In memoriam

Bertrand Chatry
par Eric Gautier

Bertrand Chatry

Bertrand a été le compagnon de mes années d’apprentissage. Je l’ai rencontré en 1983. Je commençais à faire l’image de courts métrages. Il m’a alors proposé de devenir son assistant.

Billy Wilder est mort
personne n’est parfait

In memoriam

Né Samuel Wilder, près de Vienne, le 28 juin 1906, il avait été surnommé Billy par sa mère. Après des études de droit, il s’oriente vers le journalisme, croise le chemin de personnalités de l’époque, dont Schnitzler et Freud. Installé ensuite à Berlin, il gagne sa vie comme danseur mondain, avant d’entrer aux studios de l’UFA en 1927. On l’y emploie à polir ou à écrire des scénarios.
Lorsque Hitler accède au pouvoir en 1933, Billy Wilder prend aussitôt le train pour Paris. Il y réalise "Mauvaise graine", comédie avec la toute jeune Danielle Darrieux, puis gagne les Etats-Unis. A Hollywood, Ernst Lubitsch fait appel à lui pour écrire, avec Charles Brackett, l’adaptation d’une pièce de boulevard d’Alfred Savoir, "La Huitième femme de Barbe-Bleue". Il fera de nouveau équipe avec Brackett en 1939 pour une autre comédie de Lubitsch, "Ninotchka", et pour "La Baronne de minuit", de Mitchell Leisen.
De cette époque, il gardera toujours le souvenir du génie de Lubitsch, avec lequel il partage un passé berlinois. Wilder expliquait que tout au long de sa carrière de metteur en scène, il n’a jamais cessé de se poser une seule question : « Comment Lubitsch aurait tourné cette scène ? »

Bertrand

Bertrand Chatry

j’ai tellement partagé de choses avec toi,
le boulot et les amis, les espoirs, la rigolade et les emmerdes.
Néné (Jean-Marc Négroni)

J’ai connu Bertrand dans les années soixante-dix

Bertrand Chatry

« On avait le même âge, mais lui a tout de suite démarré comme directeur de la photo alors que je chargeais les magasins. A cette âge, profiter de la vie est largement aussi important que le travail, on faisait la fête ensemble, on se donnait des coups de main sur les courts métrages. On parlait longuement de lumière au téléphone. Il en parlait très bien avec des mots justes. A la sortie des projections, c’est vers lui que j’allais pour recueillir ses avis. Il me manque beaucoup. » Romain (...)

Salut Bertrand

Bertrand Chatry

« Salut Bertrand, il est 0 h 45, je viens de rentrer de la projection "avant-première" de l’AFC. Tu n’étais pas là ce soir. J’ai vu le film en pointillé (pardon Patrick !). Puis, on a bu un verre avec pas mal de nos associés et collègues et tu n’étais toujours pas là. Je n’en revenais pas. Aude m’a dit : « Je n’arrive pas à y croire ». Puis je suis sortie du cinéma et dehors il y avait Jean-Jacques. On a pris une bière, on ne pouvait pas rentrer tout de suite, on a pas mal discuté de cinéma mais surtout de toi. Puis je suis rentrée. Tu n’étais pas là ce soir. (...)

Hommage de Philippe Rousselot

Dominique Chapuis

On croit connaître quelqu’un et un jour on se rend compte qu’on ne l’a pas vraiment connu, Dominique avait fait des images magnifiques en seconde équipe de La Reine Margot, avec grâce, simplicité et talent. Je ne l’ai sans doute pas suffisamment remercié et sans doute trop faiblement. Philippe Rousselot

mercredi 14 novembre au Cinéma des Cinéastes

Dominique Chapuis

« Parcourir avec joie et émotion l’itinéraire de Dominique, c’est ce qui nous a été permis mercredi 14 novembre au Cinéma des Cinéastes grâce à la projection des extraits de ses films rassemblés avec beaucoup de finesse par Caroline Champetier. Du monde jusqu’à une heure tardive pour prolonger un moment avec Elisabeth, son épouse et Mathilde, sa fille, auxquelles nous pensons avec affection. Difficile d’oublier la beauté du regard porté sur Lerner dans le film de Claude Lanzmann Sobibor..., projeté dans les salles en ce moment. » Agnès Godard et Eric (...)

A Dominique

Dominique Chapuis

« Les gens qui réussissent sont ceux qui savent s’adapter à la réalité. En revanche, ceux qui persistent à vouloir élargir la réalité aux discussions de leur rêve échouent. Et c’est pourquoi tout progrès humain est dû en définitive aux gens qui échouent. Simon Leys (Protée et autres essais). Après Henri Alekan et Albert Viguier, Dominique Chapuis vient de disparaître cruellement et je perds avec lui le dernier symbole personnel de l’amour du travail en équipe, symbole essentiel à ma pratique du métier de Directeur de la Photographie... J’ai eu le bonheur de (...)

La fausse teinte, Souvenirs de tournage avec Do

Dominique Chapuis

Les moments que je préfère sur les nombreux films dans lesquels j’ai collaboré avec Do sont ceux où nous étions bloqués sur une grue en hauteur, la tête dans les nuages. Tels des pilotes d’avion nous faisions un dernier check : Pellicule magasins : pleins Filtres : ok Batterie : branchée Diaph : affiché Quand nous devions attendre le soleil, nous plongions la tête la première dans le nuage qui nous empêchait de tourner. C’est ce que nous appelons dans le jargon des saltimbanques des plateaux : " La fausse teinte ". Nous faisions toujours des trouvailles (...)

Hommage de Zabou Breitman

Dominique Chapuis

Il est arrivé, avec sa moustache, à Londres. Je ne connaissais pas Dominique. A peine vu quinze ans plus tôt. On a pris un thé anglais, avec du lait anglais et du sucre. J’aime bien certains verts. J’en cherchais un en particulier. Et Dominique s’est intéressé. Comme il peut s’intéresser à tout ce qui intéresse l’autre, tout ce qui permet un lien, un discours. Là c’était le vert. Vert pâle, vert d’eau, vert bouteille ? Non... pas si... vert anis, vert printemps, vert pomme, vert gris ? Non. Bleu-vert, vert tendre... Non pas exactement. Je ne trouvais pas la (...)

Pour Dominique Chapuis que j’ai connu dès l’âge de 7 ans

Dominique Chapuis

par Arthur Joffé « Depuis l’enfance Dominique, tu as été, tu es et tu seras le grand frère, le premier, celui qui guide, initie, éclaire le chemin. Tu es cela pour moi et je pense pour nous tous qui t’avons bien connu : l’éclaireur. Grâce à toi souvent, la confiance retrouvée, on a repris la marche, aidés par tes lumières bien sûr, mais aussi par ta tendresse Dominique, et ton air goguenard ou râleur, selon la météo. Dans la constellation des compagnons de route que nous croisons au film du temps, tu es et tu resteras une brillance qui nous indique un cap (...)

Salut, Dominique par Alain Jomy, réalisateur et musicien

Dominique Chapuis

Il y a des rencontres comme ça, qui commencent sous le signe du travail et s’en échappent très vite. Nous nous sommes vus pour la première fois pendant un tournage (L’effrontée) et très vite, ce sont d’autres sujets que ce film qui nous ont rapprochés. Il sortait depuis peu de l’expérience de Shoah de Lanzmann et - comme me l’a dit récemment un de ses amis d’enfance : « Il y a eu Dominique avant et Dominique après Shoah ». Il était alors comme brûlé de l’intérieur par ce film, dont il me disait : « C’est la première fois qu’on filme réellement la parole. » (...)