Camerimage, une grande fraternité

Par Richard Andry, AFC

par Richard Andry La Lettre AFC n°281

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A l’aéroport de Poznan, j’ai retrouvé Pascal Lagriffoul qui, comme moi, se retrouvait sans bagages. L’astucieuse Lufthansa sait bien qu’en moins de 40 minutes de transit à Munich, elle ne peut pas faire suivre les bagages d’un avion à l’autre puisque nous, en tant que passagers, il nous faut arpenter des kilomètres de couloirs, en courant comme des dératés, pour espérer "attraper" la correspondance. Mais au départ, en chafouine, elle fait comme si il n’y avait pas de problème.

Poznan-Bydgoszcz : deux heures de voiture qui ont passé très vite. Nous avons pu, Pascal et moi, parler de deux passions communes : notre métier et le rugby. (Bon, le rugby français ne se porte pas très bien mais côté nostalgie, c’est sympa).
A l’hôtel, j’ai retrouvé mon vieil ami Guillermo Navarro, qui lui aussi attendait sa valise. Il m’a invité à venir voir le lendemain un film qu’il a réalisé, Grand Mother Cocaine (un régal de musique salsa).
On s’est donc présentés en jeans et doudoune à la cérémonie d’ouverture. Bien que Camerimage soit un festival plutôt décontracté et si l’on pouvait considérer que cela donnait un look "tournage", mes collègues du jury Director’s debuts ont quand même, de premier abord, été surpris par ma tenue mais ont vite compris et ont condescendu à mon malheur : Marta Meszaros, réalisatrice hongroise (26 films au compteur, primée à Cannes, Berlin, Venise), Andrzej Krakovski, producteur polono-US et professeur à la NY Film School, et deux collègues Charles Minsky, ASC (Pretty Woman) et Andrew Dunn, BSC (Bridget Jones Baby).

La cérémonie d’ouverture a été plutôt "longuette" et le film projeté dans la foulée – même s’il nous a permis d’honorer le duo réalisateur/directeur de la photo Kenneth Branagh/Haris Zambarloukos, BSC, GSC, qui se sont étreints chaleureusement sur scène, une entente cordiale qui nous ravit – Murder on the Orient Express s’est révélé plutôt moyen et très ennuyeux. Heureusement, après toutes ces émotions, une première petite fête pour retrouver les copines et les copains nous a requinqués. Je ne les citerai pas, il y en a trop.

Au festival Camerimage, être membre d’un jury, c’est génial. Tous les matins tu prends ton petit-déjeuner dans une ambiance formidable avec les autres jurés (il y a onze jurys) et tu rencontres des gens exceptionnels. Il n’y a pas de frime. Chefs op’ de renom, réalisateurs, scénaristes, producteurs, écrivains, "gaffers" partagent le sucré/salé du matin. Et comme les projections commencent tard, tu peux faire traîner les rencontres et discussions. C’est passionnant, chacun parlant des films qu’il a vus. Une grande fraternité.

Le jury "Réalisateurs qui débutent"
De g. à d. : Andrzej Krakovski, Andrew Dunn, Marta Meszaros, Richard Andry et Charles Minsky

Dans la journée, tu vois deux films. Les salles de projection, sises au complexe MultiKino étant à un quart d’heure de marche de l’Opéra Nova, le "cœur" du festival, cela te permet de faire un peu d’exercice. Il y avait dix films en compétition dans la catégorie, de tous les genres et de tous les budgets. Un film indien super fauché, contant les mésaventures d’un écolier qui avait cassé sa chaise à l’école, se retrouvait avec un film américain au budget conséquent. Au début, tu te dis que ce n’est pas juste mais après, tu te dis qu’au moins, tu peux voir tout un éventail de films du monde entier. Il y avait plusieurs films à petit budget, dont trois étaient financés grâce aux différents fonds que la France, via le CNC, met à disposition des cinémas du Sud, ce qui permettait de produire trois films à petit budget intéressants : un tunisien, un chilien, un équatorien, sans compter les coproductions dont une pour un film israélien. C’est le dixième film projeté qui, par sa maîtrise, a fait l’unanimité : Borg/Mac Enroe.

Parallèlement, je présentai un petit "questions/réponses" autour de Raoul Coutard dont le festival honorait la mémoire en projetant quatre de ses films. Il y a quelques années, Raoul m’avait donné un DVD d’un film de 50 minutes fait sur lui, Raoul Coutard, de Saïgon à Hollywood, réalisé par Matthieu Serveau, que j’avais montré au festival via Vimeo et qu’ils avaient décidé de projeter. J’ai recherché le master et j’ai découvert qu’il était perdu et que le seul document qui restait était ce DVD (copie de copie de copie). Heureusement, le grand sorcier Fred Savoir, d’Amazing Digital Studios, m’en a sorti un DCP projetable. Encore merci à Fred et Lucy. Je me suis attelé aux sous-titres en anglais sur Final Cut Pro. 520 sous-titres, une grosse semaine de boulot. A la suite, il a fallu sortir un fichier pour la traduction polonaise. C’est Lionel Gabet, de La fémis qui m’a tuyauté. Merci Lionel, t’es vraiment top !
Le film était projeté sur grand écran après A bout de souffle, cela s’est bien passé, public anglo-saxon, avec Nathalie pour me soutenir, et "Q&A" décontracté. Raoul méritait bien tous ces efforts.

Comme tous les ans, Transvideo et K 5600 Lighting nous ont organisé, le lundi soir, un repas-rencontre avec les étudiants de Louis-Lumière, de la Ciné Fabrique et d’écoles espagnoles. Ces échanges sont rafraîchissants. Il manquait les élèves de La fémis qui étaient invités par nos amis d’Angénieux. J’espère que dans l’avenir tous ces jeunes pourront se rassembler avec nous autour de la même table. Merci Jacques, merci Marc !
Je n’ai pas pu assister à la Master Class AFC ayant une projection à la même heure. J’ai eu de bons échos venant des Anglo-saxons, c’est dire, ce qui ne m’a pas étonné, vu le sérieux de la préparation et la qualité des intervenants. Bravo à Caroline, Pierre-Hugues, Pascal et Benjamin.
On était une dizaine d’AFCs, se partageant les tâches, tous bien occupés, alors, on se croisait dans les coursives. Camerimage, c’est génial. J’espère qu’on pourra encore augmenter notre présence dans les années à venir.
Au retour, j’ai dû de nouveau courir comme un dératé dans l’aéroport de Francfort pour attraper la correspondance et à CDG, devinez, ils avaient encore perdu mes bagages ! Je les ai récupérés deux jours après. Et oui, Camerimage, quand même, ça se mérite.