, j’ai utilisé un filtre Antique Suede Harrisson n°2. Ce filtre demande plus d’un stop de lumière, je ne pouvais me le permettre en nuit. Aussi j’ai dû miser sur l’étalonnage et la dextérité de Richard Deusy pour matcher avec ma direction de jour.
Ces deux réalisatrices ont une technique de mise en scène assez particulière. Les interprètes ont chacun et chacune une oreillette dédiée qui permet à Lise et Romane de leur parler séparément pendant les prises. Elles sont isolées dans un véhicule avec le retour des deux caméras et elles dirigent tout au long des prises en donnant des indications spécifiques aux différents protagonistes.
De mon côté, j’avais une oreillette avec toutes les indications mélangées et un système de casque Hollyland pour répercuter ces infos auprès de mon équipe caméra mais également avec Anthony Cornil, le chef électro, et Clément Aubert, le chef machino, qui restaient tous les deux toujours connectés avec moi.
Ce parti pris permet d’obtenir des personnages un résultat incroyable de spontanéité et de réalisme mais cela m’a demandé, ainsi qu’à mon équipe, une énorme concentration pour pouvoir à tout moment rebondir sur les indications données par Lise et Romane. Elles ont une véritable fascination pour leurs personnages et communiquent ce sentiment à toute l’équipe pour former une sorte de fusion créative qui leur permet d’obtenir le résultat souhaité.
Pour ce qui est de la manière de filmer, généralement la caméra 1 était sur rails avec une focale courte 40 mm et la seconde caméra en embuscade à l’épaule ou sur slyder pour pouvoir "voler" des réactions. Notre système de connexion nous permettant de nous parler continuellement afin de ne pas nous gêner mutuellement et surtout de ne pas nous filmer. Les deux perchwomen venant s’additionner à l’équation, ça a été un ballet incessant, parfois éprouvant mais toujours très agréable.
Pour la partie qui se passe à Paris, on a opté pour un filmage entièrement à l’épaule pour créer une dynamique différente de celle du camping, dans une énergie plus brute, pour incarner une forme d’urgence dans laquelle sont projetées nos deux héroïnes.
LES TENTES :
Nous avons éprouvé ce système jusqu’à son paroxysme dans les scènes d’intérieur tentes où Lise et Romane voulaient ressentir la peau des personnages, ce qui impliquait une grande proximité.
Pour certaines séquences en particulier, nous disposions de modèles un peu plus grands que les tentes filmées de l’extérieur mais à 10 dedans, c’est toujours trop petit.
LE KAYAK :
Il y a plusieurs séquences qui se passent dans l’eau. On a opté pour filmer à l’épaule avec un splashbag le plus réduit possible pour que le système reste portable même sur de longues prises. On a aussi mis une tête sur base à l’avant ou à l’arrière d’un Kayak pour accompagner au mieux la descente des enfants qui étaient, évidement le plus souvent dans une totale improvisation mais les systèmes d’oreillette restaient efficients et ont permis à Lise et Romane de continuer à les diriger pendant les descentes.
LE CAMP :
En lumière nous disposions de deux Nanlux Evoke 2400 comme grosses sources. Leur flexibilité s’est avérée idéale. On a aussi utilisé des Vortex 4/8, des Astera Titan, Hélios et Dash. Nous avons régulièrement utilisé ces derniers de nuit pour créer des points lumineux colorés au loin afin de donner une ampleur supplémentaire au camping.
NUIT US :
A plusieurs reprises, il y avait des scènes de nuit où des enfants étaient présents. Il a fallu trouver une alternative à de la vraie nuit car en août, ça n’aurait pas été possible de les garder aussi tard.
Au camp, pour une séquence en forêt, on a éclairé les personnages avec nos Nanlux Evoke 2400, alimentés par batteries, en rebond latéralement dans un cadre de 4 m x 4 m, la déco avait acheté des lampes de poche à main et frontales les plus puissantes possible pour qu’elles marquent malgré tout en plein jour. Richard a fabriqué une LUT spécifique pour cet effet et nous avons, au final, obtenu le résultat souhaité légèrement décalé de la réalité mais suffisamment crédible pour que ça ne choque pas les spectateurs.
Nous avions à traiter une séquence intérieur nuit à Paris avec un bébé, on a opté pour de la gélatine ND + Steal Green sur les fenêtres et des sources puissantes dans l’image qui figuraient des lumières urbaines.
Ce tournage a été l’occasion de sortir joyeusement de ma zone de confort avec une préparation réduite au minimum, une collaboration avec une équipe inconnue, la gestion d’une nouvelle collaboration avec des réalisatrices utilisant des oreillettes. Toutes ces nouveautés m’ont permis d’explorer avec bonheur d’autres façons de travailler.
- Bande-annonce officielle :
Équipe
Cadreur caméra B : Grégoire LobutCadreuse caméra B : Mathilde Cathelin
1er assistant caméra A : Etienne Dang
2e assistante caméra A : Louisa Bazin
1er assistant caméra B : Maxime Bonan
2e assistante caméra B : Katie Baillot
Technicienne retour : Eoline Laurent
Chef électricien : Anthony Cornil
Électricien : Quentin Play
Chef machiniste : Clément Aubert
Machiniste : Alexandre Charles
Coloriste : Richard Deusy
Technique
Matériel caméra : RVZ Caméra (deux Arri Alexa 35, série anamorphique Xelmus Apollo)Matériel lumière : Transpa Éclairage/Énergie
Matériel machinerie : Mad Grip
Labo : Poly Son
En
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