Tchin-tchin, Edmond !

Par Jean-Noël Ferragut, AFC

par Jean-Noël Ferragut La Lettre AFC n°290

Mes premières rencontres avec Edmond Richard datent, au début des années 1990, de mon arrivée à l’AFC et, peu après, de mon adhésion à la CST en tant que membre du Département Image. Ce dernier s’était appelé Commission Prise de vues et Edmond l’avait présidée pendant six ans, tout comme il avait "vice-présidé" cette vénérable association peu de temps avant. Courant des années 2000, je l’ai revu pour les dernières fois à Vincennes, là où il habitait et où il était, d’une certaine manière, l’invité d’honneur des Rencontres Internationales du Cinéma de Patrimoine. Quelques souvenirs me reviennent en mémoire.

Lors d’une des réunions image de la CST, Edmond nous avait montré, non sans une certaine fierté, une espèce d’ovni cinématographique qui nous avait marqués, le Sensitoflex. Un curieux appareil de forme oblongue qu’il avait mis au point avec André Coutant dans les années 1950 et qui avait servi à mesurer la lumière réfléchie de façon ponctuelle - grâce à un système optique de quelques degrés d’angle de champ - et qu’il apparentait à un brillancemètre, outil de mesure qui allait devenir le spotmètre tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Un autre soir, alors qu’il était question de télécinéma et de chaînes qui en refusaient un bon nombre à cause de scènes trop denses car initialement sous-exposées, Edmond nous livrait un de ses trucs, imparable disait-il : « Dans vos scènes sous-exposées, dès que vous le pouvez, mettez au moins un point lumineux dans l’image, une flamme, une ampoule, de façon à rapprocher le signal vidéo du fameux 1 volt, ce qui devrait clouer le bec aux chargés de visionnage de nos chaînes préférées ! ». Et nous, jeunes chefs op’ toujours prompts à remplir notre carnet de recettes, de boire la bonne astuce comme du petit lait… En vieux singe à qui l’on n’apprend pas à faire des grimaces, Edmond avait en effet plus d’un tour dans son sac !

A propos de sac, avant la fin de chaque réunion, à la CST comme à l’AFC, il sortait du sien, à notre grande surprise, une banane et, après l’avoir mangée, se levait en disant : « Les amis, j’ai pris mes vitamines du soir et vais devoir vous quitter car je ne voudrais pas rater mon dernier RER ».
Aux soirées des Rencontres de Vincennes, dans le milieu des années 2000, Edmond était là, allant et venant bon pied bon œil, devisant avec les Alain Resnais, Jacques Perrin, Sandrine Bonnaire, Jean Rochefort, Claude Rich, Anouk Aimée, Agnès Varda, Claude Lelouch, Alain Masseron, Jean-Marie Lavalou, Souleymane Cissé, Yorgos Arvanitis, Jean-Pierre Mocky, Roman Polanski, Marina Vlady et bien d’autres - que le festival honorait, comme lui, d’un Prix Henri Langlois -, une flute de champagne à la main. En souvenir, tchin-tchin, Edmond !

Mandats d’Edmond Richard à la CST
- 1976 - 1980 : suppléant du vice-président chargé du Secteur technique
- 1980 : vice-président du Secteur technique
- 1981 : vice-président de la Commission technique de la production et de la création
- 1982 - 1985 : vice-président du Secteur technique et président de la Commission Prise de vues
- 1986 - 1987 : suppléant du vice-président du Secteur technique et président de la Commission Prise de vues
- 1993 - 1994 : vice-président chargé des Problèmes techniques et des relations avec le Comité de programme.
(Merci à la CST d’avoir entrouvert ses archives !)