The Proposition

Benoît Delhomme, AFC est un des opérateurs français à poursuivre une brillante carrière internationale en long métrage. Depuis L’Odeur de la papaye verte ou Cyclo de Tran Anh Hung, qui l’ont fait connaître, il a mis en image de nombreux films comme L’Honneur des Winslow de David Mamet, Par effraction d’Anthony Minghella, 1408 de Mikael Hafström, ou le très récent Chatroom de Hideo Nakata. François Reumont s’est entretenu avec Benoît Delhomme.
John Hillcoat et Benoît Delhomme
Sur le tournage de The Proposition

Ce film a été tourné en 2004, et il ne sort en France qu’aujourd’hui ?
Benoît Delhomme : C’est assez incompréhensible. Le film est sorti en Australie en 2005. Il a remporté une multitude de prix (dont l’équivalent des César en Australie pour l’image, le décor, les costumes et la musique). Il sort enfin en France, peut être grâce au succès à Venise de The Road... Et j’en suis bien sûr très fier...

Comment vous êtes vous retrouvé dans cette aventure australienne ?
BD : A l’étranger, les gens cherchent rarement un opérateur avant d’avoir le financement définitif et les dates de tournage. Ensuite c’est l’affaire de quelques jours, voire quelques semaines, pour trouver la personne qui sera libre à ce moment-là. Cette urgence permet d’avoir soudain de vraies opportunités, et de vrais choix en favorisant les nouvelles rencontres. C’est exactement comme ça que ça c’est passé pour The Proposition. Bien que Nick Cave avait écrit le scénario depuis plus de deux ans, et le tournage n’arrivait pas à se concrétiser.
John Hillcoat lui-même n’avait plus tourné de long métrage depuis 1995, et quand il a eu finalement le feu vert, il s’est mis à la recherche d’un nouveau chef opérateur. C’est par le biais de mon agent international que le contact a été pris, et la chose s’est conclue très vite. J’ai appris par la suite que c’était un grand admirateur de Cyclo et que c’est sans doute une des raisons qui l’a orienté vers moi... Etant moi-même enthousiasmé par le scénario et fasciné par l’univers musical de Nick Cave, j’ai tout de suite foncé en Australie !

Guy Pearce et John Hillcoat

Qu’est ce qui vous a le plus marqué là-bas ?
BD : La chaleur était inimaginable. L’impression de survie dans l’équipe était vraie pour tout le monde, et surtout pour les comédiens engoncés dans leurs costumes d’époque ! Je repense également à cette scène de bar avec John Hurt qui joue un chasseur de prime. Bien que le décor paraisse très sombre dans le film, avec seulement quelques rais de lumière (faits par des HMI placés derrières les rares fenêtres), le toit de ce décor était chauffé à blanc. Il faisait littéralement 50° et je ne pouvais même pas toucher la Dolly sans me brûler ! Le médecin sur place nous faisait sortir toutes les dix minutes pour boire de l’eau et éviter l’évanouissement. John Hurt a littéralement produit une performance inouïe vu son âge.

L’odyssée du personnage de Guy Pearce est très proche de la nature... Il côtoie notamment les aborigènes dans une séquence centrale... Comment s’est passée la collaboration avec eux ?
BD : On avait en permanence des guides et conseillers aborigènes avec nous. Il faut savoir que l’on était en plein sur leur territoire et que l’on n’y tourne pas comme on veut... Le terrain sur lequel on évoluait était truffé de lieux de culte relatifs aux croyances et aux esprits, et il nous fallait absolument les respecter. Par exemple, le premier jour, on a dû tous s’enduire de terre pour se protéger des mauvais esprits et devenir invisibles... Ce n’est qu’après avoir empoussiéré l’équipe au grand complet que l’on a pu commencer le film ! Mais l’influence de ces croyances ne s’arrête pas au tournage... Dans le scénario même, on sent très bien l’opposition entre ceux qui acceptent la nature et les indigènes et ceux qui la refusent ou les méprisent…

Guy Pearce et John Hillcoat

Quel matériel avez-vous utilisé ?
BD : J’ai très vite senti, pendant la préparation, que plus les choses allaient être simples, plus on pourrait aller loin. Quand on repérait certains décors accessibles uniquement à pied (le repère de Danny Huston), il est devenu évident que tourner en Scope avec des objectifs qui remplissent à eux seuls une caisse était hors de question.
J’ai simplifié au maximum le matériel et on a donc opté pour le Super 35 avec deux Panaflex (une Millenium et une Platinum), trois optiques fixes (35-50-75 mm) et un zoom 24-275 mm Primo.

En terme de lumière, j’ai choisi des vieux Fresnel HMI 18, 12 et 6 kW à ballasts selfiques – qui ont pourtant disjoncté régulièrement sous la chaleur – et beaucoup de draps blancs en guise de réflecteurs. Parfois même, comme dans ce décor de canyon, j’ai éclairé en réflexion directe sur les parois en pierre pour conserver la palette de couleur dans la lumière.
Enfin, pour la machinerie, il n’ y a eu rien de plus haut ou de plus rapide qu’un homme sur un cheval. On voulait vraiment se retrouver dans des conditions d’époque, sans plan d’hélicoptère ou de mouvements modernes virtuoses.

Parlez-nous un peu de ce décor qui abrite la fin du film...
BD : Emily Watson a importé l’Angleterre dans cette maison au milieu du désert. Elle refuse littéralement son exil dans ce pays, à l’image de nombreux immigrants de l’époque qui devaient détester ces conditions de vie. Même quand elle se promène faire ses courses en ville, elle conserve en permanence une ombrelle pour se protéger du soleil...
La maison a été littéralement construite en dur, comme tous les autres lieux du film, au milieu de nulle part. Je m’y suis retrouvé en conditions de décor naturel, avec des plafonds, de fenêtres qui donnaient sur l’extérieur...

La décision principale étant, pour ce lieu, de lui donner une tonalité plus froide à l’image, comme une sorte de petit havre de fraîcheur... Pour la séquence finale du repas de Noël, le couple se barricade à l’intérieur, tous volets fermés, avec le sapin, comme si de rien n’était...
L’ambiance avec les bougies a été assez dure à mettre en place sur ces plans, à cause des torrents de lumière qu’on avait à l’extérieur… J’ai du faire construire un sas à lumière autour de la maison pour diminuer l’intensité et pouvoir travailler en très basse lumière dedans sans que les quelques ouvertures ou découvertes partielles ne soient complètement brûlées...

Emily Watson et John Hillcoat

Dans l’arrière-pays australien, à la fin du dix-neuvième siècle : Le capitaine Stanley s’est juré de " civiliser " le pays sauvage australien. Ses hommes ont capturé deux des quatre frères du gang Burns : Charlie et Mike. Les bandits ont été jugés responsables de l’attaque de la ferme Hopkins et de l’assassinat de toute une famille.
Arthur, le plus âgé des frères Burns et chef du gang, s’est réfugié dans la montagne. Le capitaine Stanley propose alors un marché à Charlie : retrouver son frère aîné en échange de son pardon, et de la vie sauve pour le jeune Mike. Charlie n’a que neuf jours pour s’exécuter...

(Propos recueillis par François Reumont)

Production : Chris Brown
Réalisation : John Hillcoat
Scénario et musique : Nick Cave
Décor : Chris Kennedy
Costumes : Margot Wilson
Son : Greg Walmsley
Montage : Jon Gregory

Benoît Delhomme et John Hillcoat

Portfolio

Technique

Tourné en Super 35 mm, format 2,35:1
Caméras Panavision Panaflex Millenium et Platinum
Objectifs et zoom Primo Panavision
Pellicules : Kodak Vision2 100T (5212), 200T (5217) et 500T (5218)