Edmond Richard et les prémices de la vidéo HD

Par Bernard Tichit

La Lettre AFC n°290

Bernard Tichit a été ingénieur en chef chez Thomson et a dirigé pendant près de dix ans le laboratoire des caméras. Il a croisé, en juillet 1986, le chemin d’Edmond Richard lorsqu’ils participèrent ensemble à l’une des toutes premières expériences de tournage de ce qui allait devenir la vidéo à haute définition. Il témoigne de façon historique, technique et personnelle.

Un peu d’histoire technique
Il faut replacer ces prémices dans le contexte de l’évolution vers une plus grande qualité de l’image vidéo : la première prise de conscience fût d’abandonner le SECAM (employé en diffusion) pour produire en PAL, ce qui permettait des enregistrements de meilleure qualité et des effets spéciaux "potables". Mais l’étape essentielle fût d’abandonner les formats composites (SECAM, PAL) en production pour travailler en composantes analogiques (Y, Pr, Pb).
La première étape significative fût l’arrivée du format BETACAM, puis BETACAM-SP dès 1983 avec le succès que l’on connait, ainsi un avantage économique supplémentaire était d’éviter les doubles parcs de machines composites que nous avions connus avec les U-Matic, BVUs, et les formats 1 pouce "B" et "C". Dès lors que l’on pouvait enregistrer en composantes, on avait une qualité proche du 4:2:2 numérique qui demeurait l’objectif qui sera atteint en 1986 avec le D1 (Sony et Bosch).

Entretemps les caméras avaient beaucoup gagné en qualité, encore à tubes jusque vers 1988, elles avaient gagné des superpositions automatiques qui permettaient des images presque parfaites, quoique limitées par le standard : 576 lignes x 720 pixels horizontaux... Seulement 420 K pixels ! Aujourd’hui on ne pourrait même pas proposer le plus petit téléphone avec une si basse résolution....
En 1988, les CCDs venaient juste d’arriver, adieu les électroniques infernales de superposition automatique qui corrigeaient les dérives des tubes... Enfin des images stables parfaitement superposées...
L’emploi des composantes analogiques d’abord, puis numériques 4:2:2 à partir de 1988, apporta enfin une qualité proche de l’image source en primaires RVB (que l’on continuait à employer pour le contrôle de qualité sur les moniteurs). L’étape suivante fût de passer au format d’aspect 16/9 qui théoriquement demandait de passer de 720 pixels horizontaux à 960 (pour conserver des pixels carrés). Mais on passa au 16/9 en restant à 720 pixels horizontaux.

Plusieurs petites étapes permirent de gagner encore en qualité (tout en restant en 576 x 720), en particulier le passage de l’entrelacé au progressif qui était particulièrement aisé à mettre en œuvre pour la reproduction des films (25 images complètes/s au lieu de 50 demi-images). Ces progrès ont été nommés ED-TV (Extended Definition TV) et en Europe un projet PAL-Plus auquel j’ai participé aurait pu permettre, en Allemagne et en Angleterre, une amélioration assez substantielle du PAL diffusé dans ces pays....
Nous étions encore loin de la haute définition en Europe, les Japonais faisaient des démonstrations HD impressionnantes mais leurs caméras étaient encore à tubes, leurs enregistreurs analogiques et le standard de diffusion MUSE n’était absolument pas convaincant. Mais l’essentiel, c’est que la vidéo arrivait à un niveau de qualité tel que l’on pouvait fièrement montrer les progrès aux gens de cinéma.

Edmond Richard
Revenons à Edmond. A cette époque, je fréquentais la CST et Edmond nous donnait régulièrement des leçons de bon sens pour l’éclairage... Lorsque nous lui avons présenté les nouvelles caméras parfaitement superposées avec une résolution analogique de l’ordre de 1 000 lignes, visualisées en RVB avec les nouveaux moniteurs Trinitron Sony qui eux aussi étaient parfaitement superposés, capables d’une luminosité crête de 800 nits et avec une image aux contours juste bien réglé pour ne pas ressembler à de la vidéo..., Edmond s’est écrié : « C’est du 35 ! Je veux essayer d’en voir les possibilités… ».

Caméra Thomson TTV 1624
Archives Bernard Tichit

C’est bien volontiers que nous avons prêté une caméra, un enregistreur et un superbe moniteur 20 pouces Sony (tout neuf qui dépassait en performances tout ce que l’on connaissait). C’est vrai que l’image en gros plans était vraiment flatteuse mais ce n’était pas du 35. C’était enregistré en composantes et visualisé en RVB et c’était le mieux que l’on savait faire - on était encore en 4/3. Mais il valait mieux du 4/3 pour l’uniformité de la résolution caméra et moniteur...
Je n’avais pas assisté au tournage évidemment, juste installé le matériel, regardé quelques rushes et remballé à la fin...