Madame

Huit ans après son premier film, deuxième collaboration avec Amanda Sthers auteur éclectique, à la fois romancière, auteur de théâtre, scénariste… Femme de plume, elle n’en est pas moins très attentive à l’esthétique de ses films. Une vraie complicité nous lie dans le travail sur l’image, elle sait ce qu’elle veut, chapeaute toutes les directions artistiques mais sait rester à l’écoute.

Pour ce projet et après mures réflexions, j’ai convaincu Amanda de tourner ce film en Scope. Et pas seulement pour des raisons de rendu photographique. Vu notre faible temps relatif de tournage (six semaines) et le nombre conséquent d’acteurs, il nous fallait pouvoir tenir des champs à deux ou trois tout en conservant une vraie présence dans le cadre sans avoir systématiquement recours à un découpage en plan serré et surcharger un plan de travail déjà très tendu.
Il y avait aussi une scène centrale de dîner avec 13, non 14 convives (c’est le sujet du film) où le format Scope a donné sa pleine mesure, si l’on peut dire. Evidemment, le Scope, travaillé à petite ouverture de surcroît, me permettait de rendre les arrière-plans plus flous, vaporeux, voire abstraits, ce qui collait bien avec la dimension conte de fée en filigrane de l’histoire de cette cendrillon moderne.

Séance de découpage de la scène du dîner de "Madame"
De g. à d. : Régis Blondeau, Amanda Sthers et sa scripte, Louise Arhex - Photo Samantha Hellmann

Travailler avec des acteurs de la stature d’Harvey Keitel, Toni Colette, retrouver Rossy de Palma (avec qui j’avais déjà tourné il y a 20 ans en Italie), ou encore Michael Smiley, décuple l’envie d’être à la hauteur.

C’est un film que nous avons quasiment tourné qu’avec des projecteurs LED, type Sky Panel Cinéroïd, et des Fresnel, dont j’ai oublié le nom, type LT 100, mixés avec un peu de tungstène, des découpes, et des guirlandes de jardin montées en ampoules claires pour rajouter du "piquant" et de l’éclat dans les verroteries et les dorures de cet hôtel particulier. Le but était de rendre ce décor le plus clinquant possible, au vu du rang social des protagonistes. De plus, je voulais très peu de choses sur pied et laisser à Amanda et aux acteurs un terrain de jeu le plus dégagé possible.
Bien que nous soyons en décor naturel, la hauteur sous plafond et le Scope (autre avantage du format dans ce cas) m’ont aidé à monter et garder tout ce dispositif hors champ.
L’ensemble des éclairages était fixé au plafond et rediffusé par une toile au besoin ou planqué à l’extérieur dans des recoins de fenêtres, en rebond sur du blanc, ou en direct parfois, pour simuler des entrants de jour ou de nuit.
Le tout étant relié à un jeu d’orgue sur ordinateur portable et piloté de main de maître par mon gaffer Yvan Quehec.
Le décor était entièrement "sassé" en polyane noir/blanc et nous pouvions assez rapidement passer d’une ambiance jour à un soir ou une nuit en jouant sur les couleurs des LEDs.

Un mot sur le choix des Master Anamorphic, je ne souhaitais pas de look vintage, mais des objectifs "droits", un look plus moderne, des objectifs encaissant des conditions de basse ou haute lumière, des contre-jours, etc., sans aberration majeure, ni flare magique certes (mais parfois roboratif) et surtout sans distorsion, pas de déformation optique ou quasi dans les courtes focales, ce qui était important vu les verticales et autres enfilades de portes présentes dans les décors.
Un rendu très propre, contraste, précis, un point qui tombe vite et des flous arrière de toute beauté. Je voulais du simple, efficace et facile à travailler vu le temps imparti. Ils ont parfaitement fait le job.
Je les ai mariés à des filtres de diffusion type Classic soft HD, ou des Glimmers pour parfois calmer leur coté un peu trop "sharp".

Bref, Madame fut une très belle expérience à tous les niveaux et la rencontre d’une équipe technique nouvelle, très concernée et inventive.
Merci à eux.

Je tiens aussi à nommer Olivier Affre chez Panavision pour son aide précieuse sur ce projet. Un grand merci à lui.

Madame et produit par Studio Canal, PM, LGM.

Équipe

1er assistant caméra : Jean-Christophe Allain
Cadreur 2e caméra et opérateur Steadicam : Stéphane Cholet
1re assistante 2e caméra : Laure Caniaux
Chef électricien : Yvan Quehec
Chef machiniste : Bruno Dubet

Technique

Matériel caméra : Panavision Alga (Arri Alexa ArriRaw, Scope 2,39, objectifs Arri Zeiss Master Anamorphic, zoom Angénieux 50-500 mm)
Matériel lumière : Panalux
Machinerie : Panagrip
Labo : Digital District
Etalonneur : Julien Bodart