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Master Class Ed Lachman, ASC, à l’ENS Louis-Lumière

Lundi 12 février à 14h15 - ENS Louis-Lumière - La Plaine Saint-Denis

dimanche 4 février 2018 - Modifié le 13/02

A l’occasion de sa présence au Micro Salon, une Master Class du directeur de la photographie Ed Lachman, ASC, aura lieu lundi 12 février à 14h15 à l’ENS Louis-Lumière Voir Ecole nationale supérieure Louis-Lumière dans l’index . Organisée par l’AFC, en partenariat avec l’Ecole, elle sera animée par Caroline Champetier Voir Caroline Champetier dans l’index , AFC, et modérée par François Reumont Voir François Reumont dans l’index . Lire ci-après une présentation qu’elle fait d’Ed Lachman Voir Ed Lachman dans l’index et une bio-filmographie dressée par Marc Salomon, membre consultant de l’AFC.
  • Présentation
    Depuis avoir vu Ed Lachman
    Voir Ed Lachman dans l’index

    apparaître dans son propre rôle au cœur de la plus belle séquence de Nick’s Movie, nous n’avons cessé d’être questionnés, émus ou émerveillés par ses images. Il a été, dès les années 1980, le DoP de jeunes femmes réalisatrices (Recherche Susan désespérément et Vigin Suicides), signant des images inventives où la couleur et un contraste délicat rompaient avec les canons photographiques.
    Ken Park montre sa maitrise absolue du cadre à laquelle, grâce à sa collaboration avec Todd Haynes
    Voir Todd Haynes dans l’index

    (Loin du paradis, Carol, I’m Not There, ...), il ajoute un talent de coloriste où les références et les influences se succèdent. Parce qu’il est new-yorkais et surtout parce qu’il est libre, ses palettes visuelles restent en tête comme des refrains. (Caroline Champetier
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    , AFC)

Ed Lachman
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, ASC
, par Marc Salomon, membre consultant de l’AFC
Ed Lachman
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, ASC, se définit lui-même comme un « nomade visuel » ou un « caméléon » tant son parcours, le plus souvent en marge d’un cinéma mainstream, quand il ne flirte pas avec l’underground, traverse des territoires très différents tout en puisant son inspiration à de multiples sources, assimilées, digérées et qu’il se réapproprie avec pour fil conducteur, son goût assumé pour un colorisme qui navigue entre baroque et hyperréalisme, mais qui renvoie aussi à certaines comédies américaines des années 1950 (Frank Tashlin, Doris Day...).

« Je joue toujours avec les gélatines colorées et la température de couleur. (…) On voit les couleurs dans les films que je photographie parce que j’insiste toujours sur les contrastes. S’il y a du vert, j’utilise du magenta, du bleu, j’utilise du jaune. Une couleur avance, l’autre recule. C’est ce qui crée des figures et des formes. » (E. L.)

Si son nom apparaît dès 1974 au générique d’un petit film américain avec le tout jeune Sylvester Stallone (Les Mains dans les poches), sa carrière démarre vraiment au contact du jeune cinéma allemand des années 1970, Werner Herzog et Wim Wenders
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(puis Volker Schlöndorff quelques années plus tard), avant d’être révélé, en 1984, par le film de Susan Seidelman, Recherche Susan désespérément.

Né le 31 mars 1948 dans le New Jersey, Edward Lachman
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poursuit ses études à Harvard mais vient aussi passer un an en France, à Poitiers, pour étudier l’histoire de l’art. Il découvre alors le cinéma européen, le néo-réalisme (Umberto D., de Vittorio de Sica) et la Nouvelle Vague (Jean-Luc Godard
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). De retour à l’université de l’Ohio, il commence à tourner de petits films influencés par l’expressionnisme et le Pop Art.
En 1974 il collabore à un documentaire des frères Maysles (Christo’s Valley Curtain), puis travaille avec l’opérateur allemand Schmidt-Reitwein (How Much Wood Would a Woodchuck Chuck et La Soufrière, réalisés par Werner Herzog, en 1976).

Werner Herzog, à gauche, et Ed Lachman sur le tournage de "La Soufrière", en 1976
Werner Herzog, à gauche, et Ed Lachman sur le tournage de "La Soufrière", en 1976

Passé ensuite à la fiction, c’est au titre d’assistant opérateur, de cadreur ou d’opérateur seconde équipe que Lachman côtoie alors des directeurs de la photo prestigieux. Il assiste Robby Müller sur L’Ami américain (Wim Wenders
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) et cadre Et tout le monde riait (Peter Bogdanovich) ; il assure la seconde caméra au côté de Thomas Mauch sur La Ballade de Bruno (Werner Herzog), il côtoie Sven Nykvist
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en assurant les prises de vues additionnelles sur Le Roi des gitans (Frank Pierson), en 1978... En 1979, Ed Lachman
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fut même la “couverture” du syndicat auprès de Vittorio Storaro
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, AIC, ASC, pour le tournage de La Luna, de Bernardo Bertolucci
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.

Devenu chef opérateur à part entière au début des années 1980, il est d’abord associé à un certain cinéma indépendant. Il y affirme rapidement une conception particulière de la couleur, plus exactement des lumières colorées, conceptualisant son travail à la manière de Storaro (psychologie des couleurs) tout en assumant une forme de postmodernisme propre aux années 1980 qui puise aussi son inspiration à différentes sources : la peinture expressionniste allemande et un théoricien de la couleur comme Josef Albers, le Pop Art, mais aussi certains courants de la photo américaine (Robert Frank mais surtout William Eggleston
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, Joel Meyerowitz et Len Jenshel pour la couleur) ou le cinéma lui-même : les séries B de Roger Corman pour Making Mr Right, le sens de l’architecture et de l’espace chez Michelangelo Antonioni (L’Eclipse et L’Avventura) pour Light Sleeper ; le film noir pour Blacktrack, les films mexicains photographiés par Gabriel Figueroa pour My Family, les films de Douglas Sirk photographiés par Russell Metty pour Loin du paradis, les grands muets de la fin des années 1920 (dont Le Vent, de V. Sjöström) pour une partie du Musée des merveilles...

"Making Mr Right"
"Making Mr Right"
Capture d’écran
"Loin du paradis"
"Loin du paradis"
Capture d’écran
"Loin du paradis"
"Loin du paradis"
Capture d’écran

Lachman semble affectionner les lumières colorées dès Union City, en 1980. À propos de Recherche Susan désespérément, il déclarait s’être inspiré des images de Lajos Koltai dans Le Temps suspendu, du hongrois Peter Gothar (1982), mais là où Koltai créait une atmosphère à la fois blafarde et onirique (par un mélange habile et audacieux de sources de lumières aux spectres incohérents), Lachman opte pour un rendu beaucoup plus chromo, une palette de couleurs acidulées façon "Quality Street", distinguant le monde de Madonna de celui de Rosanna Arquette en modulant contraste et saturation.
C’est durant cette première période qu’il retrouve Wenders pour deux documentaires : Nick’s Movie, en 1980, et Tokyo-Ga, en 1983. Dans ce dernier, on découvre Yuharu Atsuta, le fidèle et discret chef opérateur de Yasujiro Ozu, dont Lachman capte l’émotion lorsqu’il évoque, parfois les larmes aux yeux, sa longue collaboration avec Ozu et la façon de placer la caméra.
Entre ces deux tournages, les pas de Lachman croisent aussi ceux de Jean-Luc Godard
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pour un projet qui ne verra pas le jour.

True Stories, en 1986, de et avec David Byrne (du groupe Talking Heads), dépeint sur le ton du documentaire une Amérique comme surgie des images de William Eggleston
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à travers une succession de portraits hauts en couleurs de différents personnages pour le moins insolites, habitants d’une petite ville du Texas.
Après deux comédies aux couleurs sirupeuses – Et la femme créa l’homme parfait, de S. Seidelman, et Neige sur Beverly Hills, de Marek Kanievska (après Less Than Zero, de Bret Easton Ellis) –, on relèvera un style plus naturaliste avec Volker Schlöndorff (Colère en Louisiane) et Mira Nair (Mississippi Masala). Lachman tourne aussi avec deux figures emblématiques du Nouvel Hollywood : Dennis Hopper (Catchfire) et Paul Schrader (Light Sleeper et Touch). Mais on le retrouve aussi à Londres, en 1991, sur le seul film réalisé par le romancier et scénariste Hanif Kureishi (London Kills Me) et, en 1995, entre la Californie et le Mexique, pour My Family, de Gregory Nava, qui dépeint la vie de trois générations d’une famille d’émigrés mexicains, un film dont l’univers visuel très maitrisé alterne des séquences aux dominantes “sunset” et des nuits profondément bleutées.

"My Family"
"My Family"
Capture d’écran
"My Family"
"My Family"
Capture d’écran

À la charnière des années 1990-2000, sa carrière connait un coup d’accélérateur grâce au succès des films de Sofia Coppola (Virgin Suicides) et de Steven Soderbergh
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(Erin Brockovich), deux films qui déroulent un chromatisme apaisé, comme débarrassé de références trop prégnantes, jouant même sur le contrepoint dans le cas du film de Sofia Coppola où la violence du récit est volontairement tempérée par une image plus douce et pastel, à la manière de Badlands, de Terrence Malick
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 :
« Virgin Suicides est un monde d’enfants, vu à travers les yeux des garçons, mais c’est aussi un souvenir. Il y a une grande fluidité, les couleurs sont douces. Et je voulais qu’on sente le grain. »

"The Virgin Suicides"
"The Virgin Suicides"
Capture d’écran

En 2001, Simone, d’Andrew Niccol est une comédie satirique sur fond de réalité virtuelle
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où un réalisateur (Al Pacino
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) tombé en disgrâce crée une actrice virtuelle dont le succès dépassera toutes ses espérances. Lachman décline ici une palette de tonalités bistres parfois mises en opposition avec des fonds verdâtres ou bleutés. Déjà en 1990, avec The Local Stigmatic, produit et interprété par Al Pacino
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, les images se voulaient monochromatiques.
L’année 2002 reste comme une sorte d’acmé dans sa filmographie avec Ken Park et Loin du paradis, deux films aux styles on ne peut plus antinomiques. Le premier, coréalisé avec Larry Clark
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(célèbre photographe révélé, en 1971, par son album Tulsa, une plongée sans concession dans le monde d’adolescents toxicos qui jouent aussi avec des armes à feu) décrit le quotidien violent et tragique de quatre jeunes californiens, confrontés à la violence familiale, physique ou psychologique. Aux antipodes, Loin du paradis est d’une grande rigueur et cohérence formelles, un hommage aux mélodrames de Douglas Sirk tournés dans les années cinquante avec son génial chef opérateur Russell Metty. Avec Todd Haynes
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, Ed Lachman
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trouve ici une forme d’aboutissement et de synthèse esthétique aux couleurs exubérantes, ce qui lui vaudra une nomination aux Oscars en 2003, mais face à Conrad Hall qui l’emporte à titre posthume (Les Sentiers de la perdition).

Lachman retrouve Todd Haynes
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en 2007 (I’m Not There), en 2015, avec Carol puis en 2017, avec Le Musée des merveilles. Mais dans une filmographie aussi riche que variée, il faudrait encore mentionner le dernier film de Robert Altman
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en 2005 (The Last Show) tourné en HD (caméra Sony HDW-F900
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), deux films de Todd Solondz, réalisateur provocateur et controversé (Life During Wartime et Le Teckel) ainsi que la trilogie de l’autrichien Ulrich Seidl (Paradis : Amour – Foi – Espoir).
On lui doit par ailleurs la mise en images de nombreux films musicaux, concerts ou clips : Lou Reed & John Cale
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, Tina Turner, Elvis Costello, Annie Lennox, mais aussi Karajan et Rostropovich...

Cate Blanchett, Ed Lachman et Rooney Mar sur le tournage de "Carol", en 2015
Cate Blanchett, Ed Lachman et Rooney Mar sur le tournage de "Carol", en 2015

Bibliographie
- Cahiers du Cinéma n° 577, mars 2003 (“Les scénarios visuels d’Ed Lachman” propos recueillis par Stéphane Delorme)
- Entretien dans Principal Photography - "Interviews with Feature Film Cinematographers" Vincent LoBrutto (Praegger Publishers, 1999)
- Ed Lachman
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dans Métier : directeur de la photo (Quand les maîtres du cinéma se racontent) par Mike Goodridge & Tim Grierson (Dunod, 2014)
- Ed Lachman
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a publié en 1981 un photo-roman, Chausses-trappes, préfacé par Alain Robbe-Grillet.

Filmographie
1974 : The Lords of Flatbush (Les Mains dans les poches), de S. F. Verona & M. Davidson, (co-ph. : J. Mangine)
1976 : False Face, de John Grissmer ; La Soufrière, de Werner Herzog (documentaire)
1979 Blank Generation, de Ulli Lommel ; Last Embrace, de Jonathan Demme (ph. additionnelle uniquement ; co-ph. : Tak Fujimoto)
1980 : Nick’s Movie, de Wim Wenders
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 ; Union City, de Mark Reichert
1982 : Les Petites guerres, de Maroun Bagdadi (co-ph. : H. Hölscher) ; Say Amen, Somebody, de George Nierenberg (documentaire)
1984 : Tokyo-Ga, de Wim Wenders
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 ; Desperately Seeking Susan (Recherche Susan désespérément), de Susan Seidelman ; The Little Sister, de Jan Egleson (TV) ; Ornette – Made in America, de Shirley Clarke (docu)
1985 : Insignificance, de Nicholas Roeg (séq. USA uniquement ; co-ph. : P. Hannan)
1986 : Making Mr Right (Et la femme créa l’homme parfait), de Susan Seidelman) ; True Stories, de David Byrne
1987 : Less Than Zero (Neige sur Beverly Hills), de Marek Kanievska (N&B et couleur) ; A Gathering of Old Men (Colère en Louisiane), de Volker Schlöndorff
1988 : Mère Teresa, d’Ann & Jeanne Petrie (documentaire) (co-ph. : S. Sissel) ; El día que me quieras, de S. Dow
1989 : Catchfire / Backtrack (Une trop belle cible), de Dennis Hopper
1990 : The Local Stigmatic, de David F. Wheeler
1991 : Light Sleeper, de Paul Schrader ; London Kills Me, de Hanif Kureishi ; Mississippi Masala, de Mira Nair
1992 : My New Gun, de Stacy Cochran
1993 : Dark Blood, de George Sluizer
1995 : My Family (Rêves de famille), de Gregory Nava
1997 : Touch, de P. Schrader ; Selena, de Gregory Nava
1998 : The Limey (L’Anglais), de Steven Soderbergh
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 ; Why Do Fools Fall in Love ?, de Gregory Nava
1999 : The Virgin Suicides, de Sofia Coppola ; Hemingway, the Hunter of Death, de S. Dow
2000 : Erin Brockovich (Erin Brockovich, seule contre tous), de Steven Soderbergh
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2001 : Sweet November, de Pat O’Connor ; S1mOne (Simone), d’Andrew Niccol
2002 : Ken Park, de Larry Clark
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& Ed Lachman
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 ; Far from Heaven (Loin du paradis), de Todd Haynes
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2004 : Stryker, de Noam Gonick
2005 : A Prairie Home Companion (The Last Show), de Robert Altman
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(Sony HDW-F900
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)
2006 : Posledniy poezd so stancii roppongi, de Vera Svichina ; Import-Export, d’Ulrich Seidl (co-ph. : W. Thaler)
2007 : I’m Not There, de Todd Haines (N&B et couleur / 16 et 35 mm)
2009 : Life During Wartime, de Todd Solondz (caméra RED
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)
2010 : Howl, de Rob Epstein & Jeffrey Friedman
2011 : Mildred Pierce, de Todd Haynes
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(Super 16) (série TV)
2012 : Paradise : Liebe (Paradis : Amour), de Ulrich Seidl (Super 16) ; Paradise : Glaube (Paradis : Foi), de U. Seidl (Super 16) ; Dark Blood, de George Sluizer
2013 : Paradise : Hoffnung (Paradis : Espoir), de Ulrich Seidl (Super 16)
2015 : Carol, de Todd Haynes
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(Super 16) ; Don’t Blink - Robert Frank, de Laura Israel (documentaire)
2016 : Wiener-Dog (Le Teckel), de Todd Solondz
2017 : Wonderstruck (Le Musée des merveilles), de Todd Haynes
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