Les Versets de l’oubli

Los versos del olvido
Voilà presque quatre ans que j’ai rencontré Alireza Khatami, réalisateur des Versets de l’oubli. J’avais eu la chance de tourner à Marseille Journey to the West avec Tsaï Ming-liang, produit par Vincent Wang chez House on Fire. Vincent et moi avions beaucoup sympathisé suite à ce très beau tournage et quand il m’a fait lire le scénario d’Alireza, un an plus tard, j’ai bien senti que j’avais à faire à un artiste, à un cinéaste, porteur d’un univers visuel singulier, propre à tout ce que le cinéma peut permettre de poésie et de fantaisie.
Antoine Héberlé et Alireza Khatami

Au départ, nous devions tourner ce film au Kurdistan, où les paysages évoquaient l’Iran, pays d’origine d’Alireza, et où il a dû lui-même subir la tyrannie d’un régime qui l’avait contraint à l’exil. Mais la situation politique kurde devenait trop tendue pour filmer là-bas en sécurité. Alireza dut se résoudre à adapter son histoire pour la tourner dans un tout autre pays également touché par le totalitarisme, le Chili.

Alireza Khatami dans l’un des décors des "Versets de l’oubli"

Le scénario n’étant situé dans aucun pays en particulier ni à aucune époque précise – un peu comme une fable – la transposition s’est faite relativement vite dès qu’Alireza put s’imprégner de ces nouveaux espaces et de nouvelles ambiances. Lors de la préparation, nous avons parcouru ensemble pas mal de cimetières de Santiago et de Valparaiso pour pouvoir en reconstituer visuellement un seul et unique, celui où prend place en grande partie l’histoire de notre personnage principal.

Il s’agit d’un vieil homme, victime dans le passé du régime violent et autoritaire qui sévit encore. Il est en charge d’une morgue presque à l’abandon et veille sur quelques corps non identifiés ; il accueille encore quelques rares visiteurs à la recherche de proches disparus. Avec ses deux amis – le fossoyeur et le chauffeur de corbillard – ils sont des combattants du souvenir. Rien de sombre dans le traitement de cette histoire pleine de fantaisie, bien au contraire.

Juan Margallo, qui joue le rôle du vieil homme

Ce film est pour moi une merveilleuse épitaphe cinématographique à tous les disparus victimes de ces régimes fascistes. Sans doute un des films dont je suis le plus fier.

Nous avons tourné en vingt-quatre jours et très vite nous avons pris le parti de plans fixes, exceptés un travelling et un panoramique. C’était un plaisir de travailler cette contrainte et d’agencer ensemble l’action dans le cadre. Je me suis très vite senti en parfaite syntonie avec Alireza, abondant dans son sens et ravi de plonger dans un univers dont je me sentais si proche.
Malgré une situation financière très tendue, nous avons été très bien accompagnés par le département déco de Jorge Zambrano, qui a fait des merveilles avec si peu ! Ce fut une bagarre de chaque jour pour obtenir le strict nécessaire, mais finalement pour toujours travailler ensemble et dans la bonne humeur.

Le film a été étalonné avec mon cher camarade Yov Moor, avec qui nous avons encore prolongé le plaisir d’inventer jusqu’au bout.

Primé trois fois à la Mostra de Venise 2017, section Orrizonti, le film sort à une date incompréhensible – ce 1er août – et j’espère que vous serez nombreux à pouvoir le découvrir.

Portfolio

Équipe

Gaffer : l’excellent et adorable compagnon Antonio Parada
Chef décorateur : Jorge Zambrano

Technique

Caméra : Arri Alexa Mini
Optiques : Zeiss Standard T2,1
Effets spéciaux : Mikros Technicolor
Postproduction : Film Factory
Etalonneur : Yov Moor