Mon premier Camerimage

Par Gilles Porte, président de l’AFC

par Gilles Porte La Lettre AFC n°292

J’ai aimé le petit aéroport de Bydgoszcz… J’ai aimé l’immense affiche de Roma annoncer son passage sur grand écran… J’ai aimé lire sur un mur « Painting still alive »… J’ai aimé la direction d’acteurs de certains courts métrages étudiants… J’ai aimé entendre des applaudissements à l’apparition du nom de la directrice ou du directeur de la photographie dans le générique de films courts…

J’ai aimé que des images soient analysées, décortiquées, critiquées, magnifiées et relativisées…
J’ai aimé que Philippe ne cesse de rappeler qu’une image n’est rien si elle n’est pas au service d’une dramaturgie…
J’ai aimé présenter Karine (Panalux Londres) à Patrick (Panavision France)…
J’ai aimé échanger avec Philippe sur des conceptions très différentes de notre profession…

J’ai aimé la présence de K 5600 au milieu de tous les fabricants étrangers…
J’ai aimé retrouver Angénieux loin des monts du Lyonnais et des monts du Forez où nous avons grandi…
J’ai aimé quand Jean-Yves m’a raconté comment le fait d’utiliser une courte focale à pleine ouverture peut révéler profondément la nature humaine…
J’ai aimé recevoir un mail d’Eric pour savoir si nous pouvions aider Clémence à poser des affiches pour annoncer notre Master Class AFC…
J’ai aimé lui répondre que pour faire mieux que Clémence, il fallait désormais en coller une sur les fesses de Jean-Noël…
J’ai aimé montrer des enfants de moins de six ans se dessiner sur une vitre au milieu de ce que la technologie fait de mieux…
J’ai aimé le déhanchement de Benjamin devant David afin que 300 spectateurs visualisent mieux l’utilisation d’une caméra sur l’épaule…
J’ai aimé sentir l’ombre de Jean-Pierre Beauviala accompagner les déambulations de Benjamin et David…
J’ai aimé quand Céline a mis le feu à Isabelle Huppert
J’ai aimé découvrir un regard d’enfant sur le visage de Gehard Baier à l’issue de la Master Class AFC…
J’ai aimé rater les cow-boys des frères Cohen parce que des étudiants me retenaient en off de notre Master Class…

J’ai aimé qu’une étudiante espagnole désire quitter Londres pour s’installer en France après avoir entendu trois chefs op’ de l’AFC parler de leur métier « avec tant d’humanité »…
J’ai aimé voir Tommaso se plaindre auprès de Patrick quand un molosse du service d’ordre de la fête Pana le serrait de trop près…
J’ai aimé la caméra Panavision sculptée dans la glace…

Je n’ai pas aimé danser avec un casque sur la tête dans une boîte de nuit avec une musique, tandis qu’un autre danseur, sur le même dance floor, ne partageait pas la même musique…
J’ai aimé le sourire de Natasza quand j’ai demandé si un jour Netflix allait nous imposer des focales avec lesquelles tourner…
Je n’ai pas aimé certaines petites tapes sur l’épaule qui m’ont rappelé l’attitude de Jack Pallance face à Michel Piccoli dans Le Mépris, de Jean Luc Godard...
J’ai aimé la façon dont Kees van Oostrum m’a serré lorsqu’il m’a reconnu…
J’ai aimé la réaction de Denis lorsque j’ai évoqué une exposition de photos personnelles de Raoul Coutard et de Vilmos Zsigmond, ASC prochainement…
J’ai aimé croiser le regard de Robby Müller sur des affiches rendant hommage à son immense talent...
Je n’ai pas aimé que Benoît me dise que le film At Eternity’s Gate n’avait pas de distributeur en France…
J’ai aimé quand un technicien de Panasonic me retrouve les références exactes de la caméra que j’avais utilisée pour filmer des enfants parce qu’il avait vu une photo de mon installation à la Master Class…
J’ai aimé la nouvelle gamme des optiques anamorphiques Hawk…
J’ai aimé que Jean-Marie me fasse une place parmi les membres du jury pour accéder à la projection du film Roma
J’ai aimé le scénario de Roma
J’ai aimé la mise en scène de Roma
J’ai aimé la photographie de Roma
J’ai aimé le montage de Roma
J’ai aimé le noir et blanc moderne de l’Arri 65 et sa très grande définition…
J’ai aimé son immense plage dynamique et son absence de grain…
J’ai aimé les courtes focales et l’utilisation de la profondeur de champ…
J’ai aimé la grâce d’un plan où l’actrice principale, mexicaine, sauve un enfant blanc de la noyade…
J’ai aimé la sensibilité de Galo Olivares derrière la caméra...
J’ai aimé les clairs-obscurs sur les souvenirs d’enfance du réalisateur mexicain…
Je n’ai pas aimé imaginer que d’autres spectateurs ne puissent pas découvrir Roma sur grand écran…

J’ai aimé lire les mots de François sur le travail d’Alfonso Cuarón…
J’ai aimé apercevoir les couleurs sang et or sur certains pass étiquetés Kodak
J’ai aimé me dire que les grenouilles en or, en argent et en bronze étaient un clin d’œil au festival de Chalon-sur-Saône et à ses Nicéphore…
Je n’ai pas aimé oublier le nom de la personne que m’a présentée Bruno à la soirée Pana…
Je n’ai pas aimé apprendre qu’un directeur de la photo de l’ASC était retenu à l’ombre pour avoir très mal géré un sur plein d’alcool…
J’ai aimé la petitesse de ce festival qui permet de croiser et re-croiser des hommes et des femmes très difficile à voir ailleurs…
J’ai aimé prendre un petit déj’ avec Pascal pour évoquer la démission des politiques en France autour de certains points qui mettent en danger nos professions…
Je n’ai pas aimé apprendre que l’année dernière 15 films sur 15 ont été repoussés ou annulés chez Pana, mettant en danger cette entreprise…
J’ai aimé voir notre profession s’incliner à chaque passage du chapeau d’Ed Lachman
J’ai aimé le rire de Chris Doyle…
J’ai aimé la classe de Dick Pope lorsqu’il accompagnait Mike Leigh
Je n’ai pas aimé repartir sans remercier en personne Marek Żydowicz, directeur de Camerimage, au nom de l’AFC…
Je n’ai pas aimé annuler mon déjeuner avec Leitz parce que je me suis rendu compte qu’il fallait que je décolle à 14h50 et non pas à 18h15…

J’ai aimé quand Richard m’a dit en rigolant qu’il n’avait « plus l’âge de ces conneries » en constatant qu’il n’avait pas le temps de terminer son plat du jour…
J’ai aimé croiser beaucoup de partenaires de l’AFC en Pologne en souhaitant que l’année prochaine, il y en ait encore d’avantage...
J’ai aimé que nous soyons tous conscients que l’AFC doit être encore mieux représentée ici l’année prochaine et qu’il est impossible désormais qu’un directeur de la photo de l’AFC ignore ce qui se passe ici…
J’ai aimé que l’on parle tout de même bien français au cours de cette 26e édition de Camerimage !