Entretiens avec des directeurs de la photographie

Jonathan Ricquebourg, AFC, revient sur ses choix techniques et esthétiques pour "Earwig", de Lucile Hadzihalilovic
Reflets dans une dent de verre, par François Reumont

Dans une maison sombre aux volets perpétuellement fermés, Mia, une fillette édentée, vit seule en compagnie d’Albert, un homme payé pour prendre soin d’elle. C’est à partir de cet argument assez épuré que démarre le nouveau film de Lucile Hadzihalilovic, dans une ambiance d’uchronie qui n’est pas sans rappeler celle des premiers films du tandem Caro et Jeunet. Marc Caro ayant apporté une petite touche de direction artistique en concevant un étrange appareil buccal chargé de recueillir la salive de la jeune protagoniste. C’est Jonathan Ricquebourg, AFC, qui signe les images de ce film fantastique presque gothique où le spectateur cherche parfois ses repères. (FR)

Renato Berta, AFC, salue la mémoire du cinéaste Jean-Marie Straub

Le cinéma de Jean-Marie Straub et de sa compagne Danièle Huillet était une œuvre radicale et exigeante. Depuis Les Chroniques d’Anna Magdalena Bach, en 1967, un portrait rigoureux de la femme du cantor de Leipzig, le couple de cinéastes n’a eu de cesse d’explorer la littérature, le théâtre, la musique et la poésie. Renato Berta, AFC, a été l’un de leur plus fidèle compagnon de route, signant l’image de plus d’une dizaine de leurs films. Il revient avec nous sur cette expérience de cinéma unique. (FR)

Où Ruben Impens, SBC, évoque dans un entretien le tournage des "Huit montagnes", de Charlotte Vandermeersch et Félix Van Groeningen

Alors que sort sur les écrans, le 21 décembre 2022, Le otto montagne (Les Huit montagnes), de Charlotte Vandermeersch et Félix Van Groeningen, lire ou relire un entretien dans lequel le directeur de la photographie Ruben Impens, SBC, évoque le tournage du film, Prix du jury au 75e Festival de Cannes – ex æquo avec EO, de Jerzy Skolimowski.

Entretien avec Edward Berger, réalisateur, et James Friend, ASC, BSC, à propos d’"À l’Ouest, rien de nouveau"
"Sur le terrain", par Clément Colliaux

Lors d’un entretien à Camerimage 2022, le réalisateur Edward Berger et le chef opérateur James Friend, ASC, BSC, nous parlent de leur travail sur À l’Ouest, rien de nouveau, nouvelle adaptation d’Eric Maria Remarque sortie le 28 octobre sur Netflix et nommée en Compétition principale. Ils racontent la construction d’un film de guerre chevillé à son personnage, expliquent leurs choix d’objectifs, de découpage et le tournage avec une caméra grand format. (CC)

La cheffe opératrice Mandy Walker, ACS, ASC, échange sur son travail à propos d’"Elvis", de Baz Luhrmann

Candidat à la Grenouille d’or de la compétition principale, le film Elvis est aussi l’occasion pour Camerimage de remettre à son réalisateur Baz Luhrmann le "Special Award for Outstanding Director". Pour sa seconde coopération avec la cheffe opératrice Mandy Walker, ACS, ASC, (sa quatrième si l’on inclut deux publicités réalisées pour Chanel), le réalisateur renoue avec le film musical, qui avait rythmé le début de sa carrière. Qu’il adapte un roman (The Great Gatsby), une pièce de théâtre (Roméo + Juliette) ou qu’il s’appuie sur des faits historiques (Australia), Baz Luhrmann a toujours su emmener les histoires dans son univers unique, chatoyant et sensible à la fois. Elvis ne fait pas exception à la règle : bien plus qu’un simple biopic, le film est une véritable exploration des États-Unis du milieu du XXe siècle, en tension constante « entre le show et le biz », selon les propos de Baz Luhrmann, à travers un personnage que le réalisateur tente de dépouiller de son aspect iconique, pour lui rendre son humanité et sa sensibilité. (MC)

Interview du directeur de la photo Fabian Gamper pour le clip "Zeit", du groupe Rammstein, réalisé par Robert Gwisdek
Par Clément Colliaux, pour l’AFC

En compétition à Camerimage 2022, l’inquiétant clip du morceau "Zeit" du groupe allemand Rammstein combine les défis techniques : studio rempli de sable, tournage sous l’eau, plans montés à l’envers, et tout cela au ralenti. Le chef opérateur Fabian Gamper nous raconte comment il a pu composer avec tous ces facteurs. (CC)

Caroline Guimbal revient sur ses choix pour filmer "Dalva", d’Emmanuelle Nicot

Parler de l’inceste et de ses conséquences n’est pas forcément chose facile à l’écran. C’est pourtant le choix de la réalisatrice belge Emmanuelle Nicot et de son premier film Dalva, présenté à l’origine dans la sélection de la Semaine de la critique cannoise 2022. Désormais en compétition à Camerimage pour le meilleur premier film – et également la meilleure première photographie pour Caroline Guimbal –, c’est avec cette dernière que Pascale Marin, AFC, revient sur les enjeux d’un tel projet. (FR)

Edu Grau, ASC, AEC, et Shane Ainsworth reviennent sur les défis techniques du vidéo clip "5D", de Lykke Li, réalisé par Theo Lindquist
"I follow you" par François Reumont

Chaque année, le festival Camerimage met à l’honneur le travail d’image des vidéo clips lors de la grande projection de gala du mercredi après-midi. Un événement phare de chaque édition qui rassemble l’ensemble des festivaliers proposant une fenêtre unique sur les films les plus inventifs de l’année passée. Parmi les concurrents pour la Grenouille d’or de la vidéo musicale 2022, se trouvent le réalisateur Theo Lindquist et le directeur de la photographie Edu Grau, qui ont mis en image le clip "5D", de la chanteuse Lykke Li. Un étonnant ballet cyclique bien en phase avec l’ambiance mélancolique de la chanson. (FR)

Negin Khazaee nous parle des plans qu’elle a tournés pour le documentaire d’Annabelle Amoros, "Churchill Polar Bear Town"

Après ses études à La Fémis, Negin Khazaee s’est installée à Vancouver. Elle vit entre la France et le Canada, des métiers de DIT et directrice de la photographie. Cette année, elle présente à Camerimage, dans la compétition Courts métrages documentaires, Churchill Polar Bear Town, d’Annabelle Amoros. Un documentaire dans le grand nord canadien, sur la petite ville de Churchill, 800 habitants, et sa relation ambiguë avec les ours polaires. (MC)

Tommy Maddox-Upshaw, ASC, revient sur la mise en image de la série "The Man Who Fell To Earth", réalisée par Alex Kurtzman
Le migrant interstellaire

Prolongeant plus que ne reconstituant le film culte de Nicholas Roeg (The Man Who Fell To Earth, 1976) – où David Bowie incarne un extra-terrestre à la recherche sur Terre d’un moyen de sauver sa propre planète – la série TV éponyme réadapte le roman d’origine en y injectant une bonne dose de modernité. C’est l’impeccable comédien britannique d’origine nigérienne Chiwetel Ejiofor (Dirty Pretty Things, Twelve Years a Slave...) qui prête désormais ses traits au visiteur d’une autre galaxie, tandis que Noémie Harris (la mère dans le film Moonlight) y interprète la terrienne qui va être forcée de l’accompagner dans sa mission. Le scénario signé Alex Kurtzman et Jenny Lumet saisit bien sûr l’opportunité de montrer la réalité sociale de l’Amérique actuelle, comme en écho à cette nouvelle de science fiction où le thème de l’étranger est au centre du propos.
Tommy Maddox-Upshaw est le maître d’œuvre des images. Il revient avec nous sur les défis posés par le tournage de cette série, produite entre l’Espagne et le Royaume-Uni, et diffusée depuis avril 2022 sur Showtime. (FR)

John Christian Rosenlund, FNF, revient sur les défis pour éclairer "The Emigrants", d’Erik Poppe
Une saga historique en lumière naturelle

En prenant la décision de produire une nouvelle adaptation du plus grand classique de la littérature suédoise, le cinéaste norvégien Erik Poppe (Utoya, 22 juillet) s’affaire à un travail délicat. Déjà porté à l’écran en 1971 par Jan Troell, avec en tête de casting Max Von Sydow et Liv Ullman – les deux plus grandes stars scandinaves du moment - on peut dire qu’un remake n’est pas forcément chose aisée... Force est de constater à la vision du film que la mission est plutôt réussie, proposant à l’écran une version moderne d’une histoire classique, où les thématiques actuelles du migrant, de la condition de la femme et de la religion infusent chaque scène. C’est John Christian Rosenlund, FNF, qui s’occupe d’éclairer cette saga, avec un dispositif de mise en scène souvent minimaliste. (FR)

Kate McCullough, ISC, explique ses choix pour la mise en images de "The Quiet Girl", de Colm Bairéad
Sage comme une image

Sélectionné dans la compétition "Premiers films", The Quiet Girl, de Colm Bairéad, est un drame dans l’Irlande rurale des années 1980, qui met en scène la vie d’une jeune fille dont les parents en difficulté l’envoient passer l’été chez un couple de cousins. Un film qui joue beaucoup sur les non dits et sur une fausse apparence de distance pour mieux révéler au cœur du récit beaucoup de secrets. Ce portrait très touchant du début de l’adolescence est interprété par la jeune Catherine Clinch qui irradie de talent sur l’écran. C’est aussi le deuxième film en gaélique pour la DoP irlandaise Kate Mc Cullough après le très beau Arracht, de Tom Sullivan (à Camerimage 2020). Notons que Kate a également un lien particulier avec la Pologne, puisqu’elle a fait ses études à l’école de cinéma de Łódź... (FR)

Le directeur de la photographie Matthias Helldoppler revient sur le tournage du clip vidéo "Other Side”, réalisé par Rupert Höller
La cinétique des troncs

Un bon clip repose souvent sur une idée de mise en scène. Pour "Other Side", titre du duo électro autrichien Camo & Krooked, le réalisateur Rupert Höller a décidé de mettre en scène l’aventure étrange d’une jeune femme à bord de son camping-car installé en bordure de forêt. Un clip où la lumière est actrice de la scénographie, offrant quelques ambiances nocturnes assez fantastiques. Le directeur de la photographie autrichien Matthias Helldoppler nous confie sa méthode pour ces jeux de lumière... (FR)

Peter Zeitlinger, BVK, ASC, nous parle de ses choix pour filmer "L’angelo dei muri", de Lorenzo Bianchini
"L’espace et le temps", par François Reumont

Se déroulant presque uniquement dans un appartement vétuste et sombre, L’angelo dei muri, (The Angel in the Wall), de Lorenzo Bianchini, est une étrange histoire mêlant présent et passé entre un vieil homme seul menacé d’expulsion et de nouveaux locataires. Le résultat évoque dans sa forme et sa mise en scène notamment Les Autres, de Alejandro Amenábar (2001). C’est le directeur photographie autrichien Peter Zeitlinger, ASC, qui est derrière la caméra de ce film où les plans sont comptés, et la chorégraphie entre comédiens et caméra très déterminante. Une mise en scène de l’espace avant tout. (FR)

Le directeur de la photographie Sturla Brandth Grøvlen, DFF, parle de son travail sur "War Sailor", de Gunnar Vikene
"Voyage au bout de l’enfer" par François Reumont

Rares sont les films de guerre sans soldats. C’est le parti pris du réalisateur norvégien Gunnar Vikene et de son impressionnant Kriegsseileren (War Sailor), projeté en Compétition principale pour la Grenouille d’or de la meilleure image 2022. Évoquant par sa construction narrative Deer Hunter, de Michael Cimino (auquel il pourrait emprunter sans complexe le titre français, Voyage au bout de l’enfer), ce "matelot de guerre" est un film tout en nuances où destin, amitié et survie forment un puissant carburant dramatique. C’est Sturla Brandth Grøvlen, DFF, directeur de la photographie danois (Rams, en 2015, déjà récompensé par une Grenouille d’argent), qui met en image cette histoire à la fois épique et très intime... (FR)

Michał Dymek, PSC, revient sur le tournage de "EO", de Jerzy Skolimowski
"Le cinéma et le hasard" par François Reumont

Hommage à Au hasard Balthazar, de Robert Bresson, EO, de Jerzy Skolimowski, a pris tout le monde par surprise lors de la première journée de compétition à Cannes 2022. Remportant à l’issue de la quinzaine un Prix du jury mérité, avec à la clé un discours hilarant de remerciements à ses comédiens équidés de la part de son réalisateur de 84 ans. A l’occasion de sa présentation hors compétition en Séance spéciale à Camerimage, nous revenons avec le directeur de la photographie Michał Dymek, PSC, (32 ans) sur cette collaboration hors norme entre road movie, poème visuel et fable animaliste. (FR)