Rendez-vous à Kiruna

Troisième collaboration avec ma fille Anna Novion après On ne prend pas la mer quand on ne la connaît pas, moyen métrage, et Les Grandes personnes, son premier long métrage.

Anna souhaitait pour son deuxième long métrage tourner de nouveau en Suède, cette fois-ci sous la forme d’un road-movie avec deux comédiens qui avaient joué dans Les Grandes personnes : Jean-Pierre Darroussin et Anastasios Soulis (jeune acteur suédois). Quand elle m’a parlé de son projet, elle avait en tête le canevas de l’histoire. Le sujet m’intéressait.
Peu après, nous nous sommes retrouvés à un festival où elle participait et j’ai commencé à lui suggérer des éléments qu’elle pourrait inclure dans le scénario. De fil en aiguille, nous avons travaillé ensemble plusieurs semaines à Paris jusqu’à aboutir à un traitement. Plus tard, elle a rejoint Olivier Massart (scénariste) avec qui elle a poursuivi et finalisé le scénario qui a ainsi pris sa forme définitive.

L’histoire :
Un architecte de renommée, tout à son métier, reçoit un appel de Suède d’un commissaire qui le décide à faire le voyage jusqu’à Kiruna (ville minière en Laponie suédoise). Il doit y reconnaître le corps d’un parfait étranger, son fils qu’il n’a jamais connu, ni désiré. La rencontre avec Magnus, un jeune homme sensible et perdu que tout oppose à Ernest, va ébranler les certitudes de cet homme autoritaire et méfiant. Ce voyage en compagnie d’un fils possible va révéler à Ernest une part inconnue de lui-même et l’aider à mieux comprendre ce rendez-vous à Kiruna. Histoire de filiation !

Ce film a été une sorte d’expérience unique, puisque j’ai assisté à la genèse de l’histoire et collaboré à son développement.
Elle avait fait, au préalable, un voyage-repérage, en quelques jours, avec Jean-Pierre Darroussin à qui elle avait proposé le rôle de l’architecte. Elle a pu ainsi rassembler une quantité de photos qui donnaient, pour certaines, une couleur et une direction de style.
Anna travaille beaucoup en amont son découpage, même abstraitement, sans connaître ses futurs décors. Elle les imagine et les dessine. Elle me le soumet et nous retravaillons ensemble à partir d’une base déjà bien élaborée. Ce pré-découpage induit plus tard le choix de certains décors.
Les repérages, en ce qui me concerne, ont été très brefs. Cinq jours, guère davantage, pour valider ou encore choisir des décors qu’elle avait sélectionnés durant quatre semaines avec son 1er assistant (Nicolas Guilleminot dont j’ai apprécié la collaboration). Les décors s’étendaient sur environ 2 500 km de Göteborg aux confins de la Laponie suédoise. Tout ceci a été fait au pas de course, le temps de voir pour chaque décor comment adapter le découpage pré-exixtant à la réalité ; j’indiquais, à la hâte, des préférences d’horaires pour telle séquence ou un choix chronologique pour le tournage des différents plans d’une même séquence.
L’important résidait à ne jamais quitter un décor sans avoir le découpage approprié, même si, on le sait, il sera, par moments, chamboulé par les aléas du tournage.
En supplément, le voyage en voiture (1 100 km) de Paris à Kiel (nord de l’Allemagne avec ferry vers Göteborg, Suède) n’a pas été repéré ; je le connaissais bien. On l’a tourné, en équipe très légère, en moins de deux jours, soit à peine plus que le temps qu’il fallait pour s’y rendre !

Une des données essentielles qui m’interrogeaient, en termes de lumière, était de rendre compte des nuits qui étaient de plus en plus courtes au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la Laponie. Plus courtes et plus claires. Que ce phénomène soit perceptible, réaliste, voir photogénique et ceci, tant pour les intérieurs que les extérieurs. C’était un axe essentiel qui soutiendrait l’authenticité de ce voyage et accompagnerait le voyage " mental " du personnage principal, Ernest.
Nous avions en tête quelques références pour le choix des décors, celui d’un peintre et illustrateur suédois Carl Larsson, (début XXe) le décor du " Grand-père " en particulier, de l’incontournable Edward Hopper pour le décor final du café, mais aussi d’Andrew Wyeth, peintre et dessinateur américain, dont j’apprécie particulièrement la finesse et les atmosphères empreintes de beauté et mélancolie, qui se dégagent de ses œuvres.

Andrew Wyeth - Anna Kuerner
Andrew Wyeth - Anna Kuerner


Nous avons tourné en numérique avec l’Arri Alexa ProRes 4:4:4 et une série Primo T1,9 ; ce choix de caméra, pour ce film, nous a permis de tourner les scènes de comédie en voiture (peut-être 25-30 % du film), sans avoir à compter.
En ce qui concerne ces scènes de voiture, la caméra est embarquée la plupart du temps ; nous avons disposé d’une voiture travelling pour la séquence de " poursuite " avec le biker. Jean-Pierre Darroussin nous a beaucoup facilité la tâche en se prêtant à cette double casquette, conduire et jouer, et dont il s’en tire admirablement.
J’ai aussi apprécié le talent et le professionnalisme des comédiens suédois.
Beaucoup de plaisir à retourner avec Anna qui a plein de bienveillance avec ses personnages et les gens qui l’entourent et qui sait mêler, dans sa narration, gravité et comédie avec, selon moi, beaucoup de finesse.

Nous étions une petite équipe et avons retrouvé l’esprit famille des Grandes personnes, avec en particulier Paul-Claude Bessière, chef machiniste, et Nicolas Dixmier, chef électricien, chefs certes mais sans véritable armée (un go-between : Aurélian Pechmeja), au point Marie-Laure Prost-Morand, assistée de Charles Cornier. Merci à eux !
Etalonnage par Guillaume Lips (Digimage) : une première rencontre très agréable et un beau travail complice.
Et merci à Yann Gilbert (Production : La Mouche du Coche Films), à ses alliés : Patrice Arrat, Cédric Ettouati et Antoine Theron qui ont beaucoup donné pour ce film.

Portfolio

Équipe

1re assistante : Marie-Laure Prost-Morand
Chef électricien : Nicolas Dixmier
Chef machiniste : Paul-Claude Bessière
Montage : Anne Souriau

Technique

Matériel caméra : Panavision Alga, Arri Alexa, format 1,85:1, série Primo T 1,9 et zoom Primo 24- 270 mm T 2,8
Matériel électrique : Panalux
Laboratoire : Digimage
Etalonnage : Guillaume Lips