Retour sur la Master Class AFC 2018

Par Richard Andry, AFC

par Richard Andry

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Comme chaque année depuis quatre ans, l’AFC donnait, ce mercredi 14 novembre, une Master Class dans le cadre du Festival Camerimage. De même que les années précédentes, le format de trois directeurs de la photo/intervenants était conservé (chacun ½ heure) et en cette année 2018, ce sont Céline Bozon, Gilles Porte et David Ungaro qui défendaient les couleurs de l’AFC devant un public nombreux à dominante jeune, et sous la houlette du maestro Benjamin Bergery, dit Benjamin B, qui, comme à l’accoutumée, avait bien étudié sa partition.

C’est David Ungaro qui a lancé le show avec A Prayer Before Dawn, de Jean-Stéphane Sauvaire, en centrant son thème plus sur les mouvements de caméra car, dans ce film, tout a été fait en mouvement, et la plupart du temps caméra portée, à l’aide d’un dispositif gyro-stabilisé le Stabe One, qu’il manœuvrait avec l’aide d’un exosquelette. Pour limiter au maximum le poids reposant sur le Stabe One, il avait choisi l’Arri Mini. Comme on pouvait se rendre compte à l’examen des plans projetés, souvent de longs plans-séquences, cet équipage offrait un outil extrêmement maniable et léger. Presque tout étant tourné à pleine ouverture à 2 ou à 2,8, avec une série Zeiss Mark I, on peut donner un coup de chapeau à l’assistante caméra, qui a bien assuré sur le coup. David nous a gratifié d’un impressionnante chorégraphie de caméra à bout portant des acteurs dans une scène de combat de boxe thai. Une prise de risques très payante. Mais David semble aimer relever les défis.

Céline a succédé à David sur le "grill" de Benjamin et nous a montré des images de Félicité, d’Alain Gomis, et de la genèse de leur collaboration artistique. Céline lâchée en préparation tournage dans les rues de Kinshasa avec un Alpha 7 pour "ramener" des images, son approche de l’actrice incarnant Félicité, le personnage principal du film, et la recherche du rendu matière et couleurs et de la nuit magique à partir d’une photo du photographe L.Pongo souhaités par Alain Gomis. Une autre forme de chorégraphie caméra à la main que celle de David, avec la même dextérité d’une autre assistante caméra. Pas beaucoup de lumière. La liste de matériel qu’elle nous a montré était bien légère.
Céline nous a présenté son travail sur un deuxième film, Madame Hyde, réalisé par son frère Serge Bozon. Leur choix de tourner en pellicule film avec un stock de "vieille" Fuji 250D testée à 80 ISO, avec des courbes sensito qui se croisaient les genoux, tenait aussi de la prise de risque vraiment casse-g…. Mais le résultat, avec les effets spéciaux montrant une Isabelle Huppert physiquement en incandescence, en valait la peine.
Ils aiment les défis, nos directeurs et directrices de la photo de l’AFC !

Ce fut au tour de Gilles Porte, qui attaqua avec les images d’un film qu’il avait réalisé il y a 13 ans pour montrer à sa fille de trois ans que sous des apparences différentes les gens étaient tous de la même famille humaine et il le montrait par l’intermédiaire d’enfants qui se dessinaient. Un voyage dans plus d’une cinquantaine de pays plein d’humanité et de poésie, des enfants de tous les coins du monde face à une plaque de verre qui se dessinaient en transparence avec un gros feutre. Gilles et son studio "bohême", dans lequel on remarquait la présence unique d’un Joker 400 de nos amis de K 5600, au demeurant un des sponsors de la Master Class avec Panavision, LCA et Sigma.
Le deuxième film présenté par Gilles était L’Echange des princesses, de Marc Dugain, et ses somptueuses images inspirées par les peintures du Caravage, de Gainsborough, Vermeer et Rembrandt traduites au format 2,40 par le Sony F65/Primo 70 assemblé par Patrick Leplat et l’équipe Panavision.
Notre Master Class AFC 2018 a été une réussite appréciée par le public, succès qui devient, au fil des années, un rendez-vous à noter sur leur carnet et à ne pas manquer par les festivaliers de Camerimage.