Entretien avec le directeur de la photographie Laurent Tangy, AFC, à propos de son travail sur "Le Grand bain", de Gilles Lellouche

par Laurent Tangy

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C’est avec Cédric Jimenez pour HHH et La French ou encore Johan Renck sur Les Panthers que le directeur de la photo Laurent Tangy, AFC, poursuit la carrière qu’il avait entamée sur des films comme Mike, de Lars Blumers, ou The Incident, d’Alex Courtes. Il signe l’image du deuxième long métrage du comédien Gilles Lellouche (le premier qu’il réalise seul), Le Grand bain, qui réunit un casting masculin emblématique du cinéma français. Ce film est présenté Hors compétition sur la Croisette. (BB)

C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors oui, c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie...
Avec Matthieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Marina Foïs, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Félix Moati, Virginie Efira, Leila Bekthi

Quel a été le parti pris de mise en lumière pour cette comédie ?

Laurent Tangy : Dès le début de la préparation, nous avons décidé, avec Gilles, d’envisager le film sous deux univers : "la vraie vie des personnages" personnelle et professionnelle, plutôt réaliste et crue, et leur "vie en commun", qui serait un lieu d’expression, plus coloré. L’idée générale était de confronter l’isolement de chacun dans sa vie, au lien social qu’ils arrivaient à créer dans leurs entraînements.

Une grande partie du tournage se passe dans des piscines, est-ce que cela a conditionné tes choix techniques ?

LT : Oui, car nous avons tourné aussi bien sous l’eau que hors de l’eau dans de "vraies" piscines. Nous étions donc très limités quant à la taille et au poids du matériel à employer et il était impossible d’approcher les projecteurs de l’eau ainsi que la machinerie lourde. L’un des plus gros problèmes que nous avons rencontrés a été de faire des mouvements en passant d’une caméra immergée à une caméra hors de l’eau. L’équipement nécessaire pour compenser la gravité et la poussée d’Archimède, une grue Chapman, était trop lourd et trop volumineux pour nos décors. Nous avons donc dû nous contenter de mouvements plus simples à l’aide de Splash bags et de caissons.
Un autre souci fut de trouver de l’éclairage sous-marin pouvant changer de couleurs pour une scène de chorégraphie que Gilles voulait tourner comme un show. Les normes de sécurité sont très strictes quand on tourne sous l’eau avec des nageurs. Pour réaliser cela nous avons trouvé des LEDs homologuées avec l’aide de l’entreprise Concept K.
Pour les scènes à l’extérieur de l’eau, j’ai souvent utilisé des ballons, un outil facile à mettre au-dessus de l’eau.

Comment avez-vous mis en pratique ce désir de légèreté dans la manière de filmer ?

LT : Il était question de tourner avec une caméra à l’épaule et finalement nous avons été moins conceptuels et nous avons mélangé les outils.
Lorsque que j’ai tourné avec Gilles (le comédien) précédemment, il avait particulièrement apprécié que j’éclaire plutôt de l’extérieur, au plafond et à l’aide de praticables, pour laisser un maximum de place aux jeux des comédiens dans le décor. J’ai donc procédé de la même manière sur Le Grand bain.

Quels outils as-tu utilisés ?

LT : Nous avons tourné avec une Alexa, en Scope, avec une série C de chez Panavision en utilisant surtout un 50 et un 75 mm.
Pour la lumière, nous avons utilisé une gamme Alpha, de K5600, en HMI, des LEDs comme des SkyPanels et des Freestyles ainsi que des ballons à hélium dans les piscines.

(Propos recueillis par Brigitte Barbier pour l’AFC)

Photo : © Chi-Fou-Mi Productions / Trésor Films
Crédit photo : Mika Cotellon