Mon chien Stupide

Cinquième collaboration avec Yvan Attal, Mon chien Stupide est l’adaptation française du roman éponyme de John Fante écrit à la fin des années 1970 et paru en 1982.
Henri est en pleine crise de la cinquantaine. Les responsables de ses échecs, de son manque de libido et de son mal de dos ? Sa femme et ses quatre enfants, évidemment ! A l’heure où il fait le bilan critique de sa vie, de toutes les femmes qu’il n’aura plus, des voitures qu’il ne conduira pas, un énorme chien mal élevé et obsédé, décide de s’installer dans la maison, pour son plus grand bonheur mais au grand dam du reste de la famille et surtout de Cécile, sa femme dont l’amour indéfectible commence à se fissurer.

C’est un sujet brûlant et politiquement incorrect auquel de nombreux réalisateurs se sont frottés et dont les droits ont été acquis par Georges Kern, chairman de Breitling et coproducteur du film avec Same Player (Vincent Roget) et Montauk Films (Florian Genetet).
L’action originale se passe en Californie à Malibu et la difficulté du scénario a été d’adapter l’univers cynique et sombre du roman sur un territoire européen. Le choix d’Yvan s’est porté rapidement sur une région où les éléments dramaturgiques étaient réunis comme dans le roman original, c’est-à-dire la région de Biarritz : l’océan, ses marées et sa force, la maison de la famille accrochée aux falaises et une certaine douceur de vivre et de richesse en perte de vitesse pour la famille. Trois éléments dramatiques permettant de marquer le film et de l’ancrer dans un microcosme étouffant.
À la lecture du scénario, il paraissait évident que l’élément moteur du décor était la maison où vit la famille de quatre enfants avec leurs parents. Une maison de plain-pied, très spacieuse où les personnages se croisent, s’évitent et circulent sans vraiment de lien fort, les quelques scènes communes virant assez rapidement à une véritable foire d’empoigne. Cette maison est un petit clin d’œil à ces grandes maisons californiennes des années 1960 et elle nous a paru être la pièce maîtresse de la scénographie. Faire circuler les personnages sans se croiser, sans se parler, s’éviter ou au contraire se retrouver dans des aquariums humains dont on ne peut pas sortir. La solitude des personnages était aussi soulignée dans cette grande famille par la proximité de l’immensité de l’océan.

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Nos choix artistiques ont donc découlé naturellement : utiliser le Scope anamorphique, jouer sur les profondeurs de champ, éteindre le film sur les nuits, et utiliser la pluie comme élément dramatique. De même, les choix de brun et l’absence majeure de bleu saturé ont été des choix partagés avec le décorateur Samuel Deshors qui a merveilleusement habité la maison de ces teintes. Une maison prison où Cécile, personnage interprété par Charlotte Gainsbourg, est confinée, assez souvent silhouettée comme un fantôme, souvent abandonnée à elle-même dans cette grande villa.
Fin mai 2018, la maison avait été choisie et nous a permis pendant la préparation d’y faire de fréquents allers retours afin d’y préparer la mise en scène, le découpage et réfléchir aux installations lumière. Une situation de travail extrêmement confortable puisque le tournage n’a débuté que mi-septembre 2018. S’approprier les lieux et les espaces, y imaginer les personnages et leurs circulations, mais aussi résoudre les problèmes techniques et logistiques. En effet, la maison est en pleine campagne sur un terrain peu plat, ne permettant que très peu de positions de tours et de nacelles.

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Quelques grosses scènes de pluie de nuit tournées en plan-séquence et décrivant l’ensemble de la maison et du jardin ont nécessité une réflexion intense pour trouver les solutions. La maison est aussi faite d’une très grande toiture descendant à moins de deux mètres du sol et ne permettant pas d’arrivée plongeante de la lumière.

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Nous aimions aussi beaucoup la façon dont la lumière naturelle, par temps ensoleillé ou par temps gris, pouvait rentrer dans les pièces : le choix de 18 kW Alpha et de 9 kW s’est alors imposé ainsi que les magnifiques Senna LED de 1 600 W offrant une équivalence de M40 à travers une toile grid cloth pleine. Les rayons de soleil ont été fabriqués à partir de Superbeam. Le reste du matériel électrique fut du SL1 et du Aladin ainsi que les boas, de Ruby Light, bien utiles dans des pièces aux plafonds bas. Les nuits ont été éclairées par les ballons à hélium d’Olivier Neveu.
Mon choix de caméra s’est porté sur la RED Monstro 8K pour pouvoir utiliser les optiques Cooke Anamorphiques Special Flare à la limite de leur couverture, oscillant selon les focales entre le 6K et le 7K : cela m’a permis de profiter au maximum de la hauteur de la Monstro en gagnant quelques millimètres et permettant une surface utile de négative de plus de 35 % plus grande que le Super 35.

Photo Rémy Chevrin

Je n’ai pas utilisé de LUT particulière, travaillant la caméra en utilisant l’IPP 2 en medium contrast et soft sur les hautes lumières : je ne voulais pas de hautes lumières électriques et les essais de lumière et de caméra m’ont donné les meilleurs résultats avec ce réglage. Le flare recherché dans certaines scènes était fabriqué sur le plateau à travers la spécificité des optiques Cooke SF, et quelques contres et Superbeam placés pour l’effet.
Quelques scènes complexes du film sont les deux scènes de pluie de nuit dans la maison et le jardin : le terrain ne permettait pas de poser plus de deux nacelles cachées et elles ont servi à l’équipe des SFX pluie des Versaillais (que je tiens à remercier pour leur travail et leur compréhension), j’ai donc dû trouver des solutions dans les arbres et au sol sans trop de hauteur et en ai un peu souffert aussi bien pour la construction de l’image que pour les scènes de caméra à l’épaule où il s’agit sous des trombes d’eau d’être ultra précis...
Cette nouvelle collaboration avec Yvan nous a ouvert de nouvelles perspectives communes et des désirs d’aborder avec encore plus d’envies de nouveaux challenges : Yvan aime farouchement la mise en scène et les outils qui la soutiennent, et sa curiosité va croissante avec les ans. Les outils qui s’offrent à nous depuis quelques années permettent d’aiguiser notre sens de la créativité, tout en restant transparents dans leur utilisation. Ni lui ni moi n’aimons l’effet pour l’effet.
Un mot aussi sur l’interprétation de Charlotte qui m’a beaucoup ému et a su nous proposer une palette incroyable d’intentions et d’émotions.
Merci aussi à toute l’équipe que je ne peux nommer mais ils se reconnaîtront. Merci de votre confiance et de votre écoute : vous m’avez donné beaucoup d’enthousiasme et ce film a été très joyeux à tourner !!!
Enfin très bien accompagné par Reginald Gallienne lors de l’étalonnage chez Mikros sur Baselight 3.

Portfolio

Équipe

Cadreurs : Rémy Chevrin, Thibaut Marsan
Opérateur Steadicam : Thibaut Marsan
Premier assistant opérateur : François Gallet
Seconde assistante opératrice : Raphaelle Imperatori
Data Manager : Christophe Perraudin
Assistant video : Louis Hartvick
Chef électricien : David Kremer
Chef machiniste : Jean-Pierre Deschamps
Equipe drône : Aerial Full Motion, cadreur Eliott Carasco et pilote Benjamin Lavassiere

Technique

Matériel caméra : Eye-Lite France (caméra RED Monstro 8K, série Cooke Anamorphique SF et zooms Angénieux anamorphiques 44-440 mm et 56-152 mm) et Aerial Full Motion (drône DJI Inspire 2 X7)
Matériel électrique : Transpalux (+ les ballons “Onlightballon” d’Olivier Neveu et les boas de Ruby Light)
Matériel machinerie : Transpagrip
Laboratoire : Mikros et Immediate post production (Etalonnage Reginald Galienne, étalonnage rushes Xavier Desjours)
VFX : Mikros